

Villes et
auteurs de romans policiers se retrouvent parfois associés comme des couples
d’amants maudits . Barcelone/Manuel Vazquez Montalban, Amsterdam/Janwillem
Van de Wetering ou Los Angeles/James Ellroy pour ne citer
que trois exemples évidents. Mais que dire de New York ? Qui associer à la
ville quand tant de noms nous viennent à l’esprit ?
Et puisqu’il s’agit de the
Big Apple, la Grosse Pomme, cette citation de Mirabeau nous emmènera
droit vers Chester Himes et préfigurera Lawrence Block :
“L’entassement des hommes comme l’entassement des pommes produit la
pourriture”.
“Figurez-vous qu’elle était
debout, leur ville, absolument droite. New York c’est une ville debout. Chez
nous, elles sont couchées, les villes” (L.F. Céline)… avant qu’elle ne
bascule dans l’horreur de ce 11 septembre 2001 et ne plonge avec L’Homme qui tombe de Don DeLillo
(2007, Actes Sud, 2008) au-delà de la catastrophe.
·
À tout seigneur tout honneur et en rapport aux origines du genre, Edgar
Allan Poe inaugure la longue liste, s’intéressant en chroniqueur à un
fait-divers advenu à New York : le corps d’une jeune femme découvert dans
l’Hudson qui nous vaudra Le Mystère de Marie Roget (1842) premier conte
des Histoires grotesques et sérieuses.
·
D’autres datent
l’apparition du roman policier aux USA à la publication de The leavenworth
case (Le crime de la cinquième avenue, 1878 republié au Masque en
1999), vendu à 1 million d'exemplaires. Ouvrage de la fille d'un avocat
new-yorkais spécialisé dans les affaires criminelles : Anna Katharine Green,
dans lequel un policier nommé Ebenezer Gryce, que l'on retrouvera dans une
dizaine de romans, mène l'enquête dans
la haute bourgeoisie. C'est à partir de 1886 que dans le New York
Weekly, John Russell Coryell crée le personnage de Nick Carter l’as du
déguisement, le détective new-yorkais qui sera le premier grand héros de la
littérature policière américaine (700 novelettes, feuilletons)... juste avant
qu’Herman Melville ne travaille pour les Douanes de la ville de New York
en vieillard taciturne, oublié de ses lecteurs.
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Dans la veine des
romanciers naturalistes et de l’École de Chicago, Stephen Crane publie Maggie fille des rues (1893) qui décrit
les bas-fonds de New York City, 70 ans avant les portraits de freaks et de
new-yorkais de Diane Arbus.
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Dans les années 20, à
l’heure où Weegee commence à photographier en noir et blanc la vie
nocturne de notre Big Apple, deux figures légendaires vont dominer la scène US
: Charlie Chan le flic de Honolulu, créé par Earl Derr Biggers et Philo
Vance, un détective amateur de salon de la très bonne société new-yorkaise,
aristocrate cultivé, raffiné, gourmet, esthète amateur d’art, expert en
égyptologie aussi intelligent que snobinard, créé par un critique d’art sous le
pseudonyme de S.S. Van Dine. Van Dine concevait le roman policier comme une partie
d’échecs et se fit le théoricien de cette conception ludique en édictant dans
un article célèbre ses fameuses 20 règles
pour le roman policier in The American Magazine (1928). Après trois ans de
convalescence durant laquelle il lut jusqu’à plus de 2000 romans du genre, il
débute la série des Philo Vance avec La Mystérieuse affaire Benson (1926),
puis publie L’Assassinat du canari (1927) qui devint même le nom d’un
sorbet à la mode !
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Le tandem de cousins publicistes nés à Brooklyn en 1905, Ellery
Queen (Frederic Dannay et Manfred B. Lee) entame avec Le
Mystère du chapeau de soie (1929) leur longue et prolifique
collaboration qui perdurera jusqu’en 1964, et même 1971 pour l’un des deux.
Ainsi paraîtront plus de 33 romans, d’innombrables nouvelles (comme Village
de verre) au fil des enquêtes de leur personnage Ellery Queen, un clone de
son prédécesseur Philo Vance. Selon Jorge Luis Borges, sa décadence date du
roman Le 4 de coeur (1939). Surtout, ils créèrent en 1941 l’Ellery Queen
Mystery Magazine, extraordinaire revue qui eut un rôle capital dans la
littérature policière du XXème siècle.
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C'est aussi en 1929 que William Riley Burnett, qui vécut
longtemps à New York, invente le roman de gangsters avec son Petit César
et le sous-genre avec casse et organisation du forfait, le caper novel, avec Asphalt
Jungle (Quand la ville dort édité
chez Knopf en 1949 en traduction
française) qui se passe dans une immense cité du middlewest.
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En 1934 Rex Stout lance
si l’on peut dire son énorme limier Nero Wolfe littéralement « loup
noir », le fameux Homme aux orchidées. Sans bouger de son fauteuil, en
armchair detective il résout les énigmes les plus coriaces dans Fer de
lance, Ici, Radio New York (près de 40 romans, d’innombrables
nouvelles et pièces radiophoniques). Rex Stout a créé l’un des plus célèbres
duos de l’histoire du roman policier : Nero Wolfe, le gourmet casanier et
polyglotte habitant dans la West 35th Street secondé d’ Archie Goodwin, le
narrateur, celui à qui, forcément, sont dus les déplacements, efforts, coups de
poing…
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1934 c’est aussi l’année de
parution de L’Introuvable le cinquième et dernier roman de Dashiell
Hammett (de San Francisco !) dans lequel Clyde Wynant richissime
inventeur a disparu depuis le meurtre de sa secrétaire très particulière. Nick
Charles le détective et Nora son épouse éclairciront cette disparition. Hammett
vivait à l’époque à New York avec Lillian Hellman qui s’écrirait plus
tard : “J’étais Nora”... Ceci signifiant à la lecture du texte que
l’alcool était pour eux dans la vie et à toutes les pages... À mon avis, c'est
le roman mineur et très dialogué de ce si grand auteur. Le titre n’apparaît
même pas -et demeure donc introuvable-
dans les six pages de l’intéressant entretien J.P. Deloux / N. Beunat
(in la Revue 813 de mars 1999).
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Pour William Irish (pseudonyme
de Cornell Woolrich), New York est la ville où il retourna vivre en
reclus, avec sa mère. Une ville “...noire, comme frottée au fusain” qui est
“comme une énorme gueule dont les silhouettes stylisées des gratte-ciels
formaient les crocs acérés” !!! (in J’ai vu rouge, Carré noir,
traduction française de 1952). Il écrit entre autres love song (1932, publié en France chez
Rivages/Noir) où l’amour passion entre Wade et Bernice les mènera au meurtre et
à la désolation, et La Mariée était en noir (1940), début de la fameuse suite en noir (5
romans). Excellent nouvelliste (voir New
York Blues, Club des Masques n° 430), Irish fut merveilleusement
adapté au cinéma par Alfred Hitchcock : Fenêtre sur cour, et deux
fois par François Truffaut : La mariée était en noir et La
sirène du Mississippi.
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