jeudi 18 septembre 2014

UN FRIGO SANS MAYONNAISE






Vladimir Kush







les betteraves
dit-elle
ça sert à rien



*



grenadiers en fleurs -
un couple se pose la question
du bonheur



*



Un frigo sans mayonnaise
______n'est ce pas comme un haïku
___________ sans son kigo ?



*



Le petit chien est parti
sans même nous dire
au revoir



*



une femme
tu lui donnes une pince à épiler
tu es tranquille pendant une bonne heure



*



soudain
__________cette ivresse
______________________ là



*



la pluie vous dit
___________dansez mes amis
______________________ dansez



*



saucisson d'âne -
quand y'en a pour 2 y'en a pour 3



*



.La maison des vacances dans les nuages -
pas même
____________ un morceau de chocolat



*



Le Mont Blanc dans les nuages
___________ les nuages sont en moi
____________________ et moi je suis ivre



*



Mont Jovet ( 2558m )
_________ pas une seule marmotte
_________________ seulement quelques belges



*



m'identifier à la pluie
___________ c'est pas que j'y arrive pas
________________________________ je suis la pluie




*



Toutes les poubelles sont pleines -
___________ vite changer bébé
__________________ et se casser de là




*



ils arrivent
avec 2 voitures, 8 vélos et
_____________________une tripotée d'enfants




*



orage tonitruant -
à l'abri
____ dans une épicerie arabe
...
les molones
_________1,5 euros le Kg




*



une odeur de gaufre -
insoutenable légèreté de l'être




*




juste_______ se laisser___________ goûter
___....par le..________ ...le mystère.._____




*




le haïku
______ parfum du vivant


*


 
one haïku
___________ a day
_____________________is enough




*




___________ accueillir le monde
_________________________ dans un regard frais







Jean-Claude César
  



lundi 15 septembre 2014

PORTÉ AUX FERS




Gustave Courbet - Le désespéré





Un homme sourit.
   Tout entier dans sa défaite.
   Porté aux fers, en l'absence de mots.
   Ni nom. Ni lieu.
   Que la chose soit dite.

   Où vont-ils donc ces êtres textués qui bringuebalent d'une
 roue écarlate à l'autre, dans la grâce du plein été ?

Le feu ne pourrait-il ne jamais rencontrer personne...


                    

   Par rapport au présent, l'écoute se fait par l'oreille.
   Au profit du futur, l'écoute passe par l’œil.
   A l'égard du passé, l'écoute prend son essor dans la lumière.

   Ce que j'entends est déjà loin de moi.
   Ce que je vois m'a toujours précédé..
   Ce que je fus m'attend dans la lumière.




Désir et désert.
   Simple question de soif !
   La part du désir dans le désert.
   La part du désert dans le désir.
   Partitions mêmement équivoques.
   Sans cesse trouvées, sans cesse perdues.

   Pas plus qu'elle n'appartient à elle même, l'image ne peut
contenir le miroir.
   Tout possède tout ; et cependant rien.
   L'immense ne faisant que prolonger l'infime.

   Plus au loin, la rive séculaire de l'anneau.
   Et l'adjonction de l'espérance.




 Roch-Gérard Salager
Extrait de Futur Antérieur, aux éditions La Dragonne 

 

vendredi 12 septembre 2014

GRAINES D'ÉVANTAIL






Jack Vettriano









Sur les arbres
les fleurs dégrafent un à un
leurs pétales



*



Été galant
la lune
attend sa moitié



*



Quai de gare
des baisers papillonnent
de lèvres en lèvres



*



Au dessus des épis
dressant sa tête jaune
un seul tournesol



*



furtivement
sur le pense-bête
une fourmi !



*



Les belles ont planté
au creux de leur main
des graines d'éventail



*



Regardant passer
les trains de l'été
les tournesols



*



Autant de petites fées
qui montent vers le ciel
fleurs de gaura



*



Pluie d'été
sous les arbres elle chante
avec les oiseaux




*




Entre deux étoiles
retrouver le fil
d'un rêve suspendu



*



Ballots de paille
ils ont fait leurs valises
les champs de blé



*



Un cil de lune
a battu dans la nuit
nouvelle d’été



*



Trois heures à mi-nuit
deux bergères
recomptent leurs troupeaux



*



Audace d’été
les fleurs s’habillent
de lumière



*



Bleu et rose
en juste équilibre
flamme violette



*



Le soleil d’Août
étire les ombres
de l’invisible aussi



*



Entre bleus et gris
les hirondelles flottent
bientôt le ciel







Cathy Scotto

mardi 9 septembre 2014

L'ODEUR DES VACHES ET TUTTI QUANTI...






Takeuchi Seiho





tout le jour
les amours du loriot
ciel gris




*



loterie de mai
elle recompte ses millions
de colibacilles




*



où sont les flamants ?
le goût du sel
jusque sur tes lèvres




*



fraîcheur et silence
d'un instant présent
dehors la foule




*



rien à faire
que d'aller sous la pluie
il fait si bon




*


vieux chalet

l'odeur des vaches 
et tutti quanti




*


dans le laurier rose
épuisé de lavande
le bourdon endormi




*



soudain - l'été noir
seul quelques croix et des ifs
encore debout




*



la morte passe
juste le bruit de nos pas
dans les gravillons




*



matin d'été
cette odeur de pain grillé
venue d'ailleurs




*



retour en ville
ici chaque soir
c'est le 14 juillet




*



joute de mots
sur l'Ile singuliere
quelle chaleur!

tant de mots à vendre
au grand vide-cervelles




*



zinzin zonzon
zonzon zinzin zonzon
enfin c'est l'été !




*



chez les fous
un club de célibataires
vent du large




*



mi aout
le manége tourne à vide
sur un air de biniou




*



retour au pays
les cigales encore là
entre les silences





*




vagabondage
des pieds de mouton
sous les feuilles




*



fin d'été
les dents du patou
plus toutes blanches




*



l'île aux fleurs
la peindre et l'emporter
déjà la rentrée




Dominique Lafont - L'île aux fleurs




Petit Palais
toutes les langues
s'y retrouvent







Dominique Lafond




 


dimanche 7 septembre 2014

UN PARFUM D'ITALIE





Vincent Bioulès - Le débarquement à Cythère




petit matin
la queue d'un écureuil
disperse la brume


primo mattino
la coda di uno scoiattolo
disperde la nebbia



*


dans le vent
quelques mots jetés
par je ne sais qui
des rires lointains
peut-être bien du temps jadis


nel vento
qualche parola gettata
da chi io non so
delle risate lontane
forse di un tempo passato



*


dans le vent du soir
déjà l'automne
et son goût de jujube


nel vento della sera
già l'autunno
e il suo gusto di giuggiola




*



sur les noms aussi
tombe la nuit
~ vieux cimetière


Anche sui nomi
scende la notte
vecchio cimitero




*


jadis
à l'ombre des grandes jarres
je rêvais d'aujourd'hui
de tes grands yeux
si calmes et profonds


Un tempo
all'ombra delle grandi giare
io sognavo di oggi
dei tuoi grandi occhi
così calmi e profondi




*




sur la colline
chaque source
me parle de l’orage



sulla collina
ogni sorgente
mi parla del temporale




*




mes rêves s’envolent
sur le dos
d’une libellule



i miei sogni volani via
sul dorso
di una libellula




*




bientôt septembre
ton sourire se lève
avant le soleil



presto settembre
l’alba del tuo sorriso
prime del sole




*



certains matins
je ne sais plus rien
du monde



alcune mattine
non so più niente
del mondo







Christian Cosberg
Traduction en italien de Giordano Genghini
 


vendredi 5 septembre 2014

MON PÈRE





 Robert Gillouin - Photo et texte






Minuit-
la lune éclaire
le chemin de la ferme


*


malgré la clarté
mon sommeil
tellement lourd


*


premières heures
réveillé par un coup de fil-
votre père n'est plus


*


seul à savoir...
parvenir à décrocher
le téléphone


*


derrière le hangar
le soleil se pointe
comme d'habitude


*

silence


*

dans le tilleul
même les tourterelles
se font discrètes


*


sous le marronnier
un merle picore
seul


*


dans le pré la cabane
ne me regarde plus
de la même façon


*


absent à lui-même
ce matin un très vieil homme
ne s'est pas réveillé


*


en cette nuit superbe
son dernier souffle recueilli
par une belle pleine lune


*


il s'appelait Èlie
il est
mon père







Hasui Kawase




 
ce soir
au loin la pluie
vibre au soleil


*

 
trois verres de blanc
quelle est cette brume
qui monte du lac?


*

 
cabane dans les vignes-
le luxe
d'une fenêtre ouverte


*

 
cascades de Bacchus*
dans le silence du couchant
du vert et du bleu


*

 
éblouie
la pluie retient
ses larmes


*

 
Léman-
regarder au loin
être en soi







Robert Gillouin

pour évoquer le vignoble en terrasses de la région...



mardi 2 septembre 2014

AU CŒUR DES HEURES




Robert Vickrey




Sortant de la clinique-
autour de mon cou
le souffle d'un papillon



*



jusqu'à mon silence
le discours polyglotte
des oiseaux



*



dès l'aube
d'un arrosoir
saluer le jardin



*



fête foraine-
inlassablement
le tourniquet des ânes



*



dans le laurier rose
épuisé de lavande
le bourdon endormi



*



petit matin-
cuisiner
pour maman



*



concerto pour deux pianos
doublement
Mozart



*



au cœur des heures
visiter
sa vieille tante



*



vingt doigts quatre mains
l'esprit en balade
avec Schubert



*



si âgée à présent
jour et nuit
des couches culottes



*



au loin orage et pluie-
l'allegro
du piano



*



au ralenti
presqu'à l'unisson-
et voici la lumière



*



fin de matinée
enchanter sa mère-
courgettes farcies



*



de mineur en Majeur
dévalant le ruisseau-
improvisation



*



fin de matinée
lassitude-
égrener ses rêves



*



au dessus du brouillard
le son des clarines-
l'âme légère



*



matin sans âme-
le merle
ne chante pas
un son un chant ou un frère
soudain tous les trois me manquent



*



dans les pétards
à chaque quatorze juillet
ton souvenir



*



soudain libre
je me rêve sirène-
premières brasses



*



cérémonie bouddhiste-
devant leur mère défunte
si forts mes neveux
l'eau l'encens et la prière
mon âme est un grain de sable



Myoe Win Aung




papillons de nuit
mes yeux
cernés de lune



*



devançant les colchiques
le ballet
des étourneaux
retour de mauvais augure
pour un été sans soleil



*



sortant du bois
le parfum des fruits sauvages-
envie de rapine



*



crépuscule
des gouttes de lumière
sur le jardin



*



rentrant du jardin
un bouquet de parfums
sur mes mains



*



s'abreuvant
à l'eau de la nuit
un merle



*



tout l'été
fidèle aux fraises des bois
la mante religieuse



*



brume d'oreille
j'attrape
un rêve





Christine Dumond