samedi 24 janvier 2015

NUIT INDIGO




Vincent Van Gogh - La nuit étoilée






sous le ciel gris…
la maison éclairée
d’un coup de balai




*



sans grande exigence
elle pousse elle pousse
— la rose trémière



*



des sommets
des ondées inondent la torpeur
... trompant l'impatience



*



soir de juillet —
les oiseaux se sont tus
au son des cordes



*



mi-juillet —
l'absence résonne au doux clapotis
de la fontaine



*



fin juillet —
transpercée de chèvrefeuille
la glycine refleurit



*



averse orageuse -
face au champs de maïs
le blé s'incline



*



matins radieux —
au rire des enfants
le bonheur des grands



*



réminiscences...
auréolée de brume
la nuit complice



*

 

rires surannés —
sur la terrasse le silence
des mêmes étoiles



*

 

fin du repas —
l'I-phone remplace
les petites cuillères



*

 

dans l'au-revoir
des brèches clandestines ...
la lune est pleine



* * *



le long de l'allée
barbouillés d'automne
les marronniers



*



martelées ...
les hortensias trémulent
sous la grêle



*



le nez au carreau —
cinglante l'averse de grêle
gifle les fenêtres



*



pause midi —
sur le banc à mes côtés
le soleil à table



*



sous la treille
la grappe fumante
le lustre vacille



*



mi septembre
les trottoirs fument
sous la pluie



*



face à lui
le haïku gagne
en densité



*



lumières d'automne —
la casserole farcie
de couleurs d'été



***



à petit feu
l'été exhale ses effluves
— premières fraîcheurs



***



début d'automne
dans la marmite mijote
... tout un été



*




goutte à goutte
à travers l'étamine
l'automne caillebotte



*



bruit de la fontaine
le silence d'une feuille
se détache



*



soleil d'automne —
comme la mouche d'hiver je suis
la lumière chaude



*



chiné pour l'ami
quelques pivoines fanées
sur papier de riz



*



entre chien et loup
croisant mes phares soudain
... un renard



*



nuit indigo —
son éclat lacté éclipse
les étoiles



***



nuit indigo
ronde et pleine elle se répand
sur ma couette d'hiver



***



nuit indigo —
le clair de lune éparpille
mes derniers doutes





Armen Lib S-Lou

 


PREMIERS FLOCONS





Photo d'Armen Lib S-Lou





le ciel est vide
seul le sourire
de la lune



*



premiers flocons -
dans le jardin
pas même un chat



*



Toi papa
des concombres
tu en fais des diamants



*



salive
ça lave



*



vieux moulin
le frêne l'enlace de ses racines
soleil couché



*



banc de pierre
rien dessus
non, une plume !



*



vert et rouge
l'arbre de judée
décoré comme sapin



*



vieux bateau -
pour voiles, des toiles
d'araignée



*



au bout de la route
la lune
sur le point de nous écraser







Myriam Quinta


vendredi 23 janvier 2015

IL EST TOUJOURS PLUS TARD QUE L'ON NE PENSE




Photo de Philippe Quinta





              Prédire le temps, debout, derrière la fenêtre, sans prendre le soin d'écarter les rideaux.

           Réconcilier la main et le miracle.
           Au bénéfice du jour qui vient.
           Et de celui qui va ; sans aucune forme d'inventaire.

           La souffrance ne se partage pas.
           Aussi le solitaire doit-il faire nombre en lui-même.
           Le corps creuse ce que l’œil n'a pu voir.

          Il est toujours plus tard que l'on ne pense.
          On peut vivre aux côtés de quelqu'un sans connaître son exil.



                                                               *

          Tout au nord, une maison vide.
          Sur les murs, des portraits endormis.
          De la dentelle sale. Les serviteurs partis.
          Toute langue est lourde d'incertitudes.
          Les maîtres de l'endroit ont-ils su saisir quelques 
          chances avant de s'effacer ?

          Ces pierres qui ont bordé les premiers feux vers où nous 
          nous rendons, entourés de romance, d'itinéraires, 
          de cadastres, d'alphabets...

          Marcher. Bénir. Brûler.
          N'y a-t-il pas là un même geste...






Roch-Gérard Salager

Extrait de Peut-on vivre si loin... aux éditions La Dragonne
                
               

jeudi 22 janvier 2015

LES VENTS CONTRAIRES





Kiyoshi Nakajima - Swaying





La fleur de lotus
caresse le lagon bleu
matinée de mai



*



Divagantes étoiles
le bleu de la nuit nous berce
un hibou hulule




*






Rencontre impossible
un sac plastique trône
entre leur deux sièges



*



Tous sont fatigués
l'enfant elle rêve déjà
tôt dans le métro



*



L'un lit le journal
le deuxième un roman
le troisième dort



*



Besoin de plus grand
après mes lumignons
fête des lumières



*



Bonnet panda
marche sous les lanternes
chinoises



*



Parc de la Tête d'Or
des libellules géantes
éclairent les cieux



*



Dans le parc
au dessus des amoureux
une lanterne



*



Veilleuse géante
ne fait que confirmer
nos âmes d'enfants



*



séduction
un tango endiablé
contre le mur



*



Le lion rugit
après le brûlant tango
place des Terreaux



*



mal aux pieds
le prix à payer
pour voir la lumière ?



*



Foot au collège
le Zlatan disqualifé
par sa voix qui mue



*



Ouvrir la fenêtre
aérer mes poumons
et mon regard



*



lune d'hiver
tous les animaux ont fuit
son charme masqué



*



musique électro
beating calqué sur le coeur
comme la pluie



*



brume nocturne
son visage se dessine
pour mieux disparaître



*



le soleil se couche
sans rien m'annoncer
du jour d'après



*



dans ses yeux
les vents contraires
de notre âge



*



La toile tissée
prend l'innocent, sans issue...
et je le savais



*



La vie est ôtée
plus vite que ne tombe la nuit
les jours d'hiver



*



Avant que l'automne
n'arrive, le vent t'as pris
comme il prend la feuille



*



Mémoire du temps
ma jolie soeur concentrée
le son du piano



*



Ce soir
j'écoute du jazz
la porte fermée






Audrey Gourjon

 

mercredi 21 janvier 2015

DANS UN CADDY BLEU





Lee Jeffries




Attendant la lune
une luciole ce soir
guide mes vieux pas



*



Le chardonneret
annonce à qui veut l'entendre
la fin de la sieste...



*



Le chardonneret
détricote le silence
la mare se tait...



*



Couché dos au sol
deux nuages se bécotent
le son de ta voix...



*



Ce n'est pas l'hiver
pourtant dans la cheminée
le feu bat son plein...



*



Frisson matinal
la démarche du corbeau
sur l'asphalte humide...



*



Piégés les pétales
dans la toile d'araignée -
la nuit prend le pas...



*



Voilà que le tilleul
suggère aussi des haïku
serait-il atteint ?



*



Face au vent trop fort
une toile d’araignée
largue les amarres



*



Sans tapis de feuilles
à même le sol s’allonge
le vieux SDF



*



Poussant sa tribune
elle occupe les saisons
à nourrir des chats



*



Dans les méandres
du ruisseau les feuilles mortes
reflets argentés



*



De nouveaux galets
dans le lit de la rivière
mais où sont les autres ?



*



Voir tomber les feuilles
n’est-ce pas mourir un peu
saison après l’autre



*



Quelques feuilles mortes
anonyme dans son sac
le « dormeur » du quai



*



l'âme vagabonde
à la fenêtre la lune
ne parle qu'à moi.



*



Des trombes de pluie
tambourinent sur le toit
un air de saison



*



Plus longue est la nuit
distraite la vieille lampe
s’allume en retard



*



le nomade urbain
pèle-mêle son « chez-soi »
dans un caddy bleu



*



La famille entière
passe la nuit sous le pont
une parmi d’autres



*



Sous un toit percé
tintinnabulent des gouttes
au fond d’un vieux seau



*



la fin de saison
pour la fille du métro
aller sans retour



*



Comme le Bouddha
dégarni le vieux tilleul
scrute la saison



*



Badauds par milliers
à tracer dans tous les sens
bien seul à t'attendre



*



Gare centrale
vraie fourmilière ce soir
comment te trouver



*



Devant le gros chat
téméraire le moineau
va chercher des miettes



*



sur le bout de mur
se suivent des coccinelles
en atterrissage



*



Le qalam dispute
à la plume l’encrier
le haïku s’éclipse…



*



J’ai la nostalgie
du grillon de la cigale
et des vents d’été



*



Partager la soupe
dans le couloir de la gare
le chat vient aussi






Allal Taleb

 

mardi 20 janvier 2015

LA NEIGE, LA NEIGE...





Sakai Hoitsu




salon d'écriture -
il pleut encore des feuilles
dans les allées du parc



*



montagne enneigée ~
dans un creux de l'automne
une centaurée



*



neige fondue ---
sur le bouleau les premiers
brouillons de l'hiver



*



pluie de feuilles rouges -
la chaise longue oubliée
au fond du jardin



*



les ombres déjà
jouent sur le chemin -
après midi de novembre



*



cinq heures du mat -
faisant du feu une envie
de coquelicot



*



jardin sans fleur -
dans un petit trou de neige
une abeille morte



*



tout nu le bouleau -
l'envol furtif d'une mésange
au coin du balcon



*



aube tamisée -
toujours à la même place
le bonhomme de neige



Hasui Kawase




dans la casserole
des fleurs de tilleul infusent
- nous deux et la neige



*



village endormi -
derrière le pas de porte
des feuilles en embuscade



*



petit matin gris -
sur l'arbre sans feuille
deux pies écorchent le vent



*



matinée de neige -
sur tes lèvres le mystère
d'une orange sanguine



*



hameau déserté -
la neige se précipite
sur l'ombre du chien



*



marché alsacien -
le ciel sucre son vin chaud
de quelques flocons



*



pommier en hiver -
pas de fleur mais la mésange
tricote des arcs-en-ciel



*



tombée de la nuit
mes vieilles bottes réveillent
la brume d'automne



*



versant enneigé
accroché à mon piolet
mes rêves d'ado



*



partout de la neige
le chamois souffle du vent
broute des nuages



*



et puis tout là haut -
une petite fleur bleue
dans le gris du ciel



*



l’œil émerveillé -
ce colibri sur la branche
n'est qu'une feuille morte



*



Méline et Noël -
ses petites mains semées
sur toutes les vitres



*



presque Noël -
sur les poils de mon berger
des étoiles de givre



*



ouvrant les volets -
l'épaule de la colline
couverte de neige



*



après la pluie -
quelque part dans le brouillard
brille le soleil



*



album de famille -
maman ne se souvient pas
de Charlie hebdo



*



sa main dans la mienne -
le vent du sud fait valser
des lambeaux de neige



*



rafales de neige -
au jardin les feuilles meurent
une seconde fois



*



neige à la fenêtre -
ce soir l'odeur verte
d'une soupe de poireaux




*



aucune idée
d'où vient toute cette neige -
reste le silence



*



7HOO ce matin,
première promenade
j'aime bien ces moments seul avec mon berger
aucun nuage
la colline est silencieuse
ce n'est plus tout à fait la nuit
ce n'est pas encore le jour
la neige, la neige... 
 

la neige est turquoise -
dans le ciel juste avant l'aube
des éclats de lune






Gérard Maréchal