mercredi 18 mai 2016

MOULIN À VENT - MC CRAQUOU




Picasso







amant aventurier
explorateur de zones
érogènes



*




Le ton monte
Les deux vieux avec une canne
Vers un duel ?



*




mes yeux s'ouvrent
je vérifie ma solitude
sur mon portable



*



une vieille
qui a besoin de son fils
crie sur lui



*




une pantoufle sur deux
entre verres et bouteilles vides
le coupable se cache



*




en fond musical :
Tommy - ma p'tite-fille demande
"c'est qui les who ?"



*




chaud bouillant
je me cuite
au perrier



*




Le dos souple
La doctrine raide
Il prie



*




je ne jure que par toi
et je jure toute la journée



*




impossible
de faire l'autruche
tu m'émeus



*




femme bonbon,
tu es ma pie qui chante



*




télé maton
dans une cellule familiale
entre une mère et sa fille



*




comme une viande
je durcis à force
de me ressaisir



*




devant ce miroir
je pose un bouquet de fleurs
pour en avoir deux



*



bien que l'été
soit pourri, pour elle
mes mains restent douces



*




souvent
la nuit
ton absence me réveille



*




dos à la fenêtre
je ne sais pas qui passe
en auto



*




soleil et ciel bleu
arbres et nuages immobiles
ça sent l'embuscade



*



été pourri
je vais déduire ma terrasse
de mon imposition



*



cette vieille
en déambulateur
elle a sauté à la corde



*




je suis fou de toi
interne-moi
dans ton cœur



*




on prend son pied
où on peut
même dans le tapis



*




les incinérer
n'avoir pas à les fleurir
les amours mortes



*




dans ses omelettes
on voyait des herbes pousser
parfois des champignons



*




Auvergne
les taupes font
des petits volcans



*




Auvergne
il n'y aura jamais assez de morts
pour tant de sapins



*




d'avoir oublié
tout le monde
s'en souvient



*



mourir de rage...
à deux cents mètres
de la rue Pasteur



*



à mes enfants
toujours dissimuler
le vieux gamin



*



avec une barbe bleue
j'aurais connu moins de femmes
et la prison



*



l'absolu
si facile à penser
est invivable



*



les moutons
et leurs boucles
qui tournent en rond



*



mon côté Don Quichotte
je bois du moulin à vent



*



café d'Éthiopie
ce matin je rêve à Lucy
avec tendresse



*



magasin primeurs
il plaide qu'il est mûr
cet avocat



*



au réveil
le sucre dans mon café
c'est ta main sur moi



*



bureaucratie
de quel côté est tombé
le mur de Berlin ?



*



de temps à autre
je mets mon corps et je sors
dans la vie


 




 MC CRAQUOU



lundi 2 mai 2016

UN RIEN DE FRAMBOISE - CHRISTIAN COSBERG




Nataliya Corfu-Ivanyuk





bu la tasse
avec la fille au teint
de porcelaine


*


mes pensées
zigzaguent
sur ta peau


*


dans l’assiette
mon dernier radis
et sa coiffure de mohican


*


comme l’abeille
le nez dans la fleur
d’amandier


*


ces êtres
qui vous aiment instantanément
le chien qui passe


*


un air de printemps
sa musique
au dessus des fleurs


*


jour de pluie
une lumière jaune ensable
le matin


*


plein soleil
l'après-midi dans les bras
du vent


*


banc au soleil
quelques secondes
j’habite là


*


vieille joie
elle remonte les ruelles
du village


*


mars en ville
le nid de l'oiseau
terminé avant l'immeuble


*


un peu gris
après trois verres
de blanc


*


au printemps
de si jolis mensonges
dans la bouche des anges


*


repas en amoureux
en amuse-bouche
nos bouches


*


sous mes pas les moineaux
cette volée de flèches
sortie des buissons


*


toujours la même nuit 
passée 
le nez dans tes cheveux


*


dans la vitrine
un livre guère épais
sur Tolstoï


*


burka
enfermées
dans un tissu de mensonges


*


soleil caché
une femme en noir
traverse la place


*


la nuit
ce vieux chemin
qui nous ramène chez nous


*


Bruxelles
un matin
de larmes


*


jours d'infamie
ce besoin de revoir
la mer


*


un matin
encore un matin
le chemin m’attend


*


le jaune citron
de deux papillons
escaladant le ciel bleu


*


les mouches aussi
parlent du printemps
derniers jours de mars


*


ah ! sur chaque arbre
une pouponnière
de feuilles


*


soleil de mars
il pose sur l'horizon 
un sourire d'enfant


*


traversée du désert
avec un fille
un peu gourde…


*


loin dans la campagne
un peu de joie embusquée
parmi les fleurs


*


premier d'avril
il pleut
un ciel de tourterelles


*


beau temps
quatre amis
sous la pluie


*


face à face
le pommier en fleurs et une fille
à la taille de guêpe


*


coccinelle
le garagiste me parle
d’une mise au point


*


sur l'auvent
la basse continue
d'un matin de pluie


*


léger léger
le vent tiède
sur les primevères


*


le vent souffle bleu 
le grand meeting
des goélands


*


du voisin
je ne connais que son volet
qui grince


*


loin de la ville
encore une fois je me perds
dans les hautes herbes


*


pâquerettes
la fine fleur
des demoiselles


*


hautes herbes
mes amis sont le fenouil
et la folle avoine


*


à midi
le soupir du vent
je n'aurais pas mieux dit


*


arbre de Judée
sur la route noire il pleut
du mauve


*


dimanche d'avril
un rien de framboise
sur le bout de tes doigts


*


fleurs des champs
un bouquet dans un coin
de ma tête


*


vent froid
garé au soleil
dans deux mètres cubes d’été





Christian Cosberg





vendredi 22 avril 2016

MIROIR DE POCHE - BEN COUDERT





Graham Franciose






son cinquième hiver 
à la fenêtre il attend
en vain les flocons


*


confusion des sens -
les caresses qu'elle murmure 
au creux de mes nuits


*


hiver -
même le silence 
est blanc


*


le froid s'installe -
un chien hurle comme
pour mordre la nuit


*


la vieille chante à tue-tête -
la sagesse c'est
savoir être fou


*


un clin de lune
irise la nuit d'hiver
d'un bleu Klein


*


L'oreille à la coque
l'enfant écoute la mer -
la-haut quelqu'un crie


*


Vacances à Sofia -
Il m'engueule en bulgare,
je m'excuse en yaourt


*


L'homme au grand chapeau
même son silence
est en yiddish


*


toujours pas de neige -
on a fait un bonhomme
de terre


*


les heures
comme des minutes
avec toi

*

même nos disputes
sont belles

*

les nuits
bien plus courtes
qu'avant

*

tes lèvres
et ta langue
sont miennes

*

jalousie
sur ton coeur
ma main

*

tes yeux
tout ne tient
qu'à ça


*


tajine au citron -
jusque dans mon assiette
le soleil


*


sept mois de malheur
dont quatre avec sursis -
miroir de poche


*


un zeste de larme
tombe dans sa limonade - 
la fin de l'été


*


la cheminée chante
enfilée par le vent -
les volets applaudissent


*


tempête -
le vent s'engouffre dans
mes pensées


*


croisée des chemins -
c'est souvent là que le diable
apparaît


*


un soupçon de larme
une larme de soupçon -
scène de ménage


*


raconter la mort -
elles lui font mal les questions
de l'enfant


*


croisée des chemins -
une corneille se pose


*


Interprétation des rêves -
je laisse la clé
sous mon oreiller


*


du bout des lèvres
au bout du compte et du quai
l'embrasser enfin


*


salle d'accouchement -
sur son petit corps tout frêle
mes larmes de joie


*


café du village -
les regards comme des lames
de couteau


*


vent de printemps -
comme des dominos
les coccinelles


*


paternité -
condamné à regarder
kung fu panda


*


Jurassic Pâques -
mon fils exige des oeufs
de ptérodactyle


*


le vieux jardinier -
même son ombre parait
fatiguée


*


Mari idéal ,
je ne trompe ma femme
qu'en poésie


*


printemps -
peut-on tomber amoureux
d'un arbre ?


*


un croche-patte au coeur
et soudain je tombe
... amoureux


*


à chaque fois
un son différent
la vague


*


clapotis
la source comme une boîte
à musique


*


mon père
comme ses chaussettes -
dépareillé





Ben Coudert