mercredi 6 décembre 2017

LE JOGGEUR ET LA PÂQUERETTE - VINCENT HOARAU





Photo de Gérard Dumon






ongles noirs
j'apprends à aimer
la terre




*




longuement je contemple
ses formes rondes et blanches -
village sous la neige




*




sautant de branche en branche
une mésange me regarde
préparer le ciment




*




et un beau matin
l'hiver tombe aux pieds
de quelques crocus




*




courant d'air marin ~
sur les vagues de l'oreiller
l'ombre du rideau




*





jardin négligé ~
les premières orties
se roulent dans l'herbe




*




giboulées de mars -
le peintre ne sait plus
quelle couleur choisir




*




perce-neiges -
devant la glace elle met
ses premières boucles d oreilles




*




au beau milieu
de la Voie Lactée
un enfant joue aux billes




*




un nouveau printemps -
trop petite déjà
sa robe à fleurs




*





pâquerettes -
la pelouse
me regarde




*





pleine lune de mars -
encore une nuit blanche
pour le magnolia





*





ma retraite ?
je ne sais pas
un magnolia





*





par temps clair
on peut voir les magnolias
dans ses yeux





*




matin frisquet -
le petit feu
des genêts en fleurs





*




mon jardin sauvage -
je ne veux rien connaître
de leurs prières froides





*




une brise
saupoudre parfois l'étang
- pruniers en fleurs





*






jardin d'avril -
autant de primevères
que de mouches





*





petit vent doux -
dans la sébile du mendiant
deux ou trois pétales





*





la princesse
regarde un dessin animé ...
les grenouilles attendent





*




douceur du soir -
un éclat rouge sur la table
de l'autre côté du verre





Takeuchi Seiho






point du jour
le corbeau argumente
avec la grenouille





*





personne ne sait
quand le gardien de nuit
a vu le jour





*





la télé ne marche pas -
enfin si, son antenne
sert au rouge-gorge











lune dans l'étang -
les grenouilles regardent
le programme du soir





*




lilas en fleurs -
une vieille cabane
toute neuve





*





les pétales du cerisier
noyés dans l'eau froide
... sept cent naufragés





*




aube fraîche -
le joggeur et la pâquerette
font leurs étirements





*





une fissure
dans le mur de la chambre ...
glycine en fleurs






*





vent froid de mai -
quelque part une liste
d'enfants musulmans





*




envie de sieste ...
quand je referme le livre
un papillon s'ouvre





*




silence du soir -
une mésange secoue
le parfum des roses








Vincent Hoarau



jeudi 16 novembre 2017

HAÏKUMAN - FITAKI LINPÉ


Hasui Kawase






relaxation -
les débris du monde se rassemblent
sous mes paupières



*


repas frugal -
le sommet de la colline
en quatre enjambées



*
soir d'orage -
de jeunes poulpes frétillent
dans l'huile



*


sur sa tombe
ma mère
toujours souriante



*


dans l'eau bouillante
deux tourteaux
innocents



*
sieste amoureuse
elle me dit : chéri
tu sens la sardine



*



hors de leurs sandales
mes pieds font le bonheur
des mouches



*


un nuage passe -
le torrent n'emporte plus
que de l'ombre



*


créer des poèmes
comme le ciel des nuages
le grand bonheur



*


mi août
déjà la lumière d'automne
dans ce nuage



*


toujours des mouches
ou des nuages
le bonheur parfait n'existe pas



*


rattrapé par le troupeau
le petit nuage
égaré



*


de temps en temps
le lourd pommier offre une pomme
aux fourmis



*


haut figuier
un seul de tes fruits
ferait mon régal



*


jardin suspendu -
d'ici j'aperçois l'eau limpide
de la rivière



*


jardin de fruits
jardin de fleurs
côte à côte



*


silencieusement
j'attends l'heure où se réveillent
les belles de nuit



*


les yeux mi-clos
guettant l'instant où dans l'ombre
elle se déshabille



*


sur son sein
ma main se pose
et s'apaise



*


torses nus
trois garçons détournent
la rivière



*


découvrir le jour
sur un air de valse -
le café coule



*


aube fraîche -
dans son cou cherchant
un peu de chaleur



*


berger aux yeux clairs -
son regard d'homme rencontre
mon regard de chien



*


le vieux plancher
laisse passer les rires
et les secrets





la brise
juste ce qu'il faut
sur le carillon




* * * * *




assis sur la pierre
j'attends que se lève la brume
petit matin froid



*



le corps du chien
tout entier
fume dans l'air gelé



*



le couteau du jour
découpe la brume
à grand peine



*



dans la brume
quelque chose de grand
se devine



*



brume froide
sur le chemin un cri d'oiseau
me décoiffe
de la brume
jusque dans ma barbe



*



on dirait que tu
retrouves la joie, papa
quand tu marches



*



pour mettre l'enfant dehors
la neige n'a pas eu besoin
de crier



*



couchant d'hiver -
assis comme à mes dix ans
dans les herbes folles

*
gai de vin
si je rencontre les gendarmes
je leur dirai un poème



*



silence profond -
quitter mes souliers
me libère la tête



*



ces chats
qui ne demandent jamais
s'ils peuvent



*



entre chien et loup
le froid
se met à mordre



*



pour pêcher la lune
autant qu'elle soit pleine -
barque catalane



*



toujours là
l'enfant
quand il faut grimper



*



mon fils
connaît les colibris
comme sa poche



*



par la casserole oubliée
je sais qu'il pleut



*



la géographie
de la lune
dans la poêle à crêpes



*



couchant d'hiver -
le soleil caresse
le blé en herbe



*



prochaine vie -
entre cerisier et mimosa
j'hésite un peu



*



parfum de cannelle
dans la poêle cuit
le riz sauvage




*



tu fricotes
avec le soleil
petite fleur jaune




*



le saule
attend le printemps
pour pleurer



*




chemin faisant -
le croc en jambe
d'une ronce





Fitaki Linpé