jeudi 12 octobre 2017

DÉLIVRANCE - PHILIPPE MACÉ





Félix Vallotton - Conversation privée





le cri de la chouette
le chant du coucou aussi
sur le dernier arbre




*




mi-septembre
du petit vin des vacances
la dernière bouteille




*




vieux tube à la radio
de ces années soixante
les beau matins d’été




*




école déserte
un chat à trois pattes
traverse la cour




*




absence-
pour ton anniversaire
une étoile au hasard




*




jardin en friche
dans la cabane de grand-père
un long hiver




*




soleil de Mars
les moutons de poussière
en transhumance




*




vingt-huit missions
et maintenant
livré à lui-même...




*




pont de Paris
les mariés japonais
s’inventent un rêve




*




choucroute à volonté
le bouton de mon jean
n’a pas résisté




*




tableau de bord
ces boutons mystérieux
qu’on ne touche jamais




*




rendez-vous galant
elle commande une infusion
il veut déjà partir




*




cris des moussaillons
les bateaux s’entrechoquent
sur le bassin du square




*




choc du ballon
mon courage s’arrête
à dix mètres des ruches




*




soixante ans après
ma mère parle encore
de sa bague perdue




*




vingt ans d’analyse
elle hésite encore
sur l’option bébé




*




enfant j’ai vu des roulottes
les derniers saltimbanques
de feu et de chevaux




*




pause cigarette
les fumeurs de la boîte
en société secrète




*




la vieille tante décédée
dans sa boîte à biscuits
des biscuits




*




au bout du tunnel
en guise de lumière
le flash d’un radar




*




soixantaine en vue
rebondir je veux bien
mais retomber où




*




boite à bijoux
une alliance
qu'elle ne met plus




*




odeur des pommades
les petits rugbymen
fiers de leurs bosses




*




pansement sur le coeur
speed dating très speed
aucune infirmière




*




délivrance
mon voisin du dessous
a posé son banjo




*




salle d’attente pleine
et un programme télé
de l’année dernière




*




Septembre se traîne
j’ai oublié le nom
de mon premier amour








Philippe Macé

[Première publication, le 9 octobre 2014]










vendredi 25 août 2017

AU BORD DU MONDE - CHRISTIAN COSBERG







Zhang Quanzong


autoroute
Lao Tseu roule toujours
sur la voie du milieu


*


matin d’élection
je ramène Marine Le Pen
à la maison


*


 un tout petit soleil
planqué
dans les herbes


*


avec les peupliers
dans le couloir
du vent


*


 plus vertes encore
mes pensées
sous la pluie


*


 jour de pluie
même le silence
est gris


*


au bord du fleuve
le Woodstock
des grenouilles




*


nuit d'amour
tendrement le vent 
dans les arbres



*



 matin blanc
les oiseaux ne fêtent
que le silence



*


perçant la brume
d’une heure à l’autre
ton si joli sourire


*


mon enfance
de petit vampire
perchée dans le cerisier


*


livres endormis
j’en réveille un pour
me tenir compagnie


*


mai s’éternise
du vent et des rêves
dans la folle avoine




nuit d’été
toute étoilée
de jasmin


*


chemin de mai
une joie toute ébouriffée
de chardons




ramdam
du petit matin
on démonte la nuit


*


au petit déjeuner
deux grandes tartines
de silence


*


vieux pêcheur
juste la grande bleue
au bout de sa ligne


*


lauriers en fleurs

ils escaladent
le matin bleu



*


dans le caddie

les deux mêmes petites filles
- pour le prix d'une ?



*


tandis que la chaleur se réveille
les fesses fraîches
de l’abricot


*


trésor
du petit matin
un rien de fraîcheur


*


canicule
même les platanes
se déshabillent


*


orage d'été 

je te revois sortir
du Prisunic



*


cigales

l'équipe de nuit
est au boulot



*


minuit

trente et un degrés
la ville est un caramel mou



 *


retour à l'invisible 

ta joyeuse présence
en chacun de nous



*


Soulages 

cette vieille lumière 
des origines



*


nez en l'air

ma course dans
les nuages



*


vacarme
le ciel vide
son sac


*


après l’orage
même les heures
reverdissent


*


nuit chaude

la cigalette après 
l'amour




*


adossé

à la falaise menaçante des nuages
le vert éclatant 
des grands arbres



*


butter fly

le beurrier se casse
la gueule


*



 plainte lugubre
ma vieille porte et sa voix

de tragédienne



 *


au couchant 

même les cailloux se prennent
pour des géants



*


endormies

sur leurs cintres
toutes mes chemises d'été



*


mon chemin
est un rêve
de folle avoine


*


à table 

avec quatre jeunes femmes
qui donnent faim



*


tout en sifflotant

j’arrache le coeur 
d'une salade



*


le calme

tondu avec
la pelouse





désormais 

j'ai dans le cœur 
un ciel de clématites



*



14 juillet

l'aube première à hisser
les trois couleurs



*


au bord de l’orage

pris au piège
d’un pesant silence



*


nuits d’été

tous ses chemins
me traversent





ce soir

dans le ciel
un aquarelliste


*



en bouche

la nuit noire et sucrée 
d'une poignée de mûres


*



en ville

les pompiers brûlent
tous les feux



*


dans la chaleur de midi

le vent
m'ouvre un chemin
. . .

puis dans un tournant 

le vent me laisse seul
avec les cigales



*



nuit d'été

l'amour du vent 
pour les grands arbres




*


l'été

dans les parenthèses 
du vent


*



le souvenir du mot 

baiser
sur le bout de ta langue



*



de salades

en salades
ses mots crus


*



canicule

toute la côte
sur le grill


*



parfois

dans un lit bateau
une douce tempête


*



sur un fil

quelques guêpiers
déjà tournés vers l’Afrique


*



terrasse de café

assis
au bord du monde






Christian Cosberg

















mercredi 17 mai 2017

UN MATIN DE DRAPS BLANCS - CHRISTIAN COSBERG




Don Hong-Oai







magicienne

elle fait d’un morceau de sucre

un canard

*



nuit claire

entre deux culottes, éclatante

Vénus

*



terrasse ensoleillée

une petite promenade

avec un verre à pied

*



son déhanché

soudain de la brume

dans mes lunettes

*



sortie de la ville

la lune dans le dernier

quartier

*



au milieu du champ

un vieux chêne

et moi

*



comme l’oiseau

le soleil chantonne

dans les persiennes

*



petit matin

refaisant le lit j’emprisonne

un reste de rêve

*



de la lune

ne reste

qu’une rognure d’ongle

*



tôt le matin

la voix de mes parents

qui monte du jardin

elle ne résonne plus

que dans mes rêves

*



en gros

ne pas

m’aigrir

*



pressé

le camélia passe

au rouge

*



premier jupon

la dentelle

des jeunes feuilles

*



plié

dans ma panière

un matin de draps blancs

*



blue jean’s

toujours vêtu d’une nuit

farcie d’étoiles

*



framboise et orange

les confitures repoussent

le petit matin gris

*



engagé

sur un chemin qui ne cesse

de me conter fleurette

*



perchoir

le feu tricolore passe

au gris tourterelle

*



entre elle

et moi

quelques pivoines

*



un jour ou l’autre

penser à rendre ce corps

que la terre nous a prêté…

*



vieil homme

la place traversée

comme une aventure

*



ce trésor

dans mon cabas

une mangue

*



au cœur

des pêchers en fleurs

la vie en rose

*



une source intarissable

d'emmerdements

mon voisin

*



zigzaguant

entre les gravats

des pâquerettes

*



trois pas sur le sable

partir revenir

comme moi la mer hésite

*



un mur de pierres sèches

deux lézards

et moi

*



début du printemps

quarante ans plus tôt

tout semblait possible

*



radio arrêtée

enfin la station

du silence

*



accord parfait

le chant des oiseaux

et des dernières gouttes

*



nuit chaude

je pousserais bien les murs

jusqu’au grand vent

*



longtemps

la glycine en fleurs

marche à nos côtés

*



riche

d’un peu de soleil

et de calme

*



coups de marteaux

mon voisin cloue le bec

aux oiseaux

*

à petits pas dans le champ

livré au murmure

des butineuses

*



vent de face

je vais finir par ressembler

à Monsieur Spock
 

*



ces petits rires

les jeunes feuilles

dans le vent

*



depuis le début

en faim

de vie

*



passer

d’une journée à l’autre

comme on claque une porte

*



quinze mètres de varappe

pour goûter mes fraises

la fourmi

*



juste avant l’orage

le frémissement

des peupliers

*



nuit de fièvre

du vent les caresses

de linge frais

*



toutes rentrées

au bercail de la nuit

les collines

*



jusqu’à la fin

commettre des erreurs

de débutant

*



le temps

cet enfant qui n’arrête pas

de courir

*



neuf heures du mat

le papillon de nuit

fait des heures sup

*



vieux chemin

toute la beauté

du temps qui passe

*



comme ce chemin herbu

mon cœur serpente

au bord des vignes

*



au cœur des herbes sèches

une petite pluie

de sauterelles

*



avant la pluie

les petits rires de quelques

élégantes

*



petit matin

l’impatience

des rossignols

*



75 centimes d’une joie

toute rouge

premières cerises






Christian cosberg