mardi 2 septembre 2014

AU CŒUR DES HEURES




Robert Vickrey




Sortant de la clinique-
autour de mon cou
le souffle d'un papillon



*



jusqu'à mon silence
le discours polyglotte
des oiseaux



*



dès l'aube
d'un arrosoir
saluer le jardin



*



fête foraine-
inlassablement
le tourniquet des ânes



*



dans le laurier rose
épuisé de lavande
le bourdon endormi



*



petit matin-
cuisiner
pour maman



*



concerto pour deux pianos
doublement
Mozart



*



au cœur des heures
visiter
sa vieille tante



*



vingt doigts quatre mains
l'esprit en balade
avec Schubert



*



si âgée à présent
jour et nuit
des couches culottes



*



au loin orage et pluie-
l'allegro
du piano



*



au ralenti
presqu'à l'unisson-
et voici la lumière



*



fin de matinée
enchanter sa mère-
courgettes farcies



*



de mineur en Majeur
dévalant le ruisseau-
improvisation



*



fin de matinée
lassitude-
égrener ses rêves



*



au dessus du brouillard
le son des clarines-
l'âme légère



*



matin sans âme-
le merle
ne chante pas
un son un chant ou un frère
soudain tous les trois me manquent



*



dans les pétards
à chaque quatorze juillet
ton souvenir



*



soudain libre
je me rêve sirène-
premières brasses



*



cérémonie bouddhiste-
devant leur mère défunte
si forts mes neveux
l'eau l'encens et la prière
mon âme est un grain de sable



Myoe Win Aung




papillons de nuit
mes yeux
cernés de lune



*



devançant les colchiques
le ballet
des étourneaux
retour de mauvais augure
pour un été sans soleil



*



sortant du bois
le parfum des fruits sauvages-
envie de rapine



*



crépuscule
des gouttes de lumière
sur le jardin



*



rentrant du jardin
un bouquet de parfums
sur mes mains



*



s'abreuvant
à l'eau de la nuit
un merle



*



tout l'été
fidèle aux fraises des bois
la mante religieuse



*



brume d'oreille
j'attrape
un rêve





Christine Dumond

 


dimanche 31 août 2014

UNE RUE DU NEW JERSEY





Arte - Edward Hopper réenchanté en 8 cout-métrages





 
Une vieille photo retrouvée dans un livre. Parfois, ranger dérange, surtout à minuit passé, quand l'air est trop doux et que l'alcool ne titre qu'un haut degré de nostalgie...


 
minuit passé
mes pensées s'égarent
dans une rue du New Jersey

 
l'Atlantique
entre elle et moi
je ne sais pas nager

 
ma barque lentement dérive
sur le fleuve Amour
nuit d'octobre


*



soudain elle est là
cascade de cheveux blonds
qui me frôle


plein soleil
épices et foins coupés
comme une envie d’été



ciel d'orage
un coup porté très haut
tes yeux dans les miens


*



une voix monte
dans la nuit
comme un chemin oublié


en moi
une nuit d’été
qui ne veut pas mourir





Christian Cosberg



samedi 30 août 2014

AU FOND DU JARDIN





Robert Vickrey




 
en robe vichy
ma petite fille assise
face à l'océan



*


premières lueurs
l’oiseau chante le code
du jour



*


oh ! le silence
une fois
la mouche sortie



*


sieste
sur la pierre
encerclé d’alouettes



*


entre les deux fenêtres
de la ruine
le vent



*


cris de corneilles
combien sommes-nous
à les écouter ?



*


dans le tiroir
à tapettes
le nid du mulot



*


présente
dans chaque seconde
la femme absente



*



le facteur
vient de glisser Baudelaire
dans ma boîte



* * *



au fond du jardin
plus près des papillons
que des hommes



*


au fond du jardin
l'écureuil
ne me craint plus



*


au fond du jardin
la fauvette
chante pour moi



*


au fond du jardin
le bruit
ne chasse plus le rêve



*


au fond du jardin
je coule
comme une source



* * *



retraité d'Air France
dans son petit jardin
sous les avions qui passent



*


nuit d'été
le petit vieux
cherche sa Grande Ourse



*


papy
un bonbon dans chaque poing -
quelle main ?



*


moi jeune -
tellement de poussières
sur la photo !



*


vent de mer
trop vieux pour courir
après son chapeau



*


depuis ce matin
pluie diluvienne-
j'habite sous l'eau



*


la lune
ce soir
a pris du ventre



*


chaque jour
un poète
m'accompagne



*


nuage noir
mais le vent est là
qui pousse



*


paumes sur mon thé -
souvenir
d'un corps d'oiseau



*


appuyé au balcon
la forêt
vient me voir






Gilles Brulet



jeudi 28 août 2014

LES RADIS POUSSERONT DANS LA LUNE








Robert Vickrey - The Nap








pluie printanière
un rêve à la dérive
dans mon sommeil




*




veille des moissons
le champ de blé profite
d'un dernier galop




*




fin du feu d'artifices
la fleur du pêcher
redevient une étoile




*




sieste au jardin
je m'endors en fixant
les volets mi-clos




*




dernière cerise
mon cœur bat fort
en la mangeant




*




corbeau sur la neige
une goutte de café tombe
sur son poignet




*




à travers la vitre
le ciel éclaboussé de café -
retour des corneilles




*




crépuscule
les fleurs collent davantage
aux abeilles




*




forte pluie
la ligne de flottaison
des jonquilles




*




brusque bourrasque
...les radis pousseront
dans la lune




*




les graines semées
soudain le vent envoie mon jardin
pousser au ciel




*




pluie du redoux
sur l'étang, ailes ouvertes
les flamants roses…




*




 panier à linge
une fourmi grimpe le bonnet
d'un soutien-gorge




*




draps blancs
cueillir les bleuets
sans vraiment les cueillir




*




après-midi de Noël –
les bonhommes en pain d’épices
louchent sur ses seins




*




œuf au plat ...
la poêle
cyclope




*




vu d’en-haut
dans la gueule du chien
un énorme os de neige




*




nuit des Perséides
je cherche un collant
qui n'ait pas filé









 Hélène Duc 




mercredi 27 août 2014

MON REGARD DE CHIEN





Hasui Kawase






relaxation -
les débris du monde se rassemblent
sous mes paupières



*


repas frugal -
le sommet de la colline
en quatre enjambées



*

soir d'orage -
de jeunes poulpes frétillent
dans l'huile



*


sur sa tombe
ma mère
toujours souriante



*


dans l'eau bouillante
deux tourteaux
innocents



*

sieste amoureuse
elle me dit : chéri
tu sens la sardine



*



hors de leurs sandales
mes pieds font le bonheur
des mouches



*


un nuage passe -
le torrent n'emporte plus
que de l'ombre



*


créer des poèmes
comme le ciel des nuages
le grand bonheur



*


mi août
déjà la lumière d'automne
dans ce nuage



*


toujours des mouches
ou des nuages
le bonheur parfait n'existe pas



*


rattrapé par le troupeau
le petit nuage
égaré



*


de temps en temps
le lourd pommier offre une pomme
aux fourmis



*


haut figuier
un seul de tes fruits
ferait mon régal



*


jardin suspendu -
d'ici j'aperçois l'eau limpide
de la rivière



*


jardin de fruits
jardin de fleurs
côte à côte



*


silencieusement
j'attends l'heure où se réveillent
les belles de nuit



*


les yeux mi-clos
guettant l'instant où dans l'ombre
elle se déshabille



*


sur son sein
ma main se pose
et s'apaise



*


torses nus
trois garçons détournent
la rivière



*


découvrir le jour
sur un air de valse -
le café coule



*


aube fraîche -
dans son cou cherchant
un peu de chaleur



*


berger aux yeux clairs -
son regard d'homme rencontre
mon regard de chien



*


le vieux plancher
laisse passer les rires
et les secrets





la brise
juste ce qu'il faut
sur le carillon






Philippe Quinta



dimanche 24 août 2014

SUR LE BATTANT DE BRONZE





Jack Vettriano - Yestedays Dreams






finale du Mondial -
plus ronde que d'habitude
la lune du retour



*



la lune s’arrête
juste au-dessus des toits -
je rentre seule



*



dans un quart de tour
elle inondera mon oreiller -
veiller sans bruit



*



le chat en boule
tout prés de ma tête -
la nuit se fait rondeurs



*



ta lumière au moins
pouvoir la regarder en face -
compagne de mes silences



*



bientôt
cette heure
de tous les possibles...



*



juste avant l'aube
chut
un train lointain



*



une auto solitaire
et là-bas
ce doit être la mer



* * *



Tamise à marée basse
aux galets d’amertume
le sable de l’oubli



*



lentement
de sa clairière de brume
pour un instant la lune



*



douleurs au réveil -
l’aquarelle de l’aurore
s’étire de la nuit



* * *



tuiles romaines -
le couchant emmielle plus encore
les façades de pisé



*



déracinée -
être de nulle part pourtant
partout y être bien



*



patois perdu -
les rides de grand-mère dans
un sourire du Rajasthan




* * *



l’avant goût
d’un bouquet pour demain
renouée des oiseaux



*



si humble
l’auréole du plantain
la regarder encore



*



chemin de halage
au lieu des chevaux d’antan
des cyclistes en lycra



*



ce coin prés du pub
avec bleuets et coquelicots
on l’a semé c’est sûr



*



des valérianes !
cette fois je me souviens
même de leur nom



*



déjà mûres
les mûres de cette année !
canicule de Juillet



*



escalier vers la rue
une poignée de noisettes
dans le sac


* * *


matin paresseux
remettre le dehors
à l’intérieur de soi



*



cloche au repos
sur le battant de bronze
l’heure a sonné











Sprite London