jeudi 24 juillet 2014

Samedis chorégraphiques : autour de Lalala Gershwin (Dominique Hervieu et José Montalvo)


Samedi Chorégraphique au Théâtre de Nîmes 
avec Emeline Colonna, le 12 février 2011
autour de Lalala Gershwin (Dominique Hervieu et José Montalvo)




Photos  Lalala Gershwin : crédits Laurent Philippe




                                                                                          Le métissage comme processus de création

Dominique Hervieu et José Montalvo
Emeline travaille depuis douze ans avec José Montalvo et Dominique Hervieu[1] : « Dans la compagnie, à la différence de l’école classique d’où je viens, on part de ce que l’on est, nous, notre parcours, nos histoires, notre corps. Chacun amène ses mouvements, sa technique. Il ne s’agit pas de copier mais de se rencontrer, de s’enrichir mutuellement. Je vois l’autre bouger et d’un coup il y a un mouvement qui me plait, et j’ai très envie de l’attraper, mais en me l’appropriant avec ce que je suis.»
Avec Porgy and Bess  en toile de fond, Lalala Gershwin  nous place de fait en plein métissage qu’il soit physique (Blanc / Noir…), culturel (Afrique / Europe / Amérique…) ou artistique (Musique /Chant / Danse / Arts visuels). Le jazz et toutes ses facettes (New Orleans, Swing, Be- Bop…) ainsi que l’œuvre de Gershwin entre rag, jazz et musique savante, sont déjà en eux-mêmes, de fabuleux témoignages de métissage, signes de vivacité de la création artistique.


Esther Williams dans
Le bal des sirènes


Au fil de l’eau
Notre fil rouge sera celui de l’eau, omniprésente dans la pièce : eau dormante ou qui se déchaîne, espace ludique, porteuse de vie mais aussi menaçante et annonçant la mort, entre des images inspirées des ballets aquatiques d’Esther Williams et celles évoquant la terrifiante traversée des esclaves d’Afrique ou le destin tragique de tant de marins face à la tempête, comme Jake, le mari de Clara dans Porgy and Bess. Emeline nous propose d’explorer un des mouvements caractéristiques de Lalala Gershwin, reptilien plus qu’aquatique dirait-on, initié par la colonne vertébrale…


   [Pour lire la suite, cliquez sur Plus d'info, ci-dessous ]

mardi 22 juillet 2014

L'ÉTÉ FAIT SON SHOW



 
 
Vincent Bioulès
 
 
 
 
chaleur à crever
réfugié dans une église
il ressuscite


*

chaleur étouffante

toute la nuit dans

ses anneaux




*


canicule~
si t'as pas la clim
t'es refroidi


*

devant la télé~
canicule ou pas
neurones grillés


*


canicule

mon rêve de fraîcheur

plus ardent que jamais



*


canicule

sieste obligatoire

pour « l’homo çapionce »*




*


canicule

mes rêves de fraîcheur

réduits en cendres




*

minuit, 29 degrés
pas un pet de vent
la ville est un caramel mou



 *



dans la torpeur de l'été
la petite musique
du marchand de glace



 *



nuit d'été
tendue entre deux arbres
ma chambre à coucher




*



sieste d’été

qui se réveillera

le vieil homme ou le petit garçon





*



journée d'été
je remonte un chemin
plein de rires et d'éclaboussures





 *




ivresse

dans le grand alambic

quelques jours d’été





 *




forcément

tout l’été

dans vos robes légères




*




nuit d’été

trois geckos

font le mur




*



ton sourire

ce rafraîchissant

petit matin d’été





*



matin d’été

faire la planche

sur la mer étale




*



ce matin

l’été a le goût

d’une pêche blanche






*




nuit d’été ~

une fête au loin

l’écho du dernier tramway





 *




calvaire

l’été la met

à genoux





*



nuit chaude –

après la fête

l’été s’endort sur la moquette





*



petite pluie d'été
ta robe n'y résiste pas
et moi non plus




*

matin de pluie

court dans l’été

un chemin de montagne





*




un peu de vent
c'est ainsi que l'été
me touche





*



deux seaux d’eau

au pied du romarin

soir d’été





Christian Cosberg 

* Un mot de mon ami Jean-Marie Frappereau


dimanche 20 juillet 2014

PRINTEMPS EN ARLES...





Vincent Bioulès




fin Mai en Arles ~
trop vieilles puis trop neuves
les arènes



 

*

fin Mai en Arles ~
assassiné cinq gras
moustiques provençaux
 


 *

fin Mai en Arles ~
hôtesse kitsch décalée
et très…libérée


 

*

fin Mai en Arles ~
ton carillon me les brise
ô Sainte Trophime

 

*

fin Mai en Arles ~
abricots et cerises
frôlant l’overdose
 


*

fin Mai en Arles ~
les noyaux brillants des nèfles
japonaises

 

*
 
fin Mai en Arles ~
soûlé par le vacarme
il pense au Fuji

 

*
 
fin Mai en Arles ~
encore bien trop tôt
pour la lavande

 

*
 
fin Mai en Arles ~
jeans taille basse et
tendres fossettes

 

*
 
fin Mai en Arles ~
les champs de lavande
lui, il en rêvait

 

*

fin Mai en Arles ~
les flèches des cyprès
menaçant le ciel
 


*

fin Mai en Arles ~
Baygon et citronnelle
vade retro mousticas!

 

*
 
fin Mai en Arles ~
Van Gogh habite toujours
à saint Rémy

 

*
 
fin Mai en Arles ~
le soleil tartine de miel
les arènes

 

*
 
fin Mai en Arles ~
Frédéric Mistral
a bien mal vieilli

 

*
 
fin Mai en Arles ~
de la lavande jusque
dans les glaces

 

*
* * *
*
 
en Arles, au printemps ~
venir en Provence pour
manger breton
 
 
*

en Arles, au printemps ~
à Saint Rémy de Provence
Van Gogh et Nostradamus

 
*
 
en Arles, au printemps ~
deux kilos de fèves?
Voilà, la jeunesse!

 
*
 
en Arles, au printemps ~
un euro la bassine
les cerises

 
*
 
en Arles, au printemps ~
les touristes bruyants
déjà installés

 
*
 
en Arles, au printemps ~
overdose d’oreilles
Van Gogh est partout

 
*
 
en Arles, au printemps ~
une hôtesse modèle
Caroline
 
 
 
 
 
 
Roger Amade

mercredi 16 juillet 2014

LA COURSE DE ROSEMARIE



 
Mireille Cornillon







Rosemarie

   Comme je te l’ai dit au téléphone, je quitterai Barcelone juste après le concert. Ne m’attends pas, j’arriverai dans le milieu de la nuit. J’ai hâte de partager ces quelques jours avec toi. Je t’embrasse.
                               Fabrice



Depuis des mois, des années, des siècles, presque tous les jours, Rosemarie passait des heures sous des pluies d’images du temps passé. Elle pleurait. Non pas comme une enfant mais comme une adulte, avec l’effroi de la conscience. Elle reconstituait inlassablement ce crime qu’ils avaient commis. Et elle s’accusait. Et elle se jugeait coupable, plus coupable encore au vu des nouveaux indices. Elle prenait tout sur elle puisqu’il ne restait plus qu’elle. Elle. Enfermée dans des heures grises. Noircie. Noyée dans la matière. Elle qui n’était plus qu’une chose. Elle n’avait plus de force. Elle dormait mal. Elle dormait tout le temps. Constamment épuisée. Vidée. Elle restait couchée. Elle n’avait plus d’ailes.

A six heures elle est sortie du collège, elle a traversé la ville et s’est retrouvée devant le rond-point décisif, elle ne savait toujours pas. Elle a tourné une fois, puis deux, trois…

Assise, debout, couchée. Toujours immobile, enracinée dans le désespoir. Les yeux vides, perdus, aveugles. Elle avait recouvert son intelligence de monceaux de voiles sombres ; elle avait voulu s’endeuiller de toutes ses qualités, ses soi-disant qualités qui ne lui avaient servi à rien puisqu’il n’était plus là. N’était plus qu’un revenant qui la traquait dans sa vie d’apprentie démente.

   A droite, retour à la ville, à son appartement cercueil, au dégoût ; à gauche, toujours la ville mais une ville sans âme, une ville qui est en train de naître et qui est déjà morte ; derrière, cette direction, ce mot, ce qu’ils supposent lui donnent la nausée.

Comment oublier ce qui l’avait portée si haut, comment oublier cette chute vertigineuse qui ne cessait de se prolonger. La relativité forcenée de son temps lui avait offert son malheur. Tout ce qu’elle demandait à ce cadeau empoisonné c’était qu’il fasse son œuvre, qu’elle aille au Diable. Longtemps elle avait cru qu’elle casserait d’un coup comme une vitre qui se brise. Elle savait maintenant que cela pourrait prendre du temps, être insidieux, lent, très lent, ignoble à force de lenteur. Il lui restait toute la mort à vivre.

Elle a braqué brusquement pour se surprendre. Elle a pris tout droit. Elle file vers l’ouest.
Elle s’est sauvée mais elle ne le sait pas. Elle a pris une décision d’urgence, c’est tout. Quant à savoir garder cette force qui lui a permis d’échapper au tourbillon de l’indécision c’est une autre histoire. Elle n’espère plus. Elle ne fait plus que des rêves malades, des rêves polymorphes qui commencent heureusement et se terminent en obsessions gluantes et cauchemardesques. Alors quand malgré tout une timide lumière clignote dans le noir, elle fait comme si de rien n’était. Elle s’en saisit promptement et la met de côté, hors de portée, pour ne pas l’éteindre. Ce soir elle a perdu la triste faculté de s’obscurcir la vie. Elle se délivre, elle, Rosemarie. C’est un événement extraordinaire mais personne n’en saura rien. Cela n’a pas d’intérêt. Ce qui intéresse l’Information, celle-là même dont elle s’abreuvait tout au long de sa mort lente, c’est le sang. Pour l’Information le sang est une ressource capitale, pas les événements heureux.
Elle roule, elle a pris à gauche pour longer la côte. Elle admire le ciel. Elle a un sourire profond pour ces nuages poudrés d’or et de rose. Elle s’émerveille de ce banal et grandiose coucher de soleil. La lumière, là-bas, est irrésistible. Elle en oublie toute son histoire jusqu’au moment où la circulation se ralentit.
[ Pour lire la suite, cliquez sur Plus d'infos, ci-dessous ] 

mardi 15 juillet 2014

NEW YORK POLARS, une chronologie




Villes et auteurs de romans policiers se retrouvent parfois associés comme des couples d’amants maudits . Barcelone/Manuel Vazquez Montalban, Amsterdam/Janwillem Van de Wetering ou Los Angeles/James Ellroy pour ne citer que trois exemples évidents. Mais que dire de New York ? Qui associer à la ville quand tant de noms nous viennent à l’esprit ?


Et puisqu’il s’agit de the Big Apple, la Grosse Pomme, cette citation de Mirabeau nous emmènera droit vers Chester Himes et préfigurera Lawrence Block : “L’entassement des hommes comme l’entassement des pommes produit la pourriture”.
“Figurez-vous qu’elle était debout, leur ville, absolument droite. New York c’est une ville debout. Chez nous, elles sont couchées, les villes” (L.F. Céline)… avant qu’elle ne bascule dans l’horreur de ce 11 septembre 2001 et ne plonge avec L’Homme qui tombe de Don DeLillo (2007, Actes Sud, 2008) au-delà de la catastrophe.



·                    À tout seigneur tout honneur et en rapport aux origines du genre, Edgar Allan Poe inaugure la longue liste, s’intéressant en chroniqueur à un fait-divers advenu à New York : le corps d’une jeune femme découvert dans l’Hudson qui nous vaudra Le Mystère de Marie Roget (1842) premier conte des Histoires grotesques et sérieuses.

·                     D’autres datent l’apparition du roman policier aux USA à la publication de The leavenworth case (Le crime de la cinquième avenue, 1878 republié au Masque en 1999), vendu à 1 million d'exemplaires. Ouvrage de la fille d'un avocat new-yorkais spécialisé dans les affaires criminelles : Anna Katharine Green, dans lequel un policier nommé Ebenezer Gryce, que l'on retrouvera dans une dizaine de romans, mène l'enquête dans  la haute bourgeoisie. C'est à partir de 1886 que dans le New York Weekly, John Russell Coryell crée le personnage de Nick Carter l’as du déguisement, le détective new-yorkais qui sera le premier grand héros de la littérature policière américaine (700 novelettes, feuilletons)... juste avant qu’Herman Melville ne travaille pour les Douanes de la ville de New York en vieillard taciturne, oublié de ses lecteurs.

·                     Dans la veine des romanciers naturalistes et de l’École de Chicago, Stephen Crane publie Maggie fille des rues (1893) qui décrit les bas-fonds de New York City, 70 ans avant les portraits de freaks et de new-yorkais de Diane Arbus.

·                     Dans les années 20, à l’heure où Weegee commence à photographier en noir et blanc la vie nocturne de notre Big Apple, deux figures légendaires vont dominer la scène US : Charlie Chan le flic de Honolulu, créé par Earl Derr Biggers et Philo Vance, un détective amateur de salon de la très bonne société new-yorkaise, aristocrate cultivé, raffiné, gourmet, esthète amateur d’art, expert en égyptologie aussi intelligent que snobinard, créé par un critique d’art sous le pseudonyme de S.S. Van Dine. Van Dine  concevait le roman policier comme une partie d’échecs et se fit le théoricien de cette conception ludique en édictant dans un article célèbre ses fameuses 20 règles pour le roman policier in The American Magazine (1928). Après trois ans de convalescence durant laquelle il lut jusqu’à plus de 2000 romans du genre, il débute la série des Philo Vance avec La Mystérieuse affaire Benson (1926), puis publie L’Assassinat du canari (1927) qui devint même le nom d’un sorbet à la mode !

·                    Le tandem de cousins publicistes nés à Brooklyn en 1905, Ellery Queen (Frederic Dannay et Manfred B. Lee) entame avec Le Mystère du chapeau de soie (1929) leur longue et prolifique collaboration qui perdurera jusqu’en 1964, et même 1971 pour l’un des deux. Ainsi paraîtront plus de 33 romans, d’innombrables nouvelles (comme Village de verre) au fil des enquêtes de leur personnage Ellery Queen, un clone de son prédécesseur Philo Vance. Selon Jorge Luis Borges, sa décadence date du roman Le 4 de coeur (1939). Surtout, ils créèrent en 1941 l’Ellery Queen Mystery Magazine, extraordinaire revue qui eut un rôle capital dans la littérature policière du XXème siècle.

·                    C'est aussi en 1929 que William Riley Burnett, qui vécut longtemps à New York, invente le roman de gangsters avec son Petit César et le sous-genre avec casse et organisation du forfait, le caper novel, avec Asphalt Jungle (Quand la ville dort édité chez Knopf en 1949  en traduction française) qui se passe dans une immense cité du middlewest.    

·                     En 1934 Rex Stout lance si l’on peut dire son énorme limier Nero Wolfe littéralement « loup noir », le fameux Homme aux orchidées. Sans bouger de son fauteuil, en armchair detective il résout les énigmes les plus coriaces dans Fer de lance, Ici, Radio New York (près de 40 romans, d’innombrables nouvelles et pièces radiophoniques). Rex Stout a créé l’un des plus célèbres duos de l’histoire du roman policier : Nero Wolfe, le gourmet casanier et polyglotte habitant dans la West 35th Street secondé d’ Archie Goodwin, le narrateur, celui à qui, forcément, sont dus les déplacements, efforts, coups de poing…   

·                     1934 c’est aussi l’année de parution de L’Introuvable le cinquième et dernier roman de Dashiell Hammett (de San Francisco !) dans lequel Clyde Wynant richissime inventeur a disparu depuis le meurtre de sa secrétaire très particulière. Nick Charles le détective et Nora son épouse éclairciront cette disparition. Hammett vivait à l’époque à New York avec Lillian Hellman qui s’écrirait plus tard : “J’étais Nora”... Ceci signifiant à la lecture du texte que l’alcool était pour eux dans la vie et à toutes les pages... À mon avis, c'est le roman mineur et très dialogué de ce si grand auteur. Le titre n’apparaît même pas -et demeure donc introuvable- dans les six pages de l’intéressant entretien J.P. Deloux / N. Beunat (in la Revue 813 de mars 1999).

·                     Pour William Irish (pseudonyme de Cornell Woolrich), New York est la ville où il retourna vivre en reclus, avec sa mère. Une ville “...noire, comme frottée au fusain” qui est “comme une énorme gueule dont les silhouettes stylisées des gratte-ciels formaient les crocs acérés” !!! (in J’ai vu rouge, Carré noir, traduction française de 1952). Il écrit entre autres  love song (1932, publié en France chez Rivages/Noir) où l’amour passion entre Wade et Bernice les mènera au meurtre et à la désolation, et La Mariée était en noir (1940),  début de la fameuse suite en noir (5 romans).  Excellent nouvelliste (voir New York Blues, Club des Masques n° 430), Irish fut merveilleusement adapté au cinéma par Alfred Hitchcock : Fenêtre sur cour, et deux fois par François Truffaut : La mariée était en noir et La sirène du Mississippi.

[ Pour lire la suite, cliquer sur Plus d'infos, ci-dessous ]

samedi 12 juillet 2014

TOUJOURS CES VIEILLES FAIMS






Don Hong-Oai





   Dans le même temps qu'il convoite la lumière des forêts, le feu se gorge de fruits, de sauterelles et de fougères - jusqu'à boire du vin mauvais.

   Éclatante ou sourde, la douleur est brûlure, comme si son origine avait pris corps dans de la foudre dégradée...

   La patience aime la main et la main possède le pouvoir d'apaiser la patience.
   Alors de vieilles faims accourent aux fenêtres pour contester l'éternité...

   Le clair, le sombre, le dedans, le dehors :
   est-ce bien là ce contre-ciel, flanqué de mille portes,
   au bout de quoi celui qui peut dire se tait ?

   Par quelles dispositions on ne sait, mais quelques fois un mot devient adulte sans avoir connu de jeunesse et se veut mercenaire ou vampire d'un autre mot, celui plus fort d'arôme et de célérité.

                                                                   


                                         ***                                     



Que veulent nos mensonges ?
Et que pouvons-nous empêcher...

Au plus loin dans la plaine,
on aperçoit des fiancés qui vont,
salive au vent, oreilles nues,
dans la franchise du soleil.

Être prêt, être loin, si peu qu'il vaille...
Sait-on bien qui l'on rencontre,
et qui se trouve bientôt à l'écart des chemins ?

Le mal d'enfance :
un mélange de sucre et de sel.
Les seins navrés de la mauvaise mère.

L'eau et la mort sont choses anciennes.
Quel que soit l'ordre du passage :
elles nous disent où il convient d'aller.

Des souvenirs inguéris frappent aux portes des songes.
L'amour que l'on donne peut-il être compris ?

Des triangles d'argile.
Des mots vêtus de bure.
L'offrande du fleuve à l'égard des vivants.

Le jour monte. La nuit tombe.
Lui est lisard. Elle, plutôt diseuse.

Quelque chose se souvient de ce qui à jamais nous échappe.
Toute mémoire tient de l'étreinte d'un cercle et d'une pesanteur.





Roch-Gérard Salager

Extrait de Peut-on vivre si loin...aux éditions La Dragonne.

     

jeudi 10 juillet 2014

LE SEUL CHEMIN POSSIBLE





Richard Thorn - A walk in the june sun





ce vent frais
au cœur de l’été
un chemin de montagne


*

la pluie, le tonnerre
et soudain…
l’été qui s’ombre


 *


ravi
sous l'arbre
qui dégoutte


 *


quelques pas
à la frontière de l’orage
un matin d’été


*

soir d'orage
l’effet papillon
de ta robe légère


*

encore un morceau
de nuit entre les dents
le soupirail


*


juste avant midi
un mikado
de spaghetti


 *


la mer au bout du chemin
mon regard
déjà au milieu des vagues

 *


au petit matin
toute une fortune scintille
sur la mer étale


*


d’elle
je n’ai gardé
qu’un baiser volé


 *


il y a des jours comme ça
où la lumière
est le seul chemin possible







Christian Cosberg


mercredi 9 juillet 2014

MARCHE D'APPROCHE








He Yifu




point du jour ~
à chacun de ses pas
une étoile s'endort





la mousse à raser ---
son baiser imprégné
de confiture de fraise



***



mariage campagnard ~
le GPS nous conduit
près d'un cimetière
*
*
*
coup de vent ~
les pétales d'un pommier
scellent leur union
*
*
*
avec les enfants ~
un puis deux papillons blancs
sur la balancelle
*
*
*
la première valse ~
au loin l'écho des grenouilles
plongeant dans l'étang


***



une tache violette
sur le cumulonimbus ---
le lilas du jardin



*


retour des nuages ---
la boite aux lettres s'abandonne
aux herbes folles



*

 

cerises au soleil ---
ainsi je suis sur un arbre
presque centenaire



*
 
 


désherbage ---
un queue rouge allume
le brouillard



*



les boutons d'or envahissent
la prairie --- demain
Méline a dix mois



*

 


chemin de traverse ---
j'abandonne ma fatigue
dans un champ de blé




*


saisonnier du temps ---
la baisse du baromètre
ruine la journée



***


marche d'approche
la coccinelle un instant
posée sur l'épaule
*
*
*
le silence des pierres
au coin des lèvres l'amertume
d'un petit brin d'herbe
*
*
*
le bruit du torrent
l'odeur du thym serpolet
après chaque pas
*
*
*
---et puis le lac blanc
pas de truite des têtards
en récréation

 
***
cinq heures quarante cinq ---
déjà les abeilles
sur les fleurs des framboisiers





Gérard Maréchal