vendredi 22 janvier 2016

JOURNAL D'UN ANARCHISTE DÉSABUSÉ





jaquette






"Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse." disait Albert Camus.
   Dans « 
Le journal d’un anarchiste désabusé » François Millet nous parle de ce monde qui se défait et de l’impuissance, depuis quarante ans, de nos gouvernants à résoudre quelque problème que ce soit. Mais quitte à contredire un peu Albert Camus, pour que le monde ne se défasse définitivement, il faut un tant soi peu s’attaquer aux racines du mal et que les citoyens, enfin, s’emparent de la démocratie et la revivifient. Les initiatives ne manquent pas, les solutions à nos problèmes s’esquissent ça et là, a travers le monde, et une de ces solutions, pilier central de l’exposé de ce « Journal… » est le revenu universel inconditionnel. A l’heure où 62 milliardaires sont aussi riches que la moitié de la population mondiale (3 milliards et cinq cents millions d’individus…) il est peut-être temps de se poser résolument certaines questions et de chercher ensemble les réponses ! C’est ce que fait, non sans humour, ce Journal d’un anarchiste pas si désabusé que ça…


Journal d'un anarchiste désabusé, de François Milhiet, aux éditions tapuscrits.

http://tapuscrits.net/

jeudi 26 novembre 2015

JUSTE LA DOUCEUR DU VENT - CHRISTIAN COSBERG





Cathy Scotto





brumes d'octobre
la vallée toujours
en pyjama
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il pleut
depuis des mois et des mois
aidez-moi, aidez-moi...
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bois de pins ~
ensemble quelques pas
vers la mer
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11 degrés
vent et soleil
le temps sur ses deux jambes
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premiers froids
consolé par une part
de tarte tatin
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premiers froids
la soupe de potiron trouve
les mots justes
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Water Music
de Haendel
envie de bisser...
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nuit d'octobre
un reste de chaleur triangule
ma joie
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maison hantée
y a-t-il un impôt
sur les revenants ?
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quelques pas ensemble
à se sourire sans rien attendre
puisque tout est là
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petite pluie
plus matinale
que moi
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au coucher
surtout ne pas lire des histoires
à dormir debout
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toutes lumières éteintes
mon ombre  enfin
retourne dans sa famille
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petite colline
adossé à
une chapelle d'herbes
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juste ça
le velours de sa bouche
dans mon cou
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remboursez
elle a pris un coup de vieux
mon heure de printemps
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bassin aux colverts
la toute petite halte
d’un col blanc
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nuit sans étoiles
le vieux jardinier pioche
dans ses souvenirs
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vieille grange
je me rappelle de son grand
soleil de paille
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Toussaint 
que des revenants
sur la tombe des morts
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le spectacle ne vaut pas un clou
je me retire
sur la pointe des pieds
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rosée de novembre
je surprends le champ
en pleine toilette
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strip-tease
bientôt la forêt s'offrira nue
aux bras de l'hiver
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ciel gris
la pluie chemine
jusque dans les têtes
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2000 euros
le sac à main
mais dans quel monde Vuitton ?
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c'est la nuit
que je cherche au fond du jardin
soir d'automne
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cachés dans le silence
les rires
d'un vieux soir de fête
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ce matin
la douceur du vent
ne dit rien du sang versé
rien de la neige
rien d'hier et de demain

ce matin
juste la douceur
du vent




Christian Cosberg



vendredi 13 novembre 2015

LA MESSE DES OISEAUX



Itsuko Suzuki






Le coq sacrifié
son cou tranché
treize veuves



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Il m'aborde au café:
encore cette peur
de plaire !



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Vase bleu profond
morceau de nuit
dans la maison éblouie



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Apéro
Je suis à deux pâtés
de canard de chez toi



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Même les pivoines
finissent
par baisser la tête



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Câlin de mes chats
Autour de mon cou
leur collier de pattes.



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Quelques gouttes
d'été
sous les aisselles



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Carnet rose
ce matin j'ai accouché
d'un hortensia



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Mes fleurs
courtisées par les insectes
se réveillent avec le bourdon



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Journée rando:
Envoyer balader
tout le monde



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Des pansements
et des poèmes
dans ma boite à pharmacie



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Courant d'air
juste pour appeler
la poule sur ma chair



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Ni maquillage
ni coiffure
laisser affleurer son âme.



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Canicule
le linge étendu
fume comme un encensoir



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La mante religieuse
a pris mon chemisier
pour une chapelle



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Rangés sagement
au pied de mon lit:
mes chats et mes pantoufles



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Orage diluvien
le cactus transformé
en vieil oursin



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Fessée
Le fouet de la pluie claque
le cul fumant du bitume



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Attendre dix personnes
et être encore seule
quelques instants



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Ciel laiteux
Ne pas sortir
avec mon café noir



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Il conduit d'une main
et de l'autre
il ne conduit pas...



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Dans son lit d'enfant
un bébé
d'un mètre quatre vingt dix



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Petit matin sourire
Mon bébé de vingt trois ans
à bien dormi



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Dans l'âme liquide
d'une flaque
se regarder



*



La nuit me démaquille
Je vais rouler ma lune
dans des draps de soir



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Centenaire
les bougies
dévorent le gâteau



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Je ne parlerai
qu'en présence d'un avocat
mayonnaise.



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Dans ce ciel
tout bleu
rien.



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Saint Rémy
Le chaudron des ruelles
cuit ses premiers touristes



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Ballade à vélo
la libellule me dépasse
dans un bruit de moteur



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Déjà couché avec lui
alors au resto
je dois payer ma part.



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Sous la paille
de son chapeau
la lande de ses pensées



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Dans ma tête
ou entre mes cuisses
un vélo.



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Soirée d'août
une petite fraîcheur
marche sur mes épaules



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Réveil tendre
Après une chaude nuit
le thé à l'amante



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Aurore végétale ~
Dans le jardin fleuri
les loups ouvrent leur gueule



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Dimanche ~
La messe des oiseaux
dans la nef du platane



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Vieux platane ~
Une classe d'oisillons
redouble de piaillements



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Vingt trois heures ~
Dans la nuit on entend
plusieurs silences



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Ciel bas ~
L'escargot se sent
pousser des ailes



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Idée de cadeau ~
Offrir à des bijoux 
un visage de femme




Pascale Dehoux 



NEW YORK POLARS, une chronologie






      Villes et auteurs de romans policiers se retrouvent parfois associés comme des couples d’amants maudits . Barcelone/Manuel Vazquez Montalban, Amsterdam/Janwillem Van de Wetering ou Los Angeles/James Ellroy pour ne citer que trois exemples évidents. Mais que dire de New York ? Qui associer à la ville quand tant de noms nous viennent à l’esprit ?


Et puisqu’il s’agit de the Big Apple, la Grosse Pomme, cette citation de Mirabeau nous emmènera droit vers Chester Himes et préfigurera Lawrence Block : “L’entassement des hommes comme l’entassement des pommes produit la pourriture”.
“Figurez-vous qu’elle était debout, leur ville, absolument droite. New York c’est une ville debout. Chez nous, elles sont couchées, les villes” (L.F. Céline)… avant qu’elle ne bascule dans l’horreur de ce 11 septembre 2001 et ne plonge avec L’Homme qui tombe de Don DeLillo (2007, Actes Sud, 2008) au-delà de la catastrophe.



·                    À tout seigneur tout honneur et en rapport aux origines du genre, Edgar Allan Poe inaugure la longue liste, s’intéressant en chroniqueur à un fait-divers advenu à New York : le corps d’une jeune femme découvert dans l’Hudson qui nous vaudra Le Mystère de Marie Roget (1842) premier conte des Histoires grotesques et sérieuses.

·                     D’autres datent l’apparition du roman policier aux USA à la publication de The leavenworth case (Le crime de la cinquième avenue, 1878 republié au Masque en 1999), vendu à 1 million d'exemplaires. Ouvrage de la fille d'un avocat new-yorkais spécialisé dans les affaires criminelles : Anna Katharine Green, dans lequel un policier nommé Ebenezer Gryce, que l'on retrouvera dans une dizaine de romans, mène l'enquête dans  la haute bourgeoisie. C'est à partir de 1886 que dans le New York Weekly, John Russell Coryell crée le personnage de Nick Carter l’as du déguisement, le détective new-yorkais qui sera le premier grand héros de la littérature policière américaine (700 novelettes, feuilletons)... juste avant qu’Herman Melville ne travaille pour les Douanes de la ville de New York en vieillard taciturne, oublié de ses lecteurs.

·                     Dans la veine des romanciers naturalistes et de l’École de Chicago, Stephen Crane publie Maggie fille des rues (1893) qui décrit les bas-fonds de New York City, 70 ans avant les portraits de freaks et de new-yorkais de Diane Arbus.

·                     Dans les années 20, à l’heure où Weegee commence à photographier en noir et blanc la vie nocturne de notre Big Apple, deux figures légendaires vont dominer la scène US : Charlie Chan le flic de Honolulu, créé par Earl Derr Biggers et Philo Vance, un détective amateur de salon de la très bonne société new-yorkaise, aristocrate cultivé, raffiné, gourmet, esthète amateur d’art, expert en égyptologie aussi intelligent que snobinard, créé par un critique d’art sous le pseudonyme de S.S. Van Dine. Van Dine  concevait le roman policier comme une partie d’échecs et se fit le théoricien de cette conception ludique en édictant dans un article célèbre ses fameuses 20 règles pour le roman policier in The American Magazine (1928). Après trois ans de convalescence durant laquelle il lut jusqu’à plus de 2000 romans du genre, il débute la série des Philo Vance avec La Mystérieuse affaire Benson (1926), puis publie L’Assassinat du canari (1927) qui devint même le nom d’un sorbet à la mode !

·                    Le tandem de cousins publicistes nés à Brooklyn en 1905, Ellery Queen (Frederic Dannay et Manfred B. Lee) entame avec Le Mystère du chapeau de soie (1929) leur longue et prolifique collaboration qui perdurera jusqu’en 1964, et même 1971 pour l’un des deux. Ainsi paraîtront plus de 33 romans, d’innombrables nouvelles (comme Village de verre) au fil des enquêtes de leur personnage Ellery Queen, un clone de son prédécesseur Philo Vance. Selon Jorge Luis Borges, sa décadence date du roman Le 4 de coeur (1939). Surtout, ils créèrent en 1941 l’Ellery Queen Mystery Magazine, extraordinaire revue qui eut un rôle capital dans la littérature policière du XXème siècle.

·                    C'est aussi en 1929 que William Riley Burnett, qui vécut longtemps à New York, invente le roman de gangsters avec son Petit César et le sous-genre avec casse et organisation du forfait, le caper novel, avec Asphalt Jungle (Quand la ville dort édité chez Knopf en 1949  en traduction française) qui se passe dans une immense cité du middlewest.    

·                     En 1934 Rex Stout lance si l’on peut dire son énorme limier Nero Wolfe littéralement « loup noir », le fameux Homme aux orchidées. Sans bouger de son fauteuil, en armchair detective il résout les énigmes les plus coriaces dans Fer de lance, Ici, Radio New York (près de 40 romans, d’innombrables nouvelles et pièces radiophoniques). Rex Stout a créé l’un des plus célèbres duos de l’histoire du roman policier : Nero Wolfe, le gourmet casanier et polyglotte habitant dans la West 35th Street secondé d’ Archie Goodwin, le narrateur, celui à qui, forcément, sont dus les déplacements, efforts, coups de poing…   

·                     1934 c’est aussi l’année de parution de L’Introuvable le cinquième et dernier roman de Dashiell Hammett (de San Francisco !) dans lequel Clyde Wynant richissime inventeur a disparu depuis le meurtre de sa secrétaire très particulière. Nick Charles le détective et Nora son épouse éclairciront cette disparition. Hammett vivait à l’époque à New York avec Lillian Hellman qui s’écrirait plus tard : “J’étais Nora”... Ceci signifiant à la lecture du texte que l’alcool était pour eux dans la vie et à toutes les pages... À mon avis, c'est le roman mineur et très dialogué de ce si grand auteur. Le titre n’apparaît même pas -et demeure donc introuvable- dans les six pages de l’intéressant entretien J.P. Deloux / N. Beunat (in la Revue 813 de mars 1999).

·                     Pour William Irish (pseudonyme de Cornell Woolrich), New York est la ville où il retourna vivre en reclus, avec sa mère. Une ville “...noire, comme frottée au fusain” qui est “comme une énorme gueule dont les silhouettes stylisées des gratte-ciels formaient les crocs acérés” !!! (in J’ai vu rouge, Carré noir, traduction française de 1952). Il écrit entre autres  love song (1932, publié en France chez Rivages/Noir) où l’amour passion entre Wade et Bernice les mènera au meurtre et à la désolation, et La Mariée était en noir (1940),  début de la fameuse suite en noir (5 romans).  Excellent nouvelliste (voir New York Blues, Club des Masques n° 430), Irish fut merveilleusement adapté au cinéma par Alfred Hitchcock : Fenêtre sur cour, et deux fois par François Truffaut : La mariée était en noir et La sirène du Mississippi.

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