mercredi 7 décembre 2016

UN CIEL DE CHARDON BLEU - CHRISTIAN COSBERG




Van Gogh - La nuit étoilée








nuit d’octobre
se battre avec la douceur
des souvenirs


*

j'ai d'elle
toute une collection
de rires


*

retour du soleil
le mur d'en face me sourit
à nouveau


*

soleil levant
les pierres du chemin
caressées elles aussi


*

Bruxelles-Montréal
j'ai dû pisser au dessus
de l'Islande


*

pour tout dire
ce matin ne dit rien
que le silence


*

scène de ménage
j’engueule les moutons
cachés derrière les meubles


*


tarte aux pommes
je me repasse la cinquième
de Beethoven


*

novembre
caresser les heures
dans le sens du poêle


*

seulement la joie
ce chemin qui monte
dans le matin calme


*

entre chien et loup
parfois la forêt accouche
d’une biche…


*

temps gris
je me ravitaille en rouge
et en blanc


 *

j’attends un matin
où le soleil piaffe
derrière les volets


*

le gris
enfin gommé
par la nuit


*

 
si loin l’été
le temps remet
sa couronne d’épines


*
 

du vent dans les voiles
mes rideaux me mènent
en bateau…


*
 

café des sports
la journée commence
par un ballon d’essai


*
 

plein ciel
le vent
en affineur de bleu


*
 

au milieu des ronces
cette fleur inaccessible
barbelée d’automne


*
 

à nouveau
sur ma chaise
ce manteau d’hiver


*
 

mais où vont-elles donc ?
toutes ces heures
qui passent…


*

 
fin de nuit
toute la tendresse
d’une porte qui couine


*
 

ronds-points
la France, un pays qui n’arrête pas
de tourner en rond


*
 

yours eyes
a quiet inlet to forget
every winter


*


au bout de ma route
vibrant au froid de novembre
un petit nid d'étoiles


*
 

novembre
et son vieux stock
de journées grises…


*
 

maison abandonnée~
le vent seul
ramasse les feuilles


*

filature
parfois je ne suis pas
celui que je suis…


*

 
haïku-Cocaïne
l’addiction
en trois lignes


*
 

petit matin
un gamin réveille
la balançoire


*
 

maison endormie
la nuit imprime son silence
sans rotative


*
 

ciel gris
je mettrais bien
du bleu dans mon café


*
 

remontant l’avenue
comme on remonte le temps
je revois ton visage


*
 

maison abandonnée
comme la nuit doit y être
profonde…


*
 

la voilà
l’aube grise
de la pluie


*

 
novembre
fournisseur officiel
de ciels prêts à pleurer


*
 

après la pluie
toute une journée
noyée de vent


*
 

ensemble
au delà de minuit
tes mots dans ma bouche


*
 

calme blanc
ce lait
entre deux pluies


*
 

avec la nuit
la ville redevient
une pouponnière d’étoiles


*
 

matin blanc
je fouille dans mon vieux stock
d’encre bleue


*
 

dernière grappe
de chasselas
matin de novembre


*

 
café italien
j’oublie un peu
le froid et la pluie


*
 

la nuit fait silence
la pluie continue
de bavarder


*
 

ma joie
voir dans ses yeux
prendre ce feu
que j'allume


*
 

deux heures du matin
l’orchidée dort
les yeux grands ouverts


*
 

interrupteur
je fiche la nuit
à la porte



*

 

petit matin de décembre
sous un ciel
de chardon bleu





 Christian Cosberg




jeudi 20 octobre 2016

NUIT D'ENCRE - CHRISTIAN COSBERG





Hugo Pratt





nuit d'encre
tous les mots
se confondent


*


entre deux précipices
l’étroit chemin
qu’il nous reste



*


nuit d’été
pas de plus doux alcool
que le vent



*


l'homme
encore vivant
dans l'oeil
de la meurtrière



*


sa main sur ma peau
je suis un grand arbre
qui bruisse dans le vent



*


le blues du boucher
ses nuits
hachées menues



*


matin d'août
derrière la vitre
une toile de Hopper
quelques pas
dans le jardin vide



*


lune d'août
toute entière dans ma nuit
en morceaux



*


après la pluie
une odeur d'escargots
et de bottes de sept lieues



*


un baiser
voilà à quoi rêvent les crapauds
sous la lune


*


vent doux
du soleil sur les épaules
et ta voix dans ma tête



*


remise en forme
ah, la regarder bouger
me remue



*


jaloux du vent
qui n'arrête pas
de l'embrasser



*


au réveil
je la cherche
dans le silence
c'est elle l'odeur du café
dans la maison
c'est elle ces petits bruits
qui dansent



*


d'abord ton baiser
puis ceux de trois mirabelles
septembre septembre



*

droguerie
une fille repart
avec mon cœur



*


dans les vignes
quatre mûres mangées
au bord de la nuit



*


depuis qu’elle
m’a réveillé
je rêve



*


nuit chaude
je m'achète un peu
de vent



*


septembre
deux fenêtres qui battent
dans le vent



*


septembre
un vent chaud fourrage
les herbes folles



*


nuit courte
debout
seulement revêtu
de matin frais



*


septembre
la Grande Bleue
pour salle de bain



*


au dessus de trente degrés
un carré de chocolat
ne sait plus se tenir



*


bottes de foin
toutes folles
à lier



*


jogging
une fille trotte
dans ma tête



*


septembre
je suis un ogre
pour les figues


*


la nuit
toute dépiautée
par des chants d'oiseaux


*


le grida di un bimbo
nella luce che cresce
mattino di settembre*
.
.
les cris d'un enfant
dans la lumière qui croît
matin de septembre


*


ce tremblement
au dessus de l’asphalte
rien d’autre


*


chacun à sa fenêtre
nos sourires
longue distance


*


orage de septembre
je suis toujours ce gamin
derrière la vitre


*


magasin bio
la jolie nature des seins
de la caissière


*


volet roulant
tout devrait se régler
à coup de manivelle


*


loin, loin l'été
dans les nuages et dans le vent
l'automne est un voleur


*


au fond
je n'existe
que dans le bruit
moi, vous ne me rencontrerez
que dans le silence


*


tels des étoiles
aussi bien
nous sommes déjà morts
et notre vie ne tient
que dans un lointain et seul regard

*

voix du nord
braise moi braise moi
supplie la petite endive

*

fatigue
sieste obligatoire
pour « l’Homo çapionce »


*


derniers rayons
toute la plaine noyée
de miel

*

ses mains sur ma peau
et soudain
tout va de soie…

*

plage abandonnée
quelques jours d'été
montés en graine


*

une nuit d’été
pendue au cou
de l’automne

*

au sortir de la nuit
le déshabillé blanc
des premières heures

*

bicéphale
sa femme a une tête
de plus que lui

*

signe de croix
avant de monter sur le ring
puis multiplication des pains

*

le blues du jardinier
avec les filles
que des râteaux

*

se tromper
avec constance
c’est une forme de fidélité

*

l’automne
ce printemps qui nous met
la tête à l’envers

*

champignons
je reviens le panier vide
plein de l'odeur des bois


*

même la pluie
ne peut éteindre les feux
que la nuit allume


*

mendiant
je donne à celui
que nous sommes tous


*

premiers froids
du jazz en guise
de feu de bois




Christian Cosberg


*Traduction de Giordano Genghini



mardi 4 octobre 2016

QUATRE CONTES DE LAUNAY - SOPHIE DCHD




Toni Demuro - La beauté du monde









Quatre contes de Launay 

1

Dans le hamac 
avec la poule Milady  
- ça tangue un peu

Je lui raconte des histoires 
de scorbut et de mal de mer 
de marins affamés 
de biscuits si secs qu'il fallait boire dix boujarons
pour les avaler 
des histoires de tempêtes 
et de vagues qui font boire la tasse 
comme dix milles boujarons
- d'une traite ... 
de cochons de chèvres et de volailles 
bringuebalés dans la houle 
avant de finir dans une soupe 
si la vague avait été clémente 
- sinon la grande soupe 
avec le mousse, le bateau tout entier, capitaine et grand mât y compris...
et les rêves de tout l'équipage 
  
Dans le hamac 
elle ferme ses paupières la poule Milady 
son bec contre ma joue 
je ne lui raconterai pas 
la vie d'Henri IV 



Toni Demuro



2

Ses côtes dessinent 
sous mes doigts la mer à marée basse 
ma vieille jument grise 

Te rappelles-tu de ce temps 
où nos yeux pleuraient fouettés par le vent 
je te retenais au petit galop assise en arrière dans la selle 
puis  je lâchais tout, étriers, bride,
mes mollets serrés contre tes flans 
penchée sur ton encolure  je te disais :
" Vole Firzaan vole "
et tu volais au-dessus du sable mouillé 
plus vite que les oiseaux 
ce temps où tu piaffais dans les vagues 
levant bien haut tes jambes 
tu m'éclaboussais de bonheur 
l'écume de ton poitrail l'écume des vagues 
ton souffle court mon pantalon trempé 
tes crins mes cheveux 
nous ne faisions plus qu'une 
ha, ces petits matins d'été  seules 
sur la lande à regarder poindre le soleil 
les chansons que je te chantais 
heureux qui comme Ulysse ...
ton petit trot qui emplissait de musique joyeuse 
les chemins creux de la vallée 
ces bains que nous prenions à marée haute 
le moment précis où tu ondulais comme un dauphin 
juste avant de perdre pied 
puis allongée sur ton dos nous nagions 
ma grosse grenouille blanche 

Jument aux sabots de plomb
tu ne marches guère plus dans l'eau 
heureuse qui comme Firzaan 
quand j'oublie de fermer le robinet 
une marre à tes pieds 


Elle martèle mon cœur 
de ses pas saccadés
la jument grise 








3

Nuit d'été 
je m'endors sous une myriade
d'insectes affamés 


Que je vous raconte, 
les traversées de la nuit sur notre frêle embarcation :
trois ou quatre à bord 
de gros, de moins gros, de petits.... de tous poils quoi ! 
Pas toujours les mêmes à chaque voyage , parfois même pendant le trajet, des matelots changent de pont. 
Moi, je suis le timonier, je veille, le bras droit, celui qui règle
les conflits entre les mousses ! 
La dernière recrue est un dur à cuire, il rêve d'en découdre pour monter en grade! 
Je vois bien son petit jeu ... se rapprocher du capitaine et de sa cabine ! 
Ha, la cambuse du capitaine, toute en bois exotique: des persiennes ouvertes sur l'océan de la nuit . Ça respire à plein poumons ! 
Nous l'équipage, entassé à fond de cale derrière de la simple paille sans vraiment d'ouverture .
Faut le voir notre capitaine avant de quitter le port , son regard se pose 
sur tous les phares du large ... Il a du en faire de belles traversées !  
Nous naviguons tous feux éteints ... pour éviter les attaques de pirates ! 
Ils sont légions en cette saison, et certaines confréries sont plus redoutables que d'autres ; la pire celle des tigres .... ils viennent de la lointaine mer de Chine ... de vrais assoiffés de sang !
Quand d'aventure, nous sommes pris à l'abordage, nous combattons ;
tous crocs, toutes griffes dehors nous prêtons patte forte au capitaine , 
le p'tit mousse dans les haubans; feux de Bengale, tapettes ...
il faut le voir s'agiter le Pacha ... les bras comme des sémaphores , et paf et pif ... 
Ha ha , les bzzz bzzzz ne rigolent pas....  ça non ! 
A la fin de la bataille,  chacun reprend son poste .
Ma tête contre sa jambe, je m'étire un peu, repousser les chats, mine de rien ...
après tout, c'est moi Inu, le Timonier ! 
Elle peut s'endormir ma maîtresse, je veille sur elle d'un oeil 
(toujours le bon comme les pirates ! ) 


Ce matin 
un baiser pour me réveiller  
quelle mouche m'a piquée ? 



Toni Demuro



4


Qu'a-t-il le chaton 
à gratter ce caillou ? 
- pauvre tortue ! 


Couché à plat ventre sur le caillou qui bouge , 
le chaton me renvoie mon regard de travers ...
se redresse, patte avant posée fortement, négligemment 
sur la " pierre " .....
- Dis donc Milò, va-tu laisser la tortue tranquille ! 
Roulé-boulé sur son nouveau jouet ...
Pauvre tortue , interdite de jardin pour cause de tondeuse , interdite de potager par crainte de perte , interdite de poulailler par risque d'attaques de becs .... coincée comme une vieille douairière chinoise dans sa cité de l'interdit , 
qui plus est entre les pattes du perfide chaton ! 
Tu sais Milò,  les Chinois ont plusieurs choses en commun avec toi :
de grandes moustaches, plus grandes que les tiennes, plus du genre stalactites ;
une délectation pour les nids d'hirondelle, (si si ! ) et un certain art dans la torture de leurs prisonniers ...
Mais vois-tu cher Milò , ils vénèrent les tortues,  "cailloux qui bougent " , si tu veux ! 
Pour eux, la tortue détient les secrets du ciel et de la terre , alors quand tu te vautres sur sa carapace, tu écrases la voûte céleste ....! 
Bing bang assuré !  Risque de représailles....! 
Ha, tu te moques encore du "caillou qui bouge si lentement " dans son enclos ! 
Alors , je vais te raconter autre chose sur les chinois : les seuls qui avaient le droit d'entrer dans la cité interdite , c'étaient les eunuques ! 
- Rappelle-moi Siri : " rendez-vous chez le véto dans 3 mois ! " 
Milò, j'oubliais le chat, en Chine, c'est de la viande, pas un animal de compagnie ! 
Va jouer avec tes souris petit chat, je ne connais pas de culture où elles soient vénérées, à part chez Mickey !  

Première tomate 
en offrande à la tortue 
sauver les étoiles 







Toni Demuro -




SOPHIE DCHD