mardi 10 janvier 2017

AU BORD DU SOIR








cerner un monde
plein d'écailles
le baiser doux d'une mère




*




rose tyrien
ma robe s'approche
au bord du soir




*




fleurs mortes
le matin s'occupe
de lui-même




*




dans le grand parc
parler à chaque arbre
sans le nommer




*




chant des oiseaux
mes idées se dispersent
sous le feuillage




*




plongeon dans l'eau
mon fils en trois brasses
traverse la piscine




*




heure du loup
une partie de pétanque
sous le saule pleureur




*




quatre heures du mat
tout est en vacances
hormis mon sommeil




*




deux merles
volent au matin
un lent bâillement




*




devant une confiture
de prunes et de cerises
ma main hésite




*




sur un transat vert
je cherche les mots
qui me manquent




*




est-il temps
de partir ou de rester
le sait on jamais




*




sur ma robe
j'efface la tâche
de son plaisir




*




l'arbre du jardin
ne fait de l'ombre
à personne




*




fin août
il s'en va avec mon rouge
sur ses lèvres




*




entre moi et le monde
le silence
des coquelicots




*




au fond de mon nid
il cherche le printemps
les cigales chantent




*




sa langue vagabonde
sur les champs de ma peau
comme si...




*




quand il m'aime
je m'aime
réflexion d'un soir




*




son regard
dans l'épaisseur du silence
je me donne




*




pour me coucher
ma mère me berçait
le long de ses jambes




*




sortie de mon rêve
le goût salé de ses larmes
encore présent




*




entre nuisettes
et talons aiguilles
un espace se crée









ma robe ôtée
ses mains poursuivent la courbe
de mes années




*




corps emmêlés
l'odeur fauve de l'amour
lentement s'évapore




*




table de bistrot
nos jambes cherchent un coin
d'intimité




*




je m'assois
au bord d'un souvenir
intrépide et volage




*




l'heure bleue
devant nos assiettes gourmandes
il me tient la main




*




parmi les brocantes
notre repas complice
nos propos indécents




*




un peu jalouse
une odeur de rose
occupe la place




*




un petit carnet
dans un papier de soie
déjà un haïku




*




heure des adieux
tout contre lui le monde
à deux places




*




pluie sur la verrière
au bout de l'arc-en-ciel
mon tendre lit







Maya Yammine


mercredi 7 décembre 2016

UN CIEL DE CHARDON BLEU - CHRISTIAN COSBERG




Van Gogh - La nuit étoilée








nuit d’octobre
se battre avec la douceur
des souvenirs


*

j'ai d'elle
toute une collection
de rires


*

retour du soleil
le mur d'en face me sourit
à nouveau


*

soleil levant
les pierres du chemin
caressées elles aussi


*

Bruxelles-Montréal
j'ai dû pisser au dessus
de l'Islande


*

pour tout dire
ce matin ne dit rien
que le silence


*

scène de ménage
j’engueule les moutons
cachés derrière les meubles


*


tarte aux pommes
je me repasse la cinquième
de Beethoven


*

novembre
caresser les heures
dans le sens du poêle


*

seulement la joie
ce chemin qui monte
dans le matin calme


*

entre chien et loup
parfois la forêt accouche
d’une biche…


*

temps gris
je me ravitaille en rouge
et en blanc


 *

j’attends un matin
où le soleil piaffe
derrière les volets


*

le gris
enfin gommé
par la nuit


*

 
si loin l’été
le temps remet
sa couronne d’épines


*
 

du vent dans les voiles
mes rideaux me mènent
en bateau…


*
 

café des sports
la journée commence
par un ballon d’essai


*
 

plein ciel
le vent
en affineur de bleu


*
 

au milieu des ronces
cette fleur inaccessible
barbelée d’automne


*
 

à nouveau
sur ma chaise
ce manteau d’hiver


*
 

mais où vont-elles donc ?
toutes ces heures
qui passent…


*

 
fin de nuit
toute la tendresse
d’une porte qui couine


*
 

ronds-points
la France, un pays qui n’arrête pas
de tourner en rond


*
 

yours eyes
a quiet inlet to forget
every winter


*


au bout de ma route
vibrant au froid de novembre
un petit nid d'étoiles


*
 

novembre
et son vieux stock
de journées grises…


*
 

maison abandonnée~
le vent seul
ramasse les feuilles


*

filature
parfois je ne suis pas
celui que je suis…


*

 
haïku-Cocaïne
l’addiction
en trois lignes


*
 

petit matin
un gamin réveille
la balançoire


*
 

maison endormie
la nuit imprime son silence
sans rotative


*
 

ciel gris
je mettrais bien
du bleu dans mon café


*
 

remontant l’avenue
comme on remonte le temps
je revois ton visage


*
 

maison abandonnée
comme la nuit doit y être
profonde…


*
 

la voilà
l’aube grise
de la pluie


*

 
novembre
fournisseur officiel
de ciels prêts à pleurer


*
 

après la pluie
toute une journée
noyée de vent


*
 

ensemble
au delà de minuit
tes mots dans ma bouche


*
 

calme blanc
ce lait
entre deux pluies


*
 

avec la nuit
la ville redevient
une pouponnière d’étoiles


*
 

matin blanc
je fouille dans mon vieux stock
d’encre bleue


*
 

dernière grappe
de chasselas
matin de novembre


*

 
café italien
j’oublie un peu
le froid et la pluie


*
 

la nuit fait silence
la pluie continue
de bavarder


*
 

ma joie
voir dans ses yeux
prendre ce feu
que j'allume


*
 

deux heures du matin
l’orchidée dort
les yeux grands ouverts


*
 

interrupteur
je fiche la nuit
à la porte



*

 

petit matin de décembre
sous un ciel
de chardon bleu





 Christian Cosberg




jeudi 20 octobre 2016

NUIT D'ENCRE - CHRISTIAN COSBERG





Hugo Pratt





nuit d'encre
tous les mots
se confondent


*


entre deux précipices
l’étroit chemin
qu’il nous reste



*


nuit d’été
pas de plus doux alcool
que le vent



*


l'homme
encore vivant
dans l'oeil
de la meurtrière



*


sa main sur ma peau
je suis un grand arbre
qui bruisse dans le vent



*


le blues du boucher
ses nuits
hachées menues



*


matin d'août
derrière la vitre
une toile de Hopper
quelques pas
dans le jardin vide



*


lune d'août
toute entière dans ma nuit
en morceaux



*


après la pluie
une odeur d'escargots
et de bottes de sept lieues



*


un baiser
voilà à quoi rêvent les crapauds
sous la lune


*


vent doux
du soleil sur les épaules
et ta voix dans ma tête



*


remise en forme
ah, la regarder bouger
me remue



*


jaloux du vent
qui n'arrête pas
de l'embrasser



*


au réveil
je la cherche
dans le silence
c'est elle l'odeur du café
dans la maison
c'est elle ces petits bruits
qui dansent



*


d'abord ton baiser
puis ceux de trois mirabelles
septembre septembre



*

droguerie
une fille repart
avec mon cœur



*


dans les vignes
quatre mûres mangées
au bord de la nuit



*


depuis qu’elle
m’a réveillé
je rêve



*


nuit chaude
je m'achète un peu
de vent



*


septembre
deux fenêtres qui battent
dans le vent



*


septembre
un vent chaud fourrage
les herbes folles



*


nuit courte
debout
seulement revêtu
de matin frais



*


septembre
la Grande Bleue
pour salle de bain



*


au dessus de trente degrés
un carré de chocolat
ne sait plus se tenir



*


bottes de foin
toutes folles
à lier



*


jogging
une fille trotte
dans ma tête



*


septembre
je suis un ogre
pour les figues


*


la nuit
toute dépiautée
par des chants d'oiseaux


*


le grida di un bimbo
nella luce che cresce
mattino di settembre*
.
.
les cris d'un enfant
dans la lumière qui croît
matin de septembre


*


ce tremblement
au dessus de l’asphalte
rien d’autre


*


chacun à sa fenêtre
nos sourires
longue distance


*


orage de septembre
je suis toujours ce gamin
derrière la vitre


*


magasin bio
la jolie nature des seins
de la caissière


*


volet roulant
tout devrait se régler
à coup de manivelle


*


loin, loin l'été
dans les nuages et dans le vent
l'automne est un voleur


*


au fond
je n'existe
que dans le bruit
moi, vous ne me rencontrerez
que dans le silence


*


tels des étoiles
aussi bien
nous sommes déjà morts
et notre vie ne tient
que dans un lointain et seul regard

*

voix du nord
braise moi braise moi
supplie la petite endive

*

fatigue
sieste obligatoire
pour « l’Homo çapionce »


*


derniers rayons
toute la plaine noyée
de miel

*

ses mains sur ma peau
et soudain
tout va de soie…

*

plage abandonnée
quelques jours d'été
montés en graine


*

une nuit d’été
pendue au cou
de l’automne

*

au sortir de la nuit
le déshabillé blanc
des premières heures

*

bicéphale
sa femme a une tête
de plus que lui

*

signe de croix
avant de monter sur le ring
puis multiplication des pains

*

le blues du jardinier
avec les filles
que des râteaux

*

se tromper
avec constance
c’est une forme de fidélité

*

l’automne
ce printemps qui nous met
la tête à l’envers

*

champignons
je reviens le panier vide
plein de l'odeur des bois


*

même la pluie
ne peut éteindre les feux
que la nuit allume


*

mendiant
je donne à celui
que nous sommes tous


*

premiers froids
du jazz en guise
de feu de bois




Christian Cosberg


*Traduction de Giordano Genghini