mercredi 29 juin 2016

VENTS CONTRAIRES - VALÉRIE RIVOALLON



Albert Dubout






Coupe du monde -
il s'entraîne avec les noyaux
de cerises

 
*
 

Plan de Paris -
deux pigeons tracent
de nouvelles rues



*



A peine
le temps de la voir -
la "sauterellette"



*




Mort
dans un bouquet de menthe -
l'escargot



*



Matin pluvieux -
lire des haïkus
et après ?



*



Monopoly -
une fortune éparpillée
sur l'herbe



*



Jeûne -
puisez dans la graisse
petites cellules !



*



Entre mes jambes
le va-et-vient
des poissons argentés



*



Pique-nique-
la fourmi emporte les restes
chez elle



*




Surréservation -
ma valise mieux loti
que moi



*



Gris -
elle n'est pas
dans les nuages



*



Nuages -
la guêpe s'entête à traverser
la vitre



*



Vents contraires -
les nuages s'embrassent



*



Nénuphar -
personne ne peut
te cueillir



*



Parc des impressionnistes -
une impression
d 'abandon



*



Soleil -
la lumière
du dentiste



*



Sagesse -
ma dent est
en toc...



*



Services sociaux -
un rendez-vous pour prendre
rendez-vous



*



Pingouin -
je n'en ai que
la peau



*



Idées noires -
les fusiller
du regard



*



En balade
sur mon caddie -
la petite araignée brune



*





RER -
le guidon de sa trottinette
dans ma hanche



*



Miettes -
le clochard crache
sur les pigeons



*



Photocopieuse -
la petite araignée cherche
à se reproduire



*



Travaux -
chaque jour les ouvriers
inventent des bruits



*



Pluie -
abritées sous le ventre
de la Tour Eiffel



*



Gardien du parc -
pour seule visite
mon sourire



*



Invasion -
sous les feuilles mortes
une pâquerette



*



Métro
un cœur
contre le mien



*



Hiver -
la crème anti-âge
périmée



*



Jumelles
adossées l'une à l'autre -
deux pâquerettes



*



Décrue -
elle chasse la mouche
avec son soutien-gorge



*



Arts de rue -
les géraniums dansent
sous l'orage



*



Assailli
par les pâquerettes -
le château-fort








Valérie Rivoallon




mardi 21 juin 2016

AU BOUT DE SEPTEMBRE - CATHY SCOTTO




Cathy Scotto







Au bout
du bout d’un grain de poussière
le ciel


*


Reliant
les poteaux électriques
des colliers d’oiseaux


*

Dix neuf heures
les derniers boulistes
vont pointer


*


Marché aux fleurs
pensées et soucis
sur le même étal


*


Lune montante
un ballet d’hirondelles
fascine les chats


*


Croix de Gardie
dans le pelage du chien
ma main disparaît


*


Courbaturée-
une nuit à déménager
les étoiles


*


Le printemps décoche
des flèches d’hirondelles
au ciel du soir


*


Foudre du ciel
je t’aime tellement
quand tu souris


*


Orange caramel
l'astre se fond
au sable d'Août


*


Le chat offre
son ventre au soleil
mi-Août


*


Vingt six Août
au bord de la nuit
un coq chante


*


Nouvelle lune
pour sortir elle met
sa robe noire


*


Sortie d'été
le vent fait traverser la route
aux feuilles mortes


*


Dans ma boîte aux lettres
des nouvelles fraîches 
du vent


*


Tombé
derrière les nuages
un cil de lune


*


Dernier jour d’Août
tel le lapin blanc
l’été défie le temps


*


Le cœur
au bord de la nuit
attend l'écho


*


Onze Septembre
le Monde est un cactus
aux fruits de barbarie


*


Plus sexy
qu'une jupe fendue
son rire espiègle


*


Aperçu derrière
le molletonné des nuages
un arc de lune


*


L'illusion
d'une danse avec le vent
la feuille morte


*


Aujourd'hui les arbres
empanachés de roux
mode écureuil


*


Matin corneilles
mon thé vert au jasmin
réchauffe le vent


*


Radio plume
conciliabules d'oiseaux
sur les antennes


*


Ma voisine
ouvrant ses volets bleus
le ciel aussi


*


Arrivés
au bout de septembre
mes pieds nus





Cathy Scotto







mercredi 18 mai 2016

MOULIN À VENT - MC CRAQUOU




Picasso







amant aventurier
explorateur de zones
érogènes



*




Le ton monte
Les deux vieux avec une canne
Vers un duel ?



*




mes yeux s'ouvrent
je vérifie ma solitude
sur mon portable



*



une vieille
qui a besoin de son fils
crie sur lui



*




une pantoufle sur deux
entre verres et bouteilles vides
le coupable se cache



*




en fond musical :
Tommy - ma p'tite-fille demande
"c'est qui les who ?"



*




chaud bouillant
je me cuite
au perrier



*




Le dos souple
La doctrine raide
Il prie



*




je ne jure que par toi
et je jure toute la journée



*




impossible
de faire l'autruche
tu m'émeus



*




femme bonbon,
tu es ma pie qui chante



*




télé maton
dans une cellule familiale
entre une mère et sa fille



*




comme une viande
je durcis à force
de me ressaisir



*




devant ce miroir
je pose un bouquet de fleurs
pour en avoir deux



*



bien que l'été
soit pourri, pour elle
mes mains restent douces



*




souvent
la nuit
ton absence me réveille



*




dos à la fenêtre
je ne sais pas qui passe
en auto



*




soleil et ciel bleu
arbres et nuages immobiles
ça sent l'embuscade



*



été pourri
je vais déduire ma terrasse
de mon imposition



*



cette vieille
en déambulateur
elle a sauté à la corde



*




je suis fou de toi
interne-moi
dans ton cœur



*




on prend son pied
où on peut
même dans le tapis



*




les incinérer
n'avoir pas à les fleurir
les amours mortes



*




dans ses omelettes
on voyait des herbes pousser
parfois des champignons



*




Auvergne
les taupes font
des petits volcans



*




Auvergne
il n'y aura jamais assez de morts
pour tant de sapins



*




d'avoir oublié
tout le monde
s'en souvient



*



mourir de rage...
à deux cents mètres
de la rue Pasteur



*



à mes enfants
toujours dissimuler
le vieux gamin



*



avec une barbe bleue
j'aurais connu moins de femmes
et la prison



*



l'absolu
si facile à penser
est invivable



*



les moutons
et leurs boucles
qui tournent en rond



*



mon côté Don Quichotte
je bois du moulin à vent



*



café d'Éthiopie
ce matin je rêve à Lucy
avec tendresse



*



magasin primeurs
il plaide qu'il est mûr
cet avocat



*



au réveil
le sucre dans mon café
c'est ta main sur moi



*



bureaucratie
de quel côté est tombé
le mur de Berlin ?



*



de temps à autre
je mets mon corps et je sors
dans la vie


 




 MC CRAQUOU



lundi 2 mai 2016

UN RIEN DE FRAMBOISE - CHRISTIAN COSBERG




Nataliya Corfu-Ivanyuk





bu la tasse
avec la fille au teint
de porcelaine


*


mes pensées
zigzaguent
sur ta peau


*


dans l’assiette
mon dernier radis
et sa coiffure de mohican


*


comme l’abeille
le nez dans la fleur
d’amandier


*


ces êtres
qui vous aiment instantanément
le chien qui passe


*


un air de printemps
sa musique
au dessus des fleurs


*


jour de pluie
une lumière jaune ensable
le matin


*


plein soleil
l'après-midi dans les bras
du vent


*


banc au soleil
quelques secondes
j’habite là


*


vieille joie
elle remonte les ruelles
du village


*


mars en ville
le nid de l'oiseau
terminé avant l'immeuble


*


un peu gris
après trois verres
de blanc


*


au printemps
de si jolis mensonges
dans la bouche des anges


*


repas en amoureux
en amuse-bouche
nos bouches


*


sous mes pas les moineaux
cette volée de flèches
sortie des buissons


*


toujours la même nuit 
passée 
le nez dans tes cheveux


*


dans la vitrine
un livre guère épais
sur Tolstoï


*


burka
enfermées
dans un tissu de mensonges


*


soleil caché
une femme en noir
traverse la place


*


la nuit
ce vieux chemin
qui nous ramène chez nous


*


Bruxelles
un matin
de larmes


*


jours d'infamie
ce besoin de revoir
la mer


*


un matin
encore un matin
le chemin m’attend


*


le jaune citron
de deux papillons
escaladant le ciel bleu


*


les mouches aussi
parlent du printemps
derniers jours de mars


*


ah ! sur chaque arbre
une pouponnière
de feuilles


*


soleil de mars
il pose sur l'horizon 
un sourire d'enfant


*


traversée du désert
avec un fille
un peu gourde…


*


loin dans la campagne
un peu de joie embusquée
parmi les fleurs


*


premier d'avril
il pleut
un ciel de tourterelles


*


beau temps
quatre amis
sous la pluie


*


face à face
le pommier en fleurs et une fille
à la taille de guêpe


*


coccinelle
le garagiste me parle
d’une mise au point


*


sur l'auvent
la basse continue
d'un matin de pluie


*


léger léger
le vent tiède
sur les primevères


*


le vent souffle bleu 
le grand meeting
des goélands


*


du voisin
je ne connais que son volet
qui grince


*


loin de la ville
encore une fois je me perds
dans les hautes herbes


*


pâquerettes
la fine fleur
des demoiselles


*


hautes herbes
mes amis sont le fenouil
et la folle avoine


*


à midi
le soupir du vent
je n'aurais pas mieux dit


*


arbre de Judée
sur la route noire il pleut
du mauve


*


dimanche d'avril
un rien de framboise
sur le bout de tes doigts


*


fleurs des champs
un bouquet dans un coin
de ma tête


*


vent froid
garé au soleil
dans deux mètres cubes d’été





Christian Cosberg