vendredi 15 mai 2015

LE FRACAS DES BONS MOMENTS




Mireille Cornillon






La lumière se cache
la plage a déjà
le goût des adieux



*



Derrière
le rideau de pluie
un chagrin d'automne



*



Dans la benne verte
le fracas
des bons moments



*



A terre
les habits de l'automne
en vrac



*



Vol rasant
le corbeau ressuscite
trois feuilles



*



La barrière en bois
plus belle
avant la peinture neuve



*



Sous le vent
la plume blanche
vole sans l'oiseau



*



Quelques feuilles rouges
dans la haie verte
une écorchure



*



Sur cette photo
de gens de mon âge
je me sens vieille



*



Novembre
ma voiture aussi
change de chaussures



*



Sur le chemin de l'école
les premiers bonnets
à pompons



*



Au bout
de la souffleuse
des gerbes d'or



*



Derrière la pluie
sur la vitre
son silence



*



Dimanche pluvieux
alignées sous la véranda
les petites bottes



*



Chassées par la souffleuse
les feuilles
sautent le mur



*



Par-delà le mur
du cimetière
les hauts-parleurs du cirque



*



Les jours plus courts
sans lui
encore trop longs



*



Soleil d'automne
du petit arbre
rejaillit le feu



*



Jour sombre
la pluie
dilue mes projets



*



Couronnée
et plumée
je quitte mon dentiste



*



D'abord le cimetière
puis le village-
on commence par la fin



*



Le bruit
du volet roulant-
j'ouvre les yeux sur la nuit



*



Chaque jour qui passe
à redescendre sur terre
je m'exerce en vain
au loin plane un cerf-volant
secoué par des vents contraires



*



La grande roue-
de sa main
il veut caresser la lune



*



Noirs sur gris
les étourneaux
rabattent la nuit



Robert Vickrey




Dans le lointain
le bruit d'un camion-
un nouveau jour



*



Marché de Noël.
sur la fausse neige des chalets
la vraie pluie



*



Par-dessus le mur
les marronniers me saluent
je suis libre



*



Automne-
dans le jardin d'enfants
des champignons en bois



*



Dictée de Noël.
il décore ses mots
d'accents circonflexes



*



Elle tourne vite
la grande roue
de l'enfance



*



Pluie du soir
assez de flaques
pour noyer la nuit



*



"Consulat du Mexique"
déjà du soleil
sur la plaque



*



premiers beaux jours
le printemps arrive
en skate



*



Maison de retraite
des primevères s'échappent
sous le mur



*



son texto
le soleil s'allonge
sur mon canapé



*



petit matin seule
devant mon bol
les corneilles passent en bandes



*



A vol d'oiseau
sur le ciel bleu
mes idées noires



*



sous haute tension
le squatte évacué
sauf la glycine



*



vent d'ouest
les yeux du chat
courent après les nuages



*



vent froid
le soleil en morceaux
dans les jonquilles



*



jour férié
le ciel ne sait pas
quoi faire





Monique Junchat

 




samedi 18 avril 2015

Woody Allen, Gershwin : I adore "Manhattan" !



   
   Ah ! George Gershwin, Rapsody in blue, des images de Manhattan qui défilent, la voix off de Woody Allen  cherchant ses mots et la meilleure entame possible au livre qu'il commence à écrire, sa déclaration d'amour pour New York qu'il adore... C'est un début formidable. Voyez, revoyez Manhattan, c'est une splendeur !

mercredi 15 avril 2015

LE SENS CACHÉ DES MOTS





Escher




TENIR MAINTENANT DES DEUX MAINS



*



RÈGLE DE TROIE

TOUJOURS MISER

SUR LE BON CHEVAL



*


AUTO-ANALYSE...AUTO-PSY !



*


PARLER EN GÉNÉRAL, C'EST FAIRE DU PARTICULIER UN PETIT SOLDAT.



*


 UN RAT D'AUTEUR EST TRÈS SOUVENT UN RAT DE BIBLIOTHÈQUE.



*




JE SUIS COMME LES ROBINETS, IL ARRIVE TOUJOURS UN MOMENT OU J’ÉPROUVE L’IRRÉPRESSIBLE BESOIN DE FUIR.



*



ON ME DEMANDE SOUVENT:
"VOUS ACCEPTEZ LES CHÈQUES ?
JE M'EMPRESSE DE RÉPONDRE.
"NE VOUS EN FAITES PAS, JE SAURAI LES TRANSFORMER EN SUCCÈS."



*


  MILAN
ON LES APPELLE COMMENT LES GRANDS PÈRES, LÀ-BAS ?
LES MILLE ANNÉES !
  *
 
 AYANT PRIS CONSCIENCE DE MON INCONSCIENT, JE ME SUIS MIS A MANGER POUR DEUX, ET DEPUIS QUE JE SAIS L'EXISTENCE DE MON SURMOI, JE MANGE POUR TROIS ! MAIS IL PARAIT QUE POUR RÉUSSIR UNE BONNE PSYCHANALYSE IL FAUT SE METTRE A TABLE...





LE B A BA POUR GUITARE ET DICTATURE : LA MUSIQUE DU JE INTERDIT




 
Jean-Marie Frappereau et Christian Cosberg 

 

lundi 13 avril 2015

CERCLE DE PIERRES - JEAN CLAUDE "BIKKO" NONNET




Vincent Bioulès








En ces temps d'insouciance nous filions des nuits entières, par de mauvaises routes, vers son hameau enserré de buis et de rocaille. Sous l'œil endormi de la chouette, gardienne autoproclamée de la lucarne Est de la bergerie écroulée, les petits matins saluaient nos arrivées d'un bon gros soleil levant sur la Séranne. Embrasée par les premiers rayons, la grande table de bois brut, posée sur l'herbe, nous attendait chargée de café brûlant et de gigantesques omelettes aux asperges sauvages qu'elle glanait aux flans des dolines.

Nous passions nos jours en d'interminables errances aux senteurs de thym ou en molles discussions à l'ombre d'un pan de mur qui parfois lâchait un caillou.

J'aimais particulièrement les jours de descente au moulin. Sacajawa Caussenarde, elle nous conduisait d'un pas sûr par des sentiers de renards, jamais les mêmes. Passant de la lumière crue à l'ombre épaisse, les yeux aveuglés, seules nos mains nous guidaient.



Scolopendres
la silhouette d'un meunier
mort depuis longtemps


Quand le jour virait au mauve, par son envol, la chouette donnait le signal de nos nuits à toucher les étoiles où les vins aux saveurs approximatives, et parfois l'herbe d'importation, semaient du lyrisme. Les ruines résonnaient alors de chants à faire pleurer la lune et de contes à effrayer un loup-garou.


fenêtre borgne
pelotonnés par grappes
autour de l'âtre


Au retour de ses chasses, la chouette nous trouvait dans la paille, membres entremêlés, soûls de nous même et encoconnés d’odeurs fauves .....


place du Caylar
l'orme sculpté maintenant
~ qu'est-elle devenue ?




 Octobre 2012



* * *


son mec si saoulant ~
partie au petit matin
morte de cirrhose




*





par-delà les murs ~
le parfum du seringa
jusqu'au potager





*






colère d'enfant ~
la vilaine maîtresse
au pilori




*




surveillants absents ~
le règne des petits chefs
sur la récré




*




direction laxiste ~
un à un les bons élèves
quittent l'établissement




*






route D18 ~
sur le poulailler en planches
un radar factice




*




café en terrasse ~
sur le gazon l'écureuil
fait ses plantations




*




odeur de pluie ~
dans l'entre deux nuages
la pleine lune




Hasui Kawase - Nuit pluvieuse





remontant du port ~
l'imperméable chemine
sous la lune




*




grande nuit venue ~
manquera à mes cheveux
le souffle du vent




*




cernes témoins
de nos nuits de débauche
~ ma douleur et moi




*




panache noir
l'usine d'incinération
embrume la ville




*




halo solaire ~
la brume sent le cheval
et le feu de bois




*




le café brûlant -
de la pomme il reste
trois pépins une queue



*



matin embrumé -
marc de café dessinant
des arabesques



*



par-dessus mon bol -
dans ses yeux noirs les reflets
d'une nuit blanche




*




barche da pesca -
avanti e indietro tra due punti
immaginari




Barques de pêcheurs -
va et vient entre deux points 
imaginaires




*




près de la nouvelle
envahie d'herbes folles
- la vieille route




*




grande régate
de folles feuilles sèches
– vent sur la mare




*




Bar des Halles ~
jusqu'aux bateaux amarrés
l’épique engueulade




*




jardin englouti
sous la glace un poisson
dessus un moineau





*




brouhaha d'expo ~
je m'arrache et examine
un grand poil de nez




*




vague d'Hokusai ~
dans la salle d'exposition
des remous de foule




*




solstice d'hiver ~
la nuit précoce ravive
les peurs ancestrales




*




premier citron
j'ai cru voir une jonquille
prendre son envol





*




 soleil englouti
au-delà des peupliers
le cri d'un corbeau





*





cercle de pierres
le cul bouffé par la rouille
d'une conserve






*




volet entrouvert
dans un carré de soleil
l'interrupteur






*




deuxième demi
il me tourne la tête
le printemps nouveau
 
 





Bikko 





dimanche 12 avril 2015

L'antichambre des durées


Les Amants, Louis Malle



  Jamais les amants ne se prénomment autant que les derniers jours de leur histoire...
   Un peu comme si les voyelles formant l'ensemble de leurs prénoms devenaient seulement alors véritables, assez en tout cas pour qu'on essaie de s'accrocher à elle avant de partir.
   Reste que régulièrement le prénom s'incline devant le nom dans l'antichambre des durées ; ne serait-ce qu'eu égard à sa dépendance vis à vis des phénomènes de mode.
   Le feu brûle mais il ne produit pas. Aussi les amants torrides se prénomment-ils le plus lorsqu'ils découvrent qu'au pareil de toutes choses, l'éphémère gagne en amour.



Roch-Gérard Salager

Extrait de Jour de l'an, aux éditions La Dragonne

jeudi 9 avril 2015

LA PETITE MOUCHE ET LE PRINTEMPS



Gustav Klimt - Les trois âges de la femme





au tréfonds de nous
quelques continents
à la dérive...



*



fouillant
dans sa mémoire
le vieil archéologue



*



de la vieille lampe frottée
sort
une petite mouche



*



fin de journée
encore la route à tailler
pour le jardinier



*



météo
chaque matin
plus vieux



*



entre les gouttes et le silence
un chant d'oiseau
chemine



*



~ le parfum d’un iris
et soudain
la tête me tourne
elle se tient donc là
mon enfance !



*



si léger
dans les bras
de la fille aux seins lourds



*



de moi
quelques traces
dans des lieux oubliés
 
.
 
.

de moi
quelques traces
dans des lieux inconnus
 
.
 
.
 
de moi
quelques traces
au creux des chemins
 
.
 
.
 
de moi
quelques traces
perdues dans les terres
 
.
 
.
 
de moi
quelques traces
dans des rires lointains
 
.
 
.
 
de moi
quelques traces
murmurées dans le vent
 
.
 
.
 
un peu de moi
dans les yeux bleus
de la fille qui passe



*



graines de basilic
déjà les tagliatelles
s’impatientent



*



dans leur grande sagesse
les fleurs
ignorent les lignes droites



*



arrivées
avant moi les fleurs
au sommet de la colline



*



impossible
de raisonner
une herbe folle



 *



rêvant leur vie
j’ai rêvé la mienne
premiers coquelicots



*



lune d'avril
s'oublier dans la vie
des autres



*



tout ce chemin
pour une porte close
je repars dans le vent



*



le ventre de la voisine
un seul habitant
dans ce petit monde rond



*



jogging
le matin court déjà
vers midi



*



baptême de l'air
les jeunes feuilles s'accrochent
aux branches






Christian Cosberg