vendredi 3 février 2012

Futur Antérieur, Bénir le pain


   
   Bénir le pain sous-tend quelque chose de fort.
   Force non pas du rite mais du pain lui-même qui est poésie.
   Le paysan introduit la nature dans chacun de ses gestes.
   Nous guettions celui que faisait le père, à l'instant du repas :
rompre la croûte après y avoie tracé une croix à l'aide d'un 
Opinel ramené d'Allemagne où il fut retenu - l'ensemble se
fractionnant en deux parties égales.

           Midi

                           Milieu du jour

                                                          Mémoire d'évangile


   Habileté.
   Fractions égales du pain rompu.
   Nous survivons grâce à l'habile, tandis que l'on meurt
de trop de sincérité.
   Hisser le passé dans l'existence, n'est-ce pas là, dès maintenant - ici toujours -
le rôle du futur antérieur ?
   Le front des gestes s'oppose au monde indéfait, au long sabbat
des distances, à l'encre tiède des négations.
   Longtemps - sans doute avant que ne viennent les mots -
l'ensemble des gestes convergeait vers une esthétique du jadis ;
en dépit de cette clarté obscure à quoi renvoient les mesures 
du temps.
   L'ici et le maintenant sont propices à l'accueil des mystères et
le futur simple déguise bien plus qu'il ne vêt.
   Le jadis serait-il alors préférable au naguère ?
   A bas bruit ; dans la lumière de l'été.


Roch-Gérard Salager
extraits de Futur Antérieur, aux éditions La Dragonne

       

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