mercredi 22 février 2012

IL PLEUT




Il pleut ;                                                          
Il se délaye dans l’air une odeur de mouillé,
sous le grand pays de nuages qui passe et s’appesantit dans la brume.
Le froigris s’est approprié l’eau née de néant…
Avez-vous déjà levé le nez sous les gouttes qui tombent, et renversent le monde ?
Imaginé qu’une fois plue la pluie remonte au ciel
et remplisse à nouveau les nuages pour d’autres pluies lointaines ?
Et que gonflés à nouveau d’eau et d’orgueil,
les strato-cumulus, les cumulo-nimbus
et d’autres drôles de gus,
aillent faire voir ailleurs leurs panses biscornues,
leurs cotonnades grises,
et leurs bizarres boursouflures ?
Il pleut ;
la citerne en rit de clapotis et rondelles de plaisir, à gorge déployée,
comme l’énorme bouche d’un énorme crapaud noir…
Il pleut des nuages gris et des souris bleuies,
sur les combles noircis de la halle, où se mûrit le vin.
Il pleut, comme on dit en Albion, des chats et des chiens, qui courent après les chats
qui courent après les souris grisées de grains.
Je ris et souris sous cet écheveau de gouttes oblongues ou fines,
qui ventriploquent dans les gouttières,
qui ruissent et qui chantouillent dans les gargouilles,
dévalent les pentes obtuses des gros cailloux luisants,
et gratouillent le ventre des looooongs escargots gris

qui font la course avec les limaces luisantes,
et les feuilles des jeunes platanes en bruissent de plaisir et de soulagement.
Là-bas et tout au loin le ciel hésite à choisir
la couleur de ses vêtements de demain :
pleuvrais-je ou ne pleuvrais-je point ?
Chagrinerai-je le vigneron, ou la belle jeune fille qui va-t-au bal
dans sa robe de purée mousseline ?
Elle aura les pieds mouillés la belle si je m’avise de pleuvoir.
Moi, tant pis, j’aime bien jouer des tours à lamétéorologienationale,
qui prétend, l’orgueilleuse tout prévoir…
Et si j’ai envie de pleuvoir moi ?
Quoi les automobilistes ou les milliers de touristes ?
Si ça me plaît à moi, le ciel, de voir le dessus des jolis parapluies
qui dansent au pas des belles jeunes filles
dans leurs habits de bal et leurs pieds détrempés ?
Si ça me plaît à moi d’entendre sur le pavé luisant chanter la pluie tombante ?
Et la valse de l’eau,
qui court après les rats,
gigondi, gigonda
La valse des nuages
Qui vont crever là-bas, au loin de Brest…
Gigonda gigondest.
Avez-vous remarqué que c’est le beau temps et le soleil
qui tuent les nuages que je m’escrime à créer ?
Et que chacun son temps !
Le temps du soleil tôt levé, qui sèche,
vite à mon goût trop vite
les gouttes de rosée sous les beaux temps retrouvés,
et que le moment point encore n’est venu
de dénuder les nues
Comme nus et mouillés les pieds…
Histoire connue !


Jean Gelbseiden

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