lundi 27 février 2012

Le cheval fou du vent



Le cheval fou du vent
S’emmêle à mes oreilles
Et me dit des choses nouvelles :

Là d’où je viens, les nuages sont verts
Les gouttes d’eau sont d’or
les filles sont  jolies 
et se livrent au vent…

Il me dit aussi des choses anciennes :
Que les hommes cupides
et les animaux tranquilles
marchent aux grands fleuves
assoiffés par les temps.

Le cheval fou du vent
M’en apprend de bien belles :
Qu’on se bat là-bas pour un lopin de terre
Que la belle Ivana est amoureuse folle
Et que son fiancé va mourir à la guerre…

Il me dit aussi des choses du présent :
Que dans le lointain, ce qu’on entend
N’est pas bruit de tonnerre,
Et que ces grincements
Sont pleurs des enfants
Qui pleurent sur leur mère
Et cette mastication
celle des âmes qui mordent la poussière.


Le cheval fou du vent
Me dit des choses amères
Et je pleure et me plains.

De quoi donc te plains-tu,
Me demande aujourd’hui
Le cheval fou du vent
Qui campe à mes oreilles ?

Ne vois-tu pas le temps
Rosé de tes amours,
Ne vois-tu pas,
Roses, les joues de tes enfants ?

Hélas mon joli vent,
J’ai tant pleuré
Que mes yeux sont aveugles !
Et mes oreilles sourdes
Aux soubresauts du temps ;
J’ai tant perçu les bombes
Tant vu trembler les murs,
Et cette main perdue,
Perdue dans les décombres…

J’ai tant compté
Mon joli vent les morts
Que partout l’on dénombre,
Que mes mains et mes pieds
Sont soudés, impuissants
À la plainte qui monte.

Hélas mon joli vent
Ne vois plus ni n’entends.
Seul ton friselis
Me conte
Ces abominations…


Mon vent mon joli vent
ne pleure pas mon pleur
souffle-moi dans l’horreur
où puis-être vivant…



Jean Gelbseiden

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