samedi 1 août 2015

Le rendez-vous à Samarkand



Un matin le khalife de Bagdad vit accourir son vizir qui se jeta à ses genoux, pâle et tremblant.

-  Je t’en supplie, Seigneur, laisse-moi quitter la ville aujourd’hui même !

-  Et pourquoi donc ?
-  Ce matin, en traversant la place pour venir au palais, une femme m’a heurté dans la foule.
      Je me suis retourné et j’ai reconnu la mort… Elle me regardait fixement. Seigneur, elle me cherche...
-  Es-tu sûr que c’était la mort ?
-  Oui, Seigneur, elle était drapée de noir avec une écharpe rouge. Son regard était effrayant.
      Crois-moi Seigneur, elle me cherche, laisse-moi partir à l’instant même, je prendrai mon coursier le plus rapide,
      et si je ne m’arrête pas, je peux être ce soir à Samarkand !

Le khalife, qui aimait son vizir, le laissa partir. Ce dernier disparut dans un nuage de poussière…


Songeur, le khalife sortit du palais déguisé, comme il avait souvent l’habitude de le faire.

Sur la place du marché, il vit la mort et s’avança vers elle :
   -  J’ai une question à te poser : mon vizir est un homme encore jeune et bien portant.
      Pourquoi l’as-tu terrorisé ce matin en le fixant d’un regard menaçant ?
   - Ce n’était pas un regard menaçant, c’était un regard étonné.
      Je ne m’attendais pas du tout à le voir ici, à Bagdad, alors que j’ai rendez-vous avec lui ce soir, à Samarkand !

 
C'est une des plus célèbres histoires sur le thème de la mort et du destin, une histoire persane attribuée à Fariduddin Attar.  Dans "La cible", le premier film de Peter Bogdanovitch, où un jeune homme ordinaire se met à tuer des inconnus avec un fusil à lunette, Boris Karloff raconte cette histoire. Dite par le célèbre interprète de Frankenstein elle ne peut que se graver dans votre mémoire.

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