dimanche 2 juin 2013

Changement d'état, des tas de changements




*La porte du Paradis, Florence. Adam et Ève ( premier panneau ) de Lorenzo Ghiberti.




Nous n’arrêtons pas de sortir du Paradis. Nous répétons cet acte fondateur notre vie durant. C’est la pièce majeure de notre petit théâtre vivant. Mais quitter le Paradis est-ce sortir de l’age d’or ou de l’age qui dort ?

Et si cette sortie du Paradis symbolisait l’avènement de la conscience, l’éveil de la conscience, conscience de soi et conscience de l’autre, conscience du monde ? Le fruit défendu nous aurait-il vraiment ouvert les yeux ?
La conscience de soi, c’est l’irruption d’une connaissance fondamentale qui est le sentiment d’être. Dans la toute petite enfance nous sommes sans savoir qui nous sommes. Nous sommes sans le savoir.
Mais avec ce savoir, la conscience de soi fait subitement de nous un mystère pour nous même. Une question. Comme si, en découvrant que nous sommes un objet pour nous-même, nous nous perdions instantanément de vue.
 Et c’est peut-être bien ce qui arrive toujours : ce déchirement qui nous dédouble et nous rend orphelin de nous même. Cette conscience qui amène plus de questions que de réponses.

Mais allons plus loin. Et si sortir du Paradis c’était passer de l’indifférencié au différencié, du tout à l’un, si sortir du Paradis était le chemin de la vie qui croît, de la vie à qui perd gagne, la vie avec l’espérance des lendemains et de leur nouveauté mais aussi avec l’inquiétude de l’inconnu, la responsabilité du monde, du sien et des autres et la nostalgie des anciens jours, ces jours où tout nous était donné et rien ne reposait sur nos frêles épaules. Et si sortir du Paradis, avec l’avènement de la conscience de soi était bien ce poids que constitue la conscience de notre finitude, de la notre et de tous ceux que nous aimons. Si près de la source qui nous a mis au monde nous savons tout à coup que nous rejoindrons la mer, que nous nous y diluerons et que nous serons seuls face à ce changement. 


Christian Cosberg

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