vendredi 30 mars 2012

Objets Voyeurs Non Identifiés : Marie-Hélène Vallade-Huet



Figées comme dans un instantané, elles se donnent d’abord à voir pour finir par s’imposer à nous, comme les photos d’un album feuilleté, et sur les pages duquel on s’arrête, en proie aux souvenirs, à la petite robe, ou au petit chapeau blanc que portait… Comment s’appelaient, au fait, ce petit enfant, cette jeune fille ? D’où provenait et où allait cette procession ? Car ces sculptures nous semblent si familières qu’il est possible qu’on les ait déjà vus ces êtres arrêtés pour le temps d’une contemplation, au coin de la rue,  sur un  banc ou au bord de la rivière un jour d’été, et surpris dans leur rêverie, leurs secrets et leurs échanges, dans leurs prières ou leurs méditations, et qu’ils soient un temps les personnages entrevus de nos rêves, elfes à jamais disparus dans nos souvenirs d’enfance.
Contemplés aussi ces groupes hiératiques, processions vers le sacré, vierges silencieuses et attentives à l’Annonciation, ces couples posés dans une instantanéité éternelle, puisqu’ils nous sont donnés à voir aussi longtemps qu’on le souhaite, comme si nous avions soudain pouvoir à arrêter le temps par notre contemplation.
On les dirait murmurant quelque chose à notre égard qui nous est à tout jamais interdit, et qui nous rend curieux de leurs conciliabules, ces enfants entre soleils et ombres, quelquefois aussi muets, jaloux soudain, de leurs secrets à l’approche des Objets Voyeurs Non Identifiés que nous sommes.
Le talent de Marie-Hélène Vallade est justement de leur donner vie : ils ne se contentent pas de notre regard, ils nous arrêtent, jettent sur nous un œil curieux, étonné et plein de questions, comme si nos deux mondes soudain se conjuguaient dans l’espoir d’une hypothétique communion…
Car tous ces personnages semblent attendre un contact idéal et impossible avec les humains, et nous, prisonniers de notre chair, avec eux ; 
Et la terre—matériau fondamental— dont doivent être conçus les Peuhls, tellement leur couleur de peau reflète le sol qui les voit naître et mourir, porte le message que nous sommes poussière,  et rend de ce fait le sculpteur démiurge pour un temps de cette allégorie.

Jean Gelbseiden

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