mercredi 14 mars 2012

PETIT SOMME



 

   C’était un petit somme. J’avais quatre ans. Je dormais au soleil chaud de juillet, au bout du monde. Au début du monde. A mes côtés, dormait une petite chatte noire. Minette.  Nous dormions dans le grand champ, derrière la maison, aux frontières du temps, dans une campagne vaste et secrète que j’explorais inlassablement, où de grands serpents se faufilaient entre les herbes et les ronces, où le soir d’adorables épineux sur pattes venaient déguster les épluchures jetées dans les buissons. Nous dormions, heureux, sans doute, de la caresse du vent qui s’était mis à souffler. Nous dormions dans l’odeur de paille des herbes sèches, dans l’odeur de terre brûlée, dans l’odeur de toutes ces plantes, de toutes ces graines torréfiées par le grand feu de l’été.
    Sans le savoir, je veillais sur un trésor, Minette m’avait choisie, j’étais son amie, j’étais cette petite fille qui l’aimait et lui prodiguait de longues et interminables caresses. Mon sommeil innocent, ma joie, mon abandon, la force rassurante qui montait de la terre, ce plein soleil, cette campagne assoiffée, tout cela travaillait au mystère.
  A mon réveil, les tout-petits tétaient déjà leur mère, des petits chats nés sous mon nez, nés sous mon aile. Des petits chats bientôt joyeux et polissons dont j’étais un peu la maman, moi la petite fille,  « petite princesse des hautes herbes » comme m’appelait mon père. Une princesse barbouillée de terre, aux cheveux blondis de paille, une princesse aux pieds nus, aux  rêves simples et doux comme de fraîches orangeades.
   Ce jour là, j’étais fière, j’avais devant moi la vie toute entière…et déjà le sentiment de faire un peu partie du mystère…


Laura Breitwieser

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