dimanche 8 avril 2012

1° prélude, François Couperin





C’est une rue qui chuinte sous la trace humide
Des réverbères…
Solitude qui s’égoutte, comme une pluie triste.
Je t’attends, et je sais que tu ne viendras pas,
Que tu ne viendras plus. Jamais.

Au loin le souvenir,
au loin cette attente
verglacée d’angoisse et d’impatience
au loin, de même ce tremblement
à ton visage, riant, heureux, sous la pluie de nuit et de printemps.
Au loin, tes cheveux mouillés dans mes mains,
Ton regard éperdu,
Ton corps qui tremble sous mes bras…
Couperin m’accompagne dans cette plainte immense
Et mes doigts sur le clavier jouent de mots cette sublime et nocturne sérénade.

Clavier,
où les notes s’égrènent,
comme un cristal presque tombé qu’on aurait pas su retenir
et dont le verre brisé atteint notre oreille avant d’être tombé,
comme ton désamour…

Clavier d’une eau amère et claire,
Où chaque note décompte en pleurant le temps
D’une amertume indicible.
Où la moindre syncope m’est retard à ton aveu.

Au loin le pas d’amoureux :
Elle danse sur l’asphalte,
Où ses talons marquent le rythme
Accrochée gaiement au bras de son amant.
Plus loin du balcon entrouvert d’une fenêtre anonyme,
Le grelottis incertain d’un clavecin que la musique enchante.

J’ai froid, et les gouttes de la musique n’y sont pour rien.
Elles me rappellent seulement un matin de soleil,
Au bord des vitraux d’une cathédrale oubliée.
Elles scandent le rythme mystérieux de quelque sarabande
Et pressent mon cœur d’une attente impalpable :
Ma nuit du coup pourrait en être moins lourde
Et le cœur plus léger, j’irais de carrefour en café,
De boulevards en ruelles, d’éclairages en obscurités.

J’ai cru voir, au coin de l’incertain balcon
Une figure amie, qui
pourrait comme moi, attendre
Lancinante, la pluie, lancinante la vie,
Mon chapeau dégouline…



Jean Gelseiden

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