vendredi 29 juin 2012

CHANSON



De ses yeux gris,
la lune orpheline du jour,
chante sa chanson bise émaillée de tristesse.
Les ronds parapluies bleus sont en allés
aux vents d'antan
et leurs baleines édentées lentement s'égouttent
sous le rire des grenouilles curieuses.
Accrochés aux cimes du ciel,
les grands cyprès noirs hésitent
dans la torpeur des rêves inachevés.

Une chanson triste,
que bredouille la lune
quand chantent nos mots leurs amours mortes
Au long ­ si long ­ des routes grises.

Et pleurent ainsi les algues mornes
sous leurs arches assoupies :
Des larmes du jour tout proche
aux peines d'amours matins
un souvenir s'accroche
aux longs réveils chagrin


Jean Gelbseiden


Haïku de chaud !






 
nuit étouffante
vite trouver un peu d'air
dans les haïkus du nord
*
couché dans les vagues
la fraîcheur
d'un rêve d'Irlande
*
nuit de feu~
mes pensées ont
la couleur des fjords
*
 le grand verre avalé
son rire d'enfant
et ses moustaches de lait

 
Christian Cosberg
 

mercredi 27 juin 2012

Les haïkus de Phil


22 heures -
une cigale
opiniâtre
*
château ambulant -
la bienveillance
de l'épouvantail
*
liturgie -
le redoutable tribunal du Christ
me terrasse
*
pauvre de préjugés
le vieux jardinier
monte se coucher
peut-être que là
je meurs -
le chant des cigales
*
cigales -
des heures supplémentaires
non payées
 
Philippe Quinta

lundi 25 juin 2012

Stardust, Oscar Pettiford et l'âme du jazz



Il y a chez Oscar Pettiford une sensibilité bouleversante qui ne cesse de m'émouvoir. Il est un de ces musiciens qui m'ont fait aimer le jazz et aimer la contrebasse. Avec lui, la contrebasse se fait récitant, elle parle,nous raconte comme personne des histoires qui appartiennent aux plus belles pages du jazz mélodique.

Poème de Rafael Cadenas




Seule toi-même dans l'acte. Étendue, charnue, humide. Un tremblement sans intermittence. Sans équivoque. Tourbillon autour de la fleur de tendre velours, en forme de cœur, qui naît du climat de tes jambes comme un cri nocturne. Fleur qui se butine. Ombre de fleur. Dans la symphonie aveugle des courants forme exubérante de mes mains sans yeux. Cor éloigné des épuisements.
J'arrive en naviguant par des ondulations désespérées. Je suis heureux. Quelle est la couleur de cette délectation déchaînée, quel nom lui donner, quel Dieu a pu nous livrer une telle injonction ? je m'en irai, Vénus, je m'en irai, mais avant, je veux finir la coupe. Noyer les tendres limites, étouffer les verrous d'aube, vaincre l'ombre joyeuse de la nudité, sacrifier la honte numérotée. 

Je ne partirai pas avant que cette végétale confusion d'ondes ne soit accomplie. Tant que mon animal qui lèche ne sera pas apaisé. J'aime les tendres lisières d'ineffable teinte, ondoyantes dans la forêt naine et splendidement libre qui dépasse de ton corps comme mille petite voix fruitières, l'arôme réjouissant, la chaleur voluptueuse, le frisson inquiet. Toi toute nouée à ma peau par des marées géométriques. Toute pression, halètement, fuite, retour, blancheur et démence. Nageuse. Étendue qui allaite mon vice. Ombre du laudanum sous le poids de mon temps. Je ne partirai pas sans emporter une heure bienheureuse dans la corolle, tournoyante, vaincue et gardienne des yeux qui te reçoivent comme le soleil.

Rafael Cadenas, poème page 43 (Poemas selectos)

mercredi 20 juin 2012

Les Haïkus de Phil

 
 
grands pins -
j'écoute battre
le coeur de l'été

*

cigale
tes jours et les miens
sont les mêmes !

*

je le garde
l'oeuf cuit
sur l'estomac

*
premier jour d'été -
pelage du chien
en automne

*

chaque matin
réveillé par des cancans
de haute-cour

*

fête des pères -
on veut me faire porter
des caleçons fantaisistes
 
Philippe Quinta 

lundi 18 juin 2012

Rupture épistémologique : l'avis de mon chat




tapi dans les herbes
mon chat voit dans la sauterelle
une gazelle
*
 in mezzo agli uccelli
il gatto
capocoro

au milieu des oiseaux
le chat
chef de chœur
*
 mon chat
est catégorique
"Schrödinger est un sadique !"
*
mon chat
relit
"Des souris et des hommes"
 
Christian Cosberg 

Rencontre de poésie entre Frédéric Jacques Temple et Rafael Cadenas