lundi 25 juin 2012

Poème de Rafael Cadenas




Seule toi-même dans l'acte. Étendue, charnue, humide. Un tremblement sans intermittence. Sans équivoque. Tourbillon autour de la fleur de tendre velours, en forme de cœur, qui naît du climat de tes jambes comme un cri nocturne. Fleur qui se butine. Ombre de fleur. Dans la symphonie aveugle des courants forme exubérante de mes mains sans yeux. Cor éloigné des épuisements.
J'arrive en naviguant par des ondulations désespérées. Je suis heureux. Quelle est la couleur de cette délectation déchaînée, quel nom lui donner, quel Dieu a pu nous livrer une telle injonction ? je m'en irai, Vénus, je m'en irai, mais avant, je veux finir la coupe. Noyer les tendres limites, étouffer les verrous d'aube, vaincre l'ombre joyeuse de la nudité, sacrifier la honte numérotée. 

Je ne partirai pas avant que cette végétale confusion d'ondes ne soit accomplie. Tant que mon animal qui lèche ne sera pas apaisé. J'aime les tendres lisières d'ineffable teinte, ondoyantes dans la forêt naine et splendidement libre qui dépasse de ton corps comme mille petite voix fruitières, l'arôme réjouissant, la chaleur voluptueuse, le frisson inquiet. Toi toute nouée à ma peau par des marées géométriques. Toute pression, halètement, fuite, retour, blancheur et démence. Nageuse. Étendue qui allaite mon vice. Ombre du laudanum sous le poids de mon temps. Je ne partirai pas sans emporter une heure bienheureuse dans la corolle, tournoyante, vaincue et gardienne des yeux qui te reçoivent comme le soleil.

Rafael Cadenas, poème page 43 (Poemas selectos)

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