vendredi 1 juin 2012

Quelques mots sur Steve Kosski


Jeune-homme au piano, de Gustave Caillebotte

   
Steve Kosski exerçait la profession d'avocat.
Il était bien inscrit au barreau, mais son rôle se limitait à la collecte des demandes de reports qu'il diligentait au Palais pour le compte de diverses sociétés civiles.
- Voilà notre estafette !, se gaussaient quelques fois ses confrères, l'ayant aperçu qui trottait d'un cabinet à l'autre.
   L'aseptisme de ses causeries stupéfiait.
   Non qu'il possédât chez lui le moindre écran, mais Steve dévorait à foison les grands quotidiens aux écrits tellement univoques qu'en parcourir plusieurs dans une même journée conduit à douter de la marche du temps.
   Le week-end, Steve Kosski rejoignait sa mère, une Russe blanche que la révolution avait jeté sur les routes d'Europe.
   Dans un univers de peintures slaves, de verreries de Bohême, ils jouaient du piano à quatre mains, et, par beau temps, promenaient le chien sur la plage.
   Madame Kosski possédait une belle voix de soprano.

   Chez eux, il était aussi une coutume baroque, perpétuée en apparence sans aucune raison : le lundi de Pâques, Steve et sa mère déballaient le petit train électrique, un des tous premiers petits trains du temps des Tsars, ramené autrefois vers l'exil.
   Une fois monté sur rails, ils le regardaient tourner en silence...


Roch-Gérard Salager
Extrait de Jour de l'an, éditions La Dragonne

  

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