mardi 31 juillet 2012

Aria, Bach et Glenn Gould


 
Aria~
ce Bach, je n'arrête pas
de le repasser
 
 

Récit de voyage : "Lisons hybride !"


   Non, cette invitation n'est pas un appel au métissage littéraire, au mélange des genres obligatoire, pas l'expression de la doxa d'un petit monde des lettres, c'est simplement une invitation au voyage, celui que nous proposent Roger Amade et son frère Edward à travers La pêche au Lamparo sur le bassin d'Arcachon
   Mettre des mots sur les choses s'avère parfois délicat. Si nous nous sommes décidés à définir ce texte comme un Récit de voyage c'est qu'il y est question de souvenirs et que tous les souvenirs sont forcément des  voyages intérieurs,  des voyages dans le temps où l'espace revit et se déploie.
 Ce récit, qui témoigne tout autant d'une expérience et d'une émotion enfantine que d'une technique de pêche aujourd'hui disparue, s'accompagne de quelques haïkus, de quelques photos, ce qui renforce la nature hybride du texte. 
   Je remercie mon ami Roger Amade et son frère Edward, pour ce voyage inattendu offert aux lecteurs de Point-Critique.


Christian Cosberg

mardi 24 juillet 2012

Les haïkus de Phil : Margeride



sous la bâche
parlant de la foudre
avec le fermier
*
 vent fort -
le hamac
des envies de cerf-volant
*
couché dans l'herbe -
à chaque étoile
son grillon
*
 vent du soir -
la poêle tinte
comme une cloche
*
 lamelles de saucisson
plus fines que la lame
de son couteau
*
 il ouvre son enveloppe
à la vapeur
de la ratatouille
*
 aujourd'hui
est un jour sans mouches
je suis heureux
 
Philippe Quinta

samedi 21 juillet 2012

Traces de paille





effort de crise~
chaque matin, je croque
un financier*
 
 *
battements d'ailes
le petit jour roucoule
sous mes fenêtres
 
*
traces de paille
un épouvantail marche
dans la nuit
 
*
drive in
l'araignée
se fait une toile
 
*
0:07
c'est l'heure que James
préfère
 
 
Christian cosberg
*Petit gâteau aux amandes
 

vendredi 20 juillet 2012

L'amour est une maison






petit matin frais
les oiseaux encore
dans leurs duvets
*
 café noir~
j'avale d'un trait
ce qu'il reste de la nuit
*
 parfois, le soir
j'invite une souris
mon chat ferme les yeux
*
 minuit, sans toi
je vis dans une pâle
copie du monde
 
Christian Cosberg

mercredi 18 juillet 2012

Futur Antérieur : Le lieu


  Le lieu où séjourne le désir est aussi l'endroit où le désir s'insurge.
  La conversion des cendres. Et la beauté du doute.
  Sans toucher au reste des âges.
  Attendu que nul ici ne résistera à la montée des eaux.
  Tout ailleurs, des masques de sel espèrent le retour des Rois Mages.

  Le masque...
  A-t-il jamais été autre qu'un visage perdu ?

                             *   *   *

   A bon entendeur, ces trois préalables:
   - chasser l'injure avant de satisfaire la soif ;
   - ne jamais offenser son ange ;
   - prendre toujours l'avantage sur le soupçon.

   Les mémoires retissent du rompu, si notre propre oubli déjà nous regarde.
   Et son œil - celui de l'oubli - toujours nous clarifie ; bien plus encore qu'il
ne nous fait face.
   De là, pourrait-il surgir un dieu neuf ?
   Non, car se soustraire au réel reviendrait à s'enfoncer dans la rumeur des
signes, à ne jamais quitter l'enfance, à ne plus se défaire du poids...

   Tantôt précis, tantôt sibyllins, tantôt de marbre, les signes sont d’infatigables passeurs.




Roch-Gérard Salager
Extrait de Futur Antérieur, aux éditions La Dragonne

dimanche 15 juillet 2012

Fluides et Entropie

JE SUIS COMME LES ROBINETS, IL ARRIVE TOUJOURS UN MOMENT OU J’ÉPROUVE L’IRRÉPRESSIBLE BESOIN DE FUIR.

Les irréfragables brouettes de Christian Martel


Peintures graphiques 2006 - 2007 : Brouettes, Christian Martel






"Car la vieille maintenant, marchait sous les branches,
Et les rayons restaient entre les quatre planches
Et les rayons dans l'ombre, étincelaient encore,
Et paraissant pousser, devant elle, un tas d'or,
Sans s'étonner, la vieille impassible et muette,
Emportait le soleil dans son humble brouette."

Fin du poème, La brouette, d'Edmond Rostand.



















[Pour lire le poème dans sa totalité et voir d'autres brouettes, cliquez sur Plus d'infos, ci-dessous ]

samedi 14 juillet 2012

Futur Antérieur, Surnaturel

   
   Surnaturel : quel mot à la fois naïf et absurde.
   Les choses ont lieu ici et partout, maintenant, donc hier et demain, d'une façon originale et définitive, issues d'un vouloir global dont nous ignorons tout et qui nous pousse de place en place, à l'image des pions sur un échiquier...
   On est mené !
   Il faut se nourrir, autrement dit absorber une vie carnée ou végétale, elle-même en demande d'aliments.
   On est mené, oui ; le grand trou noir comme les autres, qui doit avaler, à bas bruit, une galaxie par-ci, une autre par-là, dans une lente majesté, sur un épais tapis d'années-lumière ; à la suite de quoi, digestion faite, il déjecte un océan de souillures, comme tout le monde vraiment, sachant bien -et nous l'aurons déjà dit ailleurs qu'ici- que ce terme de "monde" pris à l'envers donne "démon" et que l'envers après tout, n'est jamais que le simple pendant de l'endroit...

jeudi 12 juillet 2012

Samedis chorégraphiques : Loïc Touzé et Rita Quaglia



Samedi Chorégraphique au Périscope avec Rita Quaglia, le 13 oct 10

Je doute donc je danse
Alors qu’il préparait « Impromptu »[1], Loïc Touzé déclarait : « J’aime toujours voir quelqu’un essayer de faire du mieux qu’il peut quelque chose qu’il ne sait pas faire ».[2]
Rita nous a parlé d’«une danse qui n’est surtout pas virtuose». Loïc cherche carrément : « une danse qui échapperait au chorégraphique […] toujours dans l’impossibilité d’atteindre ce que l’on cherche […] entre l’objectif et le trajet […] : la tentative. »[3]
Les préalables de l’atelier sont posés… au cœur même de la posture du pédagogue!
« Il ne s’agit pas de chercher un corps glorieux » nous dit Rita, plutôt me semble t-il, un corps qui cherche,  et qui cherche à être précis. S’il est flou, alors ce sera que précisément, on souhaite qu’il nous donne à voir ce flou à un moment particulier.

1ère partie : Chercher de nouveaux matériaux et de nouveaux points de vue

Rita nous invite en même temps que nous traversons les situations qu’elle propose, à examiner les changements d’état de corps, de poids ou d’appuis, par des intentions ou des points de vue qui passent systématiquement d’une chose à son contraire, d’une situation à son renversement.

Du poids aux poids
Prendre conscience non pas du poids mais des poids, notamment de leur influence lorsque nous sommes en équilibre vertical.
Poids de l’épaule qui laisse tomber son poids ; poids de la tête, plus précisément du cerveau, des cheveux, de l’oreille ; poids de l’œil, du globe oculaire ; poids du bras, de la main, de la dernière phalange du petit doigt, etc.
Il s’agit d’examiner des dizaines de petites zones oubliées, les rappeler à notre conscience par leur existence d’abord gravitaire.

Les zones oubliées
Le départ du mouvement n’est pas forcément à partir des grandes articulations ou des zones les plus visibles (coude ; épaule ; genou ; tête ; bras…). Déplaçons un mouvement circulaire (en variant les plans), sur des zones oubliées comme le creux du genou ; le sternum ; le nombril ; l’aisselle…

Danse molle, danse folle
Le moteur du mouvement n’est plus un élément corporel tonique mais un tissus mou : organe comme l’estomac, le rein, l’intestin, le poumon ou la peau. La danse devient un peu folle dans le sens où elle n’est plus « tenue » à son origine.


La marche comme transport de poids ; le transport de poids comme vecteur de marche
L’intérêt ici, n’est pas la marche en tant que telle comme à l’habitude,  mais de percevoir comment elle mobilise et comment elle est habitée par cette intention fonctionnelle de prendre le corps d’un endroit pour aller l’installer ailleurs.  Comment tous ces « poids » se réorganisent-ils ?

L’espace que je transforme, l’espace qui me transforme
Selon que je me déplace ici ou là, que j’oriente mon corps par rapport à telle ou telle ligne, tel ou tel élément, l’équilibre spatial  change. Mais inversement, mon corps se pose différemment selon  la configuration spatiale où il le fait.

Regarder et être regardé par l’espace
C’est le principe du danseur-spectateur que nous pratiquons en classe : on voit bien le changement de posture selon que je regarde autour de moi ou que je suis vu par ce qui m’entoure. 


Voir, cacher, voir le caché, cacher le caché
Debout, regarder le dessus de ses pieds, plier les genoux jusqu’à les cacher. Puis se relever, regarder au plafond le dessus de ses pieds dans un miroir imaginaire et enfin cacher le reflet imaginaire de ses pieds en pliant les genoux, sans baisser la tête.

Prenez et quittez le sol !
Une multitude de combinaisons possibles à explorer dans de grandes traversées seul ou à deux


Marcher
courir
Sauter
Quitter le sol
Pied D



Pied G



Prendre le sol
Pied D



Pied G









Dans la logique du changement systématique de point de vue, nous pourrions poursuivre :
Etre pris (voire aspiré) par le sol / Etre quitté par le sol…

Phrase sous pression
A partir d’une petite phrase apprise lentement, accélérer graduellement chaque fois qu’on la recommence.
Ici par exemple : assis jambe repliée→ plongée avant → appui mains côté → ventre qui prend le sol → bras passe sous aisselle opposée → sur le dos  → étirement → ramener en position fœtale d’un côté → revenir sur le dos → ramener en position fœtale autre côté → 4 pattes sur genoux → marche arrière → idem mais sur demi-pointes → revenir assis mais autre jambe repliée (même chose que précédemment à partir du côté complémentaire) : recommencer en boucle.

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MIDI

Midi. L'ombre fond au soleil
et le monde s'évapore dans le ciel.
Midi. La fontaine oublie de couler
et le glas sonne lourd et muet.
Midi. Le soleil est sur ma tête
et soudain tout s'arrête.

Assis, j'attends, j'attends
dans tout ce blanc.
Et à midi, je pars.
Pas de paquets, pas de bagages,
j'abandonne tout, sans raison,
pour un monde transparent,
pour un monde sans age...




Jean-Luc Viala
                                                                                                                                                                Source photographique : akvis.com

mercredi 11 juillet 2012

Du ventre de la nuit





tombée du ciel
dans mon whisky
la belle sauterelle
 

minuit, le ventre
d'une sauterelle verte
sous mes doigts

vol de nuit
la sauterelle repart
un peu à l'ouest
 
 
Christian Cosberg

mardi 10 juillet 2012

L'été de toutes les nostalgies et la voix de Sinatra



 

   Alors que le chant des cigales entérine la canicule dès le petit matin, que les enfants sont loin, qu'il n'y a plus qu'eux dans la maison trop grande et trop vide, en attendant qu'elle se remplisse de vieux amis, Paul pose un vieux trente trois tours sur la platine et Sinatra, qui avait à peu près le même âge quand il a enregistré ce titre, y va de sa voix grave et poignante. Et Odette, sa femme, le rejoint, tombe dans ses bras,  ils s'étreignent sans mot dire, enveloppés par la voix chaude de l'éternelle nostalgie...

samedi 7 juillet 2012

Tests d'équanimité



 
 
scie sauteuse~
mon voisin découpe
le petit matin

dans les quelques blancs
j'avale mon café noir
*
 
le gentil voisin
accroche ses placards
entre mes oreilles
*
 
au pied du mur
mes pensées fraternisent
avec la dynamite
 
Christian Cosberg

vendredi 6 juillet 2012

FACE A LA FENÊTRE



Le linge claque dans le vent
Draps de toile épaisse 
Draps blancs dans la nuit noire

Je ne dors pas encore

J’écoute
Enfouie sous les couvertures


Ce bruit sec
Qui claque
Au dehors

J’imagine  des voiles
Ma chambre
la maison
toute entière

                                                                      
Prise dans la tempête


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jeudi 5 juillet 2012

Carrez



Les mains de ses amis s’agitèrent une dernière fois dans le rétroviseur. Il roula doucement, remontant le chemin de graviers qui débouchait sur la nationale puis il tourna sur la droite, en direction de Carrez. Il accéléra fortement pour avaler le faux plat et alluma le lecteur de cd. Il faisait presque frais dans l’habitacle. Pendant quelques secondes, il regretta de n’avoir pas accepté l’invitation de Paul et Gisèle. Mais dormir chez eux eût été prolonger la gêne qu’il avait ressentie tout au long de la soirée. Il n’y avait qu’une dizaine de kilomètres pour rejoindre la station, soit vingt minutes, tout au plus, seul, à traverser la nuit.
La chaussée venait d’être refaite. Les travaux s’étaient achevés pratiquement à son arrivée. La nuit, rouler semblait plus facile comme si l’air opposait moins de résistance, comme si avancer, filer, glisser était une possibilité offerte au voyageur, une sorte de compensation au désagrément de se trouver sur la route à des heures où il est si agréable d’être au fond de son lit, de s’abandonner au sommeil, au repos. Il fila sur le tapis de bitume impeccablement plat avec la voix sensuelle d’Ella Fitzgerald pour seule compagnie. Il connaissait cet album par cœur mais il ne s’en lassait pas. Quand il stoppa au pied du chalet, elle chantait I love Paris, il prit le temps d’écouter jusqu’au bout cette chanson pleine d’un romantisme et d’un lyrisme typique des années cinquante.
Ce qui couvait depuis le début de la soirée avait fini par éclore, Paul lui avait demandé des nouvelles de Clara. Gisèle, souriante, d’un mouvement des sourcils, avait appuyé l’interrogation de son mari. Ils n’avaient pu s’en empêcher. Comme d’habitude, cette question l’embarrassait, encore plus venant d’eux, mais il fit son possible pour n’en rien laisser paraître. Il savait qu’il ne leur apprendrait rien mais il joua le jeu. A ce qu’il savait, elle allait bien. Elle s’était remise au piano et venait d’ouvrir une nouvelle galerie. Il tenait tout cela de Sophie puisqu’il n’avait pas parlé à Clara depuis leur divorce. Pas comme des êtres humains sont censés le faire. Ils communiquaient par courriels et répondeurs interposés pour des objets exclusivement financiers ou d’intendance. Il essayait de parler de Clara sur un ton neutre mais, insidieusement, il sentait sa voix s’affaiblir et le souffle lui manquer.  Il savait que Paul et Gisèle étaient restés en contact avec elle, contrairement à ce qu’ils affirmaient, que son retour à Carrez, son séjour au chalet était une information qui avait déjà dû atteindre la banlieue de San Diego. Cette petite comédie, pour ne pas dire autre chose, le fatiguait. 

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mercredi 4 juillet 2012

Cité nature







Cité nature
3, Barres aux escargots
Champ les vignes
*
en un éclair
l'orage
en fait des tonnes !
*
 la nuit avance
dans un glougloutement
de fontaine
après la pluie
tout un peuple de gouttelettes
joue dans les arbres
*
dans le seau
l'enfant découvre
trois petites rainettes

les jours de pluie
il s'en souvient*
 
 
Christian Cosberg
*Tanka
 Le tanka est un poème de 5 lignes qui doit comporter, idéalement, 31 syllabes,  plus vieux que le haïku, il peut-être considéré comme son ancêtre.
 
 

mardi 3 juillet 2012

Dans Vienne soumise à l'orage, Ludwig Van Beethoven se mourait


   Dans Vienne soumise à l'orage Ludwig Van Beethoven se mourait. Un prêtre fit son entrée dans la chambre du compositeur à l'instant où ce dernier, négligeant sa propre agonie, formula deux phrases distinctes :
  - Entendez-vous les cloches ? Voici que le décor change !
   A la suite de quoi, il expira d'un coup.
  - Nous le voyons qui vient de rendre son âme à Dieu, commenta le prêtre.
   Jouant de l'encensoir avec habileté, l'enfant de chœur qui l'assistait, eut cette réplique :
  - Soit il a rendu son âme à Dieu, mais de son corps que va-t-il faire ?
   Éloge de la silhouette lorsque l'enfant ignore où vont se perdre les veinules des yeux, dans quel autre sommeil...



Roch-Gérard Salager
Extrait de Jour de l'an, aux éditions de La Dragonne