vendredi 28 septembre 2012

La voie calme du haïku




Dragon, dessin de Christian Cosberg
 
 
retrouvailles~
nos paroles crépitent
comme une flambée de sarments


*

chemin de traverse~
j'emprunte la douceur
d'une voie calme


*

entre le bruit d'une scie
et les rires d'un bébé
~j'étends du linge
 
*


ciel d'encre noire
la pluie
pirate le jour


*

seul sous la pluie
il n'attend
que lui-même


*


restée sur l'arbre~
la feuille de route
de l'automne

 
Christian Cosberg
 

mercredi 26 septembre 2012

Paquets d'écume




paquets d’écume –

arrachée par la houle


son écharpe rouge




*




vent fou –


elle craint qu’il ne s’envole


son tout petit




*




ils craquent


sous les semelles, les squelettes


d’oursins




*




mer houleuse –


sur les galets, l’holoturie


impuissante




*




sur la plage de galets


l’écume toute tremblante




*




mer folle d’automne –


l’irlandais en short


les pieds dans la vague




*


 
laissé par la mer

rendu à la mer


le concombre de mer




*




la joie dans leurs yeux -


les bottes trop basses


quand la vague monte




*




loin de la mer


comme il est terne le galet


que l’enfant trouvait si précieux




*




dans le parc


boueux


le paon blanc




*




restes de la veille –


le chien aussi boude


les sushis

Philippe Quinta

mardi 25 septembre 2012

L'annonceur


Christian Martel, Ciel gouache 7

   
   
   Il allait de chemins en chemins, égarant tout sur son passage -quoiqu'il n'ait jamais rien possédé- et ses mains, que le vent traversait, étaient faites de trous.
   Il allait titubant mais discret, d'une rue à l'autre, d'une ville à la suivante, enfin, du néant au néant, dans l'espoir, toujours, de rejoindre ce point précis où l'harmonie des contraires s'ajoute à la miséricorde du lieu.
   A son approche, on offrait les calendriers aux flammes de l'âtre, après avoir recouvert d'un linge propre les miroirs -car il se disait que cet homme ne provenait ni de l'espace, ni de l'eau, ni moins encore du ventre d'une femme et que, partant, il ne pourrait jamais se résigner à l'ordinaire.
   Peu enclin à la ruse, lui répétait inlassablement qu'il resterait à chacun impossible de voir l'entièreté de l'autre sans toutefois y défaillir.
   Plus rarement, il lui prit aussi de dire que les syllabes dévolues à tous avaient été d'abord soumises à d'autres que nous, dans cette nuit solaire où le premier regard fit connaître son refus d'une première errance, où la violence du regard invalide l'écrit et des lacs de longue mort veillent au bon ordre des choses.
     Demain sera-t-il fait ainsi ?
     Demain sera-t-il là, qu'on y puisse vivre enfin sans témoins...




Roch-Gérard Salager
 
Extrait de Quelques aperçus d'un autre territoire, aux éditions La Dragonne


samedi 22 septembre 2012

Petite cabane d'automne, Christian Martel



Je serai présent dans cette sympathique équipe surtout avec des   œuvres volantes et des peintures.Donc, bienvenue à vous si le temps est favorable pour les engins   volants.
 Christian Martel












mercredi 19 septembre 2012

Petite musique automnale



Cannes sèches. Photo, Christian Cosberg


avec le bois
arrive
une envie de feu
 
*
 
la chaise
prête à casser -
trente ans que l'on se connaît
 
*
 
 parfum d'automne -
un monticule de bois sec
devant ma porte
 
*
 
 en empathie
avec l'argiope
jetant son fil dans le vide
 
Philippe Quinta
 

lundi 17 septembre 2012

Une odeur de mûre confite



Au travers des cannes. Photo, Christian cosberg



promenade~
je piste
une odeur de mûre confite
 
*
 
le vent chahute
un bosquet de cannes
~j'écoute
 
*

 
dans les vignes
des moineaux
s'offrent un goûter
 
*
 

chemin de graviers
seul avec le bruit
de mes pas
 
*
 

septembre~
je grappille quelques heures
de beau temps
 

samedi 15 septembre 2012

Montpellier, l'expo Caravageuse à ne pas rater !



                                                                                                                
toiles lumineuses
les salles
noires de monde
 
 

vendredi 14 septembre 2012

Histoires d'L, un minuscule et vrai roman de Patrick Palaquer


"en sortant du restaurant
on a marché en silence
en direction de la Seine
je ne savais plus quoi dire
il faisait nuit
personne dans les rues
notre silence avait des airs
de caveau humide
une froideur de pierre 


j'ai jeté ma cigarette dans le caniveau
je l’ai prise par les épaules
collée contre le rideau de fer
d’un magasin de farces & attrapes
près du BHV
en lui disant je t’aime
les yeux dans les yeux



c'était la première fois

puis je l’ai embrassée
comme dans les films
où les acteurs en font trop
ça faisait du bruit contre le rideau de fer
elle entendait à peine mes je t’aime
je ne sais pas ce qui m’a pris
c’était sans doute
une façon de rompre
le silence"


 
    Ce texte est extrait d'un petit livre, "Histoires d'L" de Patrick Palaquer,  je tenais à vous dire le plaisir que j'ai eu à le lire. En 48 textes courts mais denses , au travers d'un personnage qui se raconte, nous découvrons des histoires d'amour qui à force ne semblent en faire qu'une. La langue de ce personnage  va droit au fond des choses et touche quasiment à tous les coups sa cible, en elle, une forme de distance teintée d'ironie affleure en permanence. Cependant, au fil des mots, ce regard sur soi et sur le monde se découvre beaucoup moins ironique que sensible et le lecteur s' attache à ce personnage qui traverse sa vie perpétuellement amoureux et forcément vivant, quoi qu'il en dise. Cette histoire racontée en si peu de lignes prend la force et l'ampleur d'un roman. J'ai été enthousiasmé par ce petit livre.  Est-ce utile de vous dire que je vous le recommande chaudement ?
Christian Cosberg
Histoires d'L, de Patrick Palaquer aux éditions Asphodèle
 

lundi 10 septembre 2012

Homme au balcon, de Gustave Caillebotte


   

   Est-ce Gustave Caillebotte, lui-même, qui regarde l’avenue ? Est-ce une forme d’autoportrait, celui de l’homme et celui du peintre, de son regard surplombant les choses et le monde ? Est-ce l’aveu d’une solitude, d'une lucidité, laquelle, comme le dit Giono, ne vaut rien pour le bonheur ? Ou est-ce tout simplement le bonheur de contempler le monde, d'être vivant ?
    Nous sommes à Paris en 1880. Haussmann a transformé la ville, la ville continue de se transformer, « la forme d’une ville, on le sait, change plus vite que le cœur d’un mortel. »
   Gustave Caillebotte est l’ami et le mécène des Impressionnistes. Fortuné, passionné, modeste, c’est ainsi qu’on le décrit. Il appartient à ce monde-oasis, cet entre deux guerres : 70, presque lointaine, et 14 encore inimaginable. Il appartient à ce monde dont la modernité « explose », qui avance à toute vitesse comme ces premières automobiles qui circulent sur les boulevards. Il appartient à ce monde des arts, à ce Paris, capitale culturelle du monde, contemporain de Debussy, Fauré, Satie, Hugo, Flaubert, Zola, et de ses amis, Renoir, Monet, Pissarro…
   

mardi 4 septembre 2012

Veille de rentrée




veille de rentrée -
les cartons de commandes
vite éventrés

*

potager d'école -
les tomates
encore paisibles

*

de la cour
le souffleur éloigne
les rêves

*

veille de rentrée -
la nouvelle pendule
s'affole

*

délivrées de l'ombre
du grand carton
les marionnettes


Philippe Quinta