mardi 25 septembre 2012

L'annonceur


Christian Martel, Ciel gouache 7

   
   
   Il allait de chemins en chemins, égarant tout sur son passage -quoiqu'il n'ait jamais rien possédé- et ses mains, que le vent traversait, étaient faites de trous.
   Il allait titubant mais discret, d'une rue à l'autre, d'une ville à la suivante, enfin, du néant au néant, dans l'espoir, toujours, de rejoindre ce point précis où l'harmonie des contraires s'ajoute à la miséricorde du lieu.
   A son approche, on offrait les calendriers aux flammes de l'âtre, après avoir recouvert d'un linge propre les miroirs -car il se disait que cet homme ne provenait ni de l'espace, ni de l'eau, ni moins encore du ventre d'une femme et que, partant, il ne pourrait jamais se résigner à l'ordinaire.
   Peu enclin à la ruse, lui répétait inlassablement qu'il resterait à chacun impossible de voir l'entièreté de l'autre sans toutefois y défaillir.
   Plus rarement, il lui prit aussi de dire que les syllabes dévolues à tous avaient été d'abord soumises à d'autres que nous, dans cette nuit solaire où le premier regard fit connaître son refus d'une première errance, où la violence du regard invalide l'écrit et des lacs de longue mort veillent au bon ordre des choses.
     Demain sera-t-il fait ainsi ?
     Demain sera-t-il là, qu'on y puisse vivre enfin sans témoins...




Roch-Gérard Salager
 
Extrait de Quelques aperçus d'un autre territoire, aux éditions La Dragonne


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