vendredi 14 décembre 2012

Défaire le feu ne suffit pas à dissoudre le froid




Mécaniques, Christian Martel



   
   Défaire le feu ne suffit pas à dissoudre le froid.

   Le froid se simplifie plutôt qu'il ne s'éloigne.

   Si la main reste toujours très proche du regard, la voix n'en élargit pas moins l'espace.
   Les visages, eux, sortent du livre pour prendre appui sur un corps de papier.

   Un enfant fait un pas de côté, en marge d'une falaise, et son angle d'écoute s'en trouve modifié.


   "Heureuse solitude." Ce matin, depuis la rue, quelqu'un l'aura dit à voix haute. Un inconnu de passage, car personne dans le pays n'aurait accordé ces deux termes. 
   Pourtant de ce côté-ci des murs, il m'avait semblé qu'à l'extérieur l'air était léger et l'herbe devenue lourde sans qu'on sache pourquoi.
   Aurons-nous jamais assez marché vers cette mesure capable de contenir l'absence partout, la solitude nulle part et pourtant implacable.
   Trop de lisières nous sont hostiles pour songer vraiment à s'éloigner d'ici.
   Et puis où qu'on aille, n'arrive-t-on pas toujours quand il s'agit de partir.





Roch-Gérard Salager
Extrait de Quelques aperçus d'un autre territoire aux éditions La Dragonne

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