samedi 25 mai 2013

L'amnésie des âmes : "Acte d'innocent"



 ACTE D'INNOCENT




       Je me réveillai péniblement avec l'impression d'avoir vécu un horrible cauchemar. Le corps endolori, la tête lourde et l'esprit vaseux comme après un siècle d'une java effrénée. Cette seule réflexion due bien me prendre un bon quart d'heure tellement j'étais mal en point. Il me fallut peut-être encore une heure pour que la douleur cesse et pour que je me sente un peu plus de force. J'étais encore trop faible pour bouger mais je tentais alors de rassembler mes esprits de façon à me remémorer les dernières heures. Peut-être pourrais-je trouver dans mes souvenirs une explication à ce que je vivais.Je n'eus pas le temps de penser plus car je fus pris de soubresauts. C'est du moins ce que je crus pendant un petit moment avant de me rendre compte que les tremblements montaient du sol sur lequel je me trouvais.

La secousse dura environ trente secondes. J'étais pétrifié par la peur et je ressentais les vibrations dans chacun des os de mon corps martyrisé. Je pensais la fin proche. Mon seul regret à ce moment là fut de ne pas avoir de souvenirs. Contrairement à ce qui arrive à ceux qui vont mourir, je n'ai pas vu le film de ma vie défiler devant mes yeux.



Je ne sais pas combien de temps dura mon évanouissement, mais mon réveil fut plus facile que le premier. Maigre consolation. Je tentai de faire le point et fis les déductions suivantes : j'avais été pris dans une catastrophe quelconque, genre tremblement de terre ou explosion atomique, je ne sais pas ou je suis et je ne me souviens plus de mon nom.



Je tentai alors d'analyser mon environnement. J'étais dans le noir le plus complet et semblais me trouver dans un espace relativement exigu en forme de boyau. Les parois étaient moites et glissantes. L'humidité ambiante et la chaleur étaient à la limite du supportable. Je devais certainement être descendu profondément sous terre pour trouver de telles conditions.



Je ne savais pas alors si je devais me réjouir d'être vivant. Qu'allait me réserver l'avenir ? Une fin heureuse ou une longue et atroce agonie ? Le sentiment d'oppression dû à cette pensée me fit perdre la raison une fraction de seconde. Je tentai alors de crier. Mais aucun son ne sortait de ma gorge. Certainement en raison du manque d'oxygène et de mon état de faiblesse général.



Une image de mon passé, une image de souffrance, me revint alors. Je me vis dans un tribunal. J'étais l'accusé et le juge rendait sa sentence. Chose étrange je me revoyais blêmir et protester énergiquement à l'audition du verdict alors que celui-ci avait été… la vie ! Oui, le juge m'avait condamné à vivre et dans mon souvenir cela me paraissait quelque chose d'insupportable. Il n'y avait pas de doute sur l'origine de ces images, elles représentaient bien mon passé... A la réflexion, si la vie c'était ce que j'éprouvais en ce moment, c'était effectivement un châtiment.

Je décidai alors d'agir. Si je ne pouvais pas appeler au secours peut-être pouvais-je faire parvenir un message à l'extérieur. Si tant est qu'il y ait du monde. Je tâtai autour de moi à la recherche d'un outil quelconque pour frapper la paroi. Je ne trouvais rien sauf une corde, à laquelle j'étais attaché et dont l'autre l'extrémité semblait fixée quelque part.



Peut-être étais-je un spéléologue perdu au fond d'un siphon. La présence de cette corde m'amenait plus de questions que de réponses. Enfin, elle pourrait peut-être me servir dans mon salut.



Je me décidai à bouger, en m'aidant de la corde. J'avais beaucoup de mal à avancer. Je rampais difficilement. Je suffoquais à moitié, et me demandais si la direction qui m'avait été imposée par ce câble était la bonne. Sans lumière, sans eau et nourriture. Combien de temps pourrais-je tenir dans ces conditions ?



Je progressais ainsi pendant peut-être une vingtaine de minutes. Un bruit lointain me parvenait. Je tentais d'avancer dans sa direction. Après une progression qui paru durer une éternité, subitement, ce bruit me sembla plus proche et je pus le distinguer. C'était une sorte de halètement. La brave bête, le plus fidèle ami de l'homme. Il avait senti ma présence et devait m'attendre quelque part, à l'entrée de ce boyau, en compagnie de son maître et des autres sauveteurs.



L'espoir revenant, je redoublais d'efforts dans ma progression et les halètements se faisaient de plus en plus proches. De temps en temps, des secousses sismiques venaient perturber ma lutte et tentaient de me faire reculer mais j'avais désormais une volonté de fer.



Et d'un seul coup, de nouveau, l'horreur, la panique la plus totale, d'autant plus épouvantable que l'on ne sait pas d'où elle vient. Des mains, surgies de nulle part, avaient agrippé mes pieds et me tiraient en arrière. Celui qui m'avait saisi devait être un hercule car malgré une opposition farouche de ma part il m'entraînait dans la direction opposée à mon salut.



Je me retrouvais très vite à la lumière, ne comprenant toujours pas ce qu'il se passait. Mes yeux qui n'avaient pas vu la lumière du jour depuis longtemps me faisaient atrocement souffrir. En fait je souffrais de tout mon corps comme si tous mes nerfs avaient été mis à vif.



Mes angoisses, ma panique, ma fatigue, mes douleurs, ma peur de mourir, disparurent d’un seul coup, remplacées par la joie de vivre, le bonheur, l'insouciance, et par l'affection et l'amour des gens qui m'entouraient. Les mêmes mains qui m'avaient inspiré autant d'effrois et qui maintenant étaient amicales, me prirent et me posèrent doucement sur le ventre chaud et accueillant de ma mère.

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