samedi 12 juillet 2014

TOUJOURS CES VIEILLES FAIMS






Don Hong-Oai





   Dans le même temps qu'il convoite la lumière des forêts, le feu se gorge de fruits, de sauterelles et de fougères - jusqu'à boire du vin mauvais.

   Éclatante ou sourde, la douleur est brûlure, comme si son origine avait pris corps dans de la foudre dégradée...

   La patience aime la main et la main possède le pouvoir d'apaiser la patience.
   Alors de vieilles faims accourent aux fenêtres pour contester l'éternité...

   Le clair, le sombre, le dedans, le dehors :
   est-ce bien là ce contre-ciel, flanqué de mille portes,
   au bout de quoi celui qui peut dire se tait ?

   Par quelles dispositions on ne sait, mais quelques fois un mot devient adulte sans avoir connu de jeunesse et se veut mercenaire ou vampire d'un autre mot, celui plus fort d'arôme et de célérité.

                                                                   


                                         ***                                     



Que veulent nos mensonges ?
Et que pouvons-nous empêcher...

Au plus loin dans la plaine,
on aperçoit des fiancés qui vont,
salive au vent, oreilles nues,
dans la franchise du soleil.

Être prêt, être loin, si peu qu'il vaille...
Sait-on bien qui l'on rencontre,
et qui se trouve bientôt à l'écart des chemins ?

Le mal d'enfance :
un mélange de sucre et de sel.
Les seins navrés de la mauvaise mère.

L'eau et la mort sont choses anciennes.
Quel que soit l'ordre du passage :
elles nous disent où il convient d'aller.

Des souvenirs inguéris frappent aux portes des songes.
L'amour que l'on donne peut-il être compris ?

Des triangles d'argile.
Des mots vêtus de bure.
L'offrande du fleuve à l'égard des vivants.

Le jour monte. La nuit tombe.
Lui est lisard. Elle, plutôt diseuse.

Quelque chose se souvient de ce qui à jamais nous échappe.
Toute mémoire tient de l'étreinte d'un cercle et d'une pesanteur.





Roch-Gérard Salager

Extrait de Peut-on vivre si loin...aux éditions La Dragonne.

     

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