jeudi 27 février 2014

UNE NUIT D'ÉTÉ



Faim de nuit - Photo et texte de Christian Cosberg





passé la colline
les clameurs de la fête
s'estompent
*
il est cette ombre
qui s'enfonce
dans les hautes herbes
*
couper
à travers champs
une vieille habitude
*
sur la route
mangée d'ombres
le silence enfin
*
à un moment
rien d'autre
que la nuit
*
au loin
une lumière tremblée
mesure les ténèbres
*
revenir
chez soi
la seule quête
*
des bruits d'ongles
sur le bitume tiède
son chien
*
devant la porte
ses parents
refont le monde
*


à l’étage
parmi les ombres
sa sœur endormie 

*

tout est si calme
tranquille
il partira demain




Christian Cosberg
 
 

mardi 25 février 2014

DEMAIN LE COQ SE TAIRA





Kestutis Kasparavicius





assez de bois
pour parvenir au printemps -
narcisses en fleurs


*


elle sait
qu'avec le grand vent
elle ne trouvera pas le sommeil


*

 
parfois un crapaud
ou une grenouille
au fond de mon ventre


*


ah comme il sent bon
ce vieux traité
de botanique


*

 
de livre en livre
s'effeuille
ma vie


*

lattes brisées
deux piles de livres
pour les remplacer


*

sommeil proche -
mes désirs enfin
a portée de mains


*


je m'endors
Merlot sauvignon
en bon narcotique




le vent hurle
et le volet crie -
demain le coq se taira






Philippe Quinta

vendredi 21 février 2014

SANG D'ENCRE





Sang d'Encre - Photo et texte de Christian Cosberg






lame aiguisée
au fil des montagnes
les coups de poignard du vent



*



crécelles de bois mort
leurs derniers chants bercent
les tendres pousses



*


nouveau chemin
trois jours que je piétine
vers l’inconnu



 *



grand vent
toute la plaine
pour théâtre


*


sur le chemin déjà
chacun de mes pas
frappe à ta porte








 Christian Cosberg

mercredi 19 février 2014

JARDIN D'OISEAUX












les violettes
ils s'agenouillent
pour les sentir

 
*

 
"J'entends un oiseau
qui picote "
c'est un pic qui tambourine

 
*

 
deux haïkus
chuchotés simultanément
dans ses oreilles

 
*

 
le poireau sauvage
passe sous
toutes les narines

 
*

 
un couple de pies
l'annonce d'en haut
le printemps

 
*

 
rares ceux qui s'allongent
face au ciel
préfèrent l'herbe


*

  
Violette a vu
des violettes
près du ruisseau

 
*

 
il ne dit pas l'eau court
il dit l'eau tremble

 
*

 
ils n'ont pas de mots
pour dire la brise
qui agite l'herbe

 
*

 
deux merles gras
s'échappent
d'un vieux mûrier

 
*

 
pas un nuage
dans le ciel bleu –







Philippe Quinta

 




 

lundi 17 février 2014

Objets poétiques





"objets poétiques", photo et texte de Christian Cosberg





à l'abri du vent froid
le réconfort
d'un vieil édredon


*


fin d'essorage
mon linge prêt
pour une sortie dans l'espace


*


enfouis
sous un tas de linge sale
les beaux jours


*


sous le ciel gris
la patience
du caillou blanc


*


vieux calendrier
une croix sur chaque jour
un vrai cimetière


*


feu de bois
seules les ombres
tremblottent


*


chaussée mouillée
les reflets colorés
d'un monde de traviole


*


grand froid
si loin
les îles Grenadines


*


corbeille à pain
des jours anciens
que des miettes





Christian Cosberg

 

dimanche 16 février 2014

Toujours quelqu'un de bien


   Il fait doux ce soir malgré le grand vent qui souffle et sarabande au dehors. Un rien de chaude nostalgie me tombe dessus, gentiment, et me guide vers Deux, le magnifique album d'Enzo Enzo. Voilà, j'écoute le succès qui nous l'a fait connaître, tendre et sensible, à l'égal de sa voix.


samedi 15 février 2014

Menuiserie d'ombres





Image du film Renaissance





menuiserie d'ombres
la nuit
inlassablement
rabote les angles









Christian Cosberg


vendredi 14 février 2014

Ciel de traîne




Photo et texte de Christian Cosberg








printemps
en moi chemine
l'impatience des fleurs



*



ricochets sur la mare
tous ces cailloux
privés de soleil et de vent...



*



amandiers en fleurs
la page de garde
du printemps


*


éboulis de minutes
avalanche de secondes
et pourtant je n'ai pas une heure à moi



*



pain perdu
le goût de l'enfance 
retrouvé






Christian Cosberg




mercredi 12 février 2014

mardi 11 février 2014

Cheveux mouillés







cheveux mouillés
tes baisers
en cascade






Ito Shinsui -Washing the hair




Christian Cosberg
Publié dans le recueil Amours aux éditions Forgeurs D'étoiles



L'Empire de la pluie... contre attaque







Photo et texte de Christian Cosberg






dix février
dis-moi
dis-moi tout de la pluie...



*



toit de tôle
la pluie dans son grand numéro
de claquettes



*



la pluie
l'écouter
jusqu'au sommeil



*



ce matin
petite ondée
de paroles amicales








Christian Cosberg

lundi 10 février 2014

Ethno-polar ou… polar exotique ?



De quelques soucis concernant la (les) définition(s) !?

Le dictionnaire Robert propose comme sens "moderne" à l’article ethnographie  : Étude descriptive des divers groupes humains, de leurs caractères anthropologiques, sociaux, etc...
Ainsi, Pierre Magnan (à qui nous avons consacré une séance) est-il à classer dans le polar ethnologique ? Et Nick Tosches le spécialiste de la Mafia ?
Quand j’écris sur la course camarguaise dans 13, Cours des chevaliers du mail, peut-on le classer dans cette catégorie ? Je répondrais trois fois oui. Surtout quand on revient sur le fait que "depuis les années 80 on est passé d’un patrimoine de type national à un patrimoine social", comme le théorise Pierre Nora *
Ainsi les occasions d’appartenir à ce sous-genre du polar sont multiples et passionnantes. Cela peut concerner :
•    des lieux : Les Thermes de Manuel Vazquez Montalban,
•    des microcosmes : Body d’Harry Crews à propos du culturisme ou le Hollywood du cinéma de Stuart Kaminsky dans L’Affaire Howard Hughes par exemple, ou encore le monde des courses de chevaux cher à Dick Francis
•    des traditions comme Le Palio, prétexte à Place de Sienne, côté ombre de Carlo Fruttero et Franco Lucentini
•     un métier, tel celui de flic dans l’admirable Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous de Laurie Lynn Drummond.

L’autre question en suspens concerne l’origine de l’auteur, dès lors qu’il n’est pas du coin ou du peuple observé ! Deux exemples : l’anglais Timothy Williams qui nous balade autour du lac de Garde, ou l’américaine Donna Leon et sa série sur Venise dont l’un des titres est tout à fait évocateur,  Mort en terre étrangère ?
Les auteurs cités témoignent de ces ambivalences et de cette diversité de points de vue.

[ Pour lire la suite, cliquez sur Plus d'infos, ci-dessous ]


samedi 8 février 2014

Tête haute






allongé dans l'herbe -
J'abandonne les nuages
pour une mésange




Dessin de Silouane Quinta




Fleurs d'amande






Photo et texte de Christian Cosberg





février
leurs sourires
dans ce matin blanc


*


sur le chemin
seul
avec le matin blanc



*


amandier en fleurs
une éclaircie
au bout du chemin



*


amandier en fleurs
mes yeux se baignent
dans sa lumière






Christian Cosberg


 

jeudi 6 février 2014

Fondu au noir





Sultry Day, de Paul Landacre






burka
même sous le soleil
la nuit




*



nuit noire
quelques étoiles
tapies dans la plaine



*



sangre de toro
y pata negra
esta hambre de noche



*



nuit noire
au plus près
de l’immensité



*


nuit d'hiver
l'ombre des cyprès bien au chaud
dans le salon



*



mon sourire
dans le petit matin
bossa nova et café noir








 Christian Cosberg


mercredi 5 février 2014

Les longs cheveux de ma fille





  
Jian Chongmin



deux éternuements 
sur le petit jour -
la maison se réveille




*





la table dressée dehors
le vent de janvier aussitôt
la débarrasse



*



fin du premier mois -
le vieil homme plaint
les bourgeons éclos



*



le volet grince et claque
il est temps de quitter le lit



*



vieillissant 
j'habite mon souffle
de mieux en mieux



*


douces
ces petites éternités
matinales


 *




jamais coiffés pareils
les longs cheveux 
de ma fille



*



 l'ami c'est celui
dont la silhouette lointaine
déjà vous fait du bien






Philippe Quinta

 

Règle de Troie





RÈGLE DE TROIE
TOUJOURS MISER
SUR LE BON CHEVAL












mardi 4 février 2014

Que nous manque-t-il ?




Les ailes du désir, de Wim Wenders




    Que nous manque-t-il ?
   Tant de choses, n'est-ce pas, que la discipline des fluides disperse ou rassemble...
   Que pourrait-il encore manquer à la lumière ?
  Et qu'en fut-il de ces regards primitifs, rythmés par les tambours d'un monde neuf, aussitôt infléchi ?

   Certes, il y a les vivants...
   Certes, il y a les morts !
  Mais ne s'en trouve-t-il pas d'autres, ni morts, ni vivants, inédits en somme, ayant connu tous les imaginaires, jamais en peine et, surtout, dispensés de besogne ?
   Et de soif et de faim !
  S'ils existent ceux-là, les aura-ton jamais pour proches, ou bien même, seulement, comme amis ?






Roch-Gérard Salager
Extrait de Peut-on vivre si loin...aux éditions La Dragonne



lundi 3 février 2014

Entre deux vagues





Hiroshige, Hommes sous la pluie





cinq minutes encore
assis tout au bord
du matin qui passe



*


un peu de soleil
entre deux vagues de pluie
le temps de dire ouf



*


patisserie
trois bouts de chou
devant la vitrine



*



fleurs d’amandier
des frères et sœurs
à n’en plus finir



*



sur nos petites blessures
le souvenir
de ton souffle léger






Christian Cosberg