jeudi 29 mai 2014

MARCHÉ AUX PUCES




Myoe Win Aung



marché aux puces
ses souvenirs d'enfance
à cinquante centimes d'euros


*
 

marché aux puces
une collection de poupées
fait le trottoir


*
 

marché aux puces
sur le trottoir d'en face
des barbes à papa


*
 

marché aux puces
dans une boîte à chaussures
ses bouquins de Terminale S


*
 

marché aux puces
un vieux Larousse
n'a pas vu le temps passer 


*
 

marché aux puces
trois mètres de trottoir
trente paires de chaussures


*
 

marché aux puces
demain une autre qu'elle
portera son corsage à fleurs


*
 

marché aux puces
combien de fois a-t-il changé de mains
le vieux tricycle rouge


*
 

marché aux puces
son parfum je le respire
gratuitement


*
 

marché aux puces
son manteau d'hiver
ne trouve pas preneur


*
 

marché aux puces
cette année
un mètre supplémentaire


*
 

marché aux puces
smart phone à l'oreille il négocie
un vélo d'appartement


*
 

vide grenier
elle vend ses puces
il en achète d'autres







Franck Vasseur


mardi 27 mai 2014

LES ROSES ET LES ÉPINES




Photo d'enfance - Monique Junchat



Fête des mères
les roses
et les épines


*

 
Dans mon bocal
je caresse
tes galets



*

 
Celui-ci
avec le chat-
Un jour de bonheur



*

 
A quatre heures
les entremets
Alsa



*

 
Parfois d'un coup
tes éclipses
de lune



*

 
Là où tu es
le granit
toujours rose



*

 
Fête des mères
le fond de l'air
est frais






Monique Junchat

 

TRISTE MINE




Triste Mine - Photo, dessin et texte de Christian Cosberg




triste mine
tout au bout
d'une nuit de sel


*

 maison en ruine
ici mûrit
le temps des ronces


*

chaque matin
ce chemin familier
dont on ne sait rien


*

chez elle
toujours ce sourire
de gamine


*

demi-tour
la plage de sable blanc
noire de monde


*


parking du supermarché
les courses
d'une bande de corneilles


*


lever paresseux
le petit matin encore
chemisé de brumes





Christian Cosberg  


samedi 24 mai 2014

SUITE COMME ÇA





Sottovento Club - Photo de Maurizio Torazza




Jazz dans la ville
le vent
aussi


 *

 
Le trombone à coulisse
avale
la lune


*

Saké, téquila
deux fois plus
d'étoiles


*

Sur le chat
dans ma gorge
je resserre mon écharpe


*

Dans la cour
de l'hôtel particulier
toi, en particulier




Monique Junchat

jeudi 22 mai 2014

WOHLFAHRT & BOIN : CHRISTIAN MARTEL









retenez ces dates dans vos agendas!

nous invitons quelques amis artistes à exposer 
dans nos locaux de Saint Quentin la Poterie
les 30,31 mai et 1er juin 
Il y aura un vernissage avec concert 
le vendredi 30 à partir de 18h30
venez nombreux!

au plaisir de vous voir bientôt
Laure et Michel

--

0 33 (0) 6 69 02 69 53
350  Chemin des Pins de Bataille  
30700 Saint Quentin la Poterie

DIEU EST UN GOLFEUR






Dieu est un golfeur - Photo et Collage de Christian Cosberg





Big Bang
Dieu
pyrotechnicien de formation


*

depuis son balcon
le vieil homme engueule Dieu
les hommes et son chien


*

 les uns ont trop chaud
les autres trop froid
et en plus
Dieu
vomit les tièdes


*

Dieu merci
nous n'avons pas le JT
des autres planètes


*

Dieu
dans la troisième
à 50/1


*

à la verticale de la Suisse
Dieu
et son compte en cieux



*

goûter du dimanche
au sortir de la sieste
Dieu créa la tarte aux pommes



*


Croix du sud
et si Dieu se cachait
dans la "boîte à bijoux"*





*La Croix du Sud est une petite constellation de l'hémisphère sud, la plus petite de toutes les constellations dont un amas d'étoiles est appelé « la boîte a bijoux » .(wikipédia)








Christian Cosberg


dimanche 18 mai 2014

Poème sans rime ni raison








Pour un poème
Sans rime ni raison
Sans pied, sans vers
Un poème qui boite
Un poème qui ne casserait pas
trois pattes à un canard,
Un poème avec ou sans pied

Un poème avec deux pieds
Un poème sans ruine ni maison
Un poème avec boîte
Un poème sans boîte
Un poème sur trois pattes
Comme les gais ridons
Un poème sur quatre pattes
Comme les petits d’homme
Ou à cinq pattes comme les moutons
Ou à cent pattes, pour l’épate
Un poème avec des vers, des verres et des verts

Un poème aux mille pattes
Avec un pied pour chaque patte
Et au moins quelques pattes de secours: (selon l’expression bien connue « tu dois bien avoir un paquet de pattes ? ») pour le cas ou le mille pieds  se casserait une patte
Un vers, deux vers, trois vers…et comme ça jusqu’à la fin
jusqu’à la fin des pattes dirait le mille pattes
qui recompterait ses pattes pour voir si par hasard on ne l’aurait pas volé d’une patte
ou si le marchand ne se serait pas trompé de paquet ou de marque de pattes et qui douterait, et qui recommencerait depuis le début une fois à la six centième, une fois à la neuf cent quatre vingt huitième, et qui se rendrait compte qu’on lui a greffé par-ci par-là, parce qu’il ne restait pas autre chose, une coquillette un spaghetti ou une lasagne… Vous avez déjà vu vous un mille lasagnes marcher à quatre pattes ?
- Moi non plus d’ailleurs
Il serait forcément boiteux ce mille pattes boiteux :
Une, ploc, trois, ploc, cinq, ploc, etc. etc. etc. Ça en ferait des plocs, et ça en ferait des etcetera
- Si, si, recomptez  vous verrez !
Et toutes ces béquilles, hein, toutes ces béquilles ? Cinq cents béquilles à condition que le mille pattes soit bien élevé et boite bien une fois sur deux, mais…imaginez, imaginez. Ah ! Vous voyez bien : quel bordel !
[ Pour lire la suite cliquez sur Plus d'infos, ci-dessous ] 

vendredi 16 mai 2014

Jean-Marie Frappereau : nouveaux numéros de téléphone : 06 74 70 16 71



 Jean-Marie Frappereau écrit dans Point Critique et vous connaissez déjà son esprit et son humour aiguisés au travers de ses billets mais il est aussi celui qui, grâce aux thérapies manuelles telles que l’ostéopathie et la kinésiologie, peut en cas de pépin vous remettre sur pied. C'est son boulot. C'est comme ça qu'il gagne sa vie. Il se trouve qu'à la suite d'un imbroglio légèrement kafkaïen  sa ligne de téléphone fixe n'a pas fonctionné pendant quelques mois. Ce billet a pour but de vous faire connaître ses nouveaux numéros de téléphone.

Jean-Marie Frappereau
Thérapies Manuelles                     06 74 70 16 71
1, rue Alauzet                               
34000 Montpellier                         0980 36 37 30
         

                              


FORFAIT ILLIMITÉ





Forfait illimité - Photo et texte de Christian Cosberg





plainte lugubre
ma vieille porte a fait
le Cours Florent


*


huit jours de vent
j'attends qu'il s'arrête
pour souffler


*


l'infinie patience
des mots qui attendent
sans rien dire...


*


endormies
je ne sais où
~ mes pensées vagabondes


*


chaque matin
ce chemin familier
dont on ne sait rien





Christian Cosberg


mercredi 14 mai 2014

JUSTE AVANT LA NUIT






Juste avant la nuit - Photo et texte de Christian Cosberg






au petit matin
loin dans les terres
comme dans les bras d'une femme


*


toute ma vie
égarée
dans un jardin de roses


*


du marché
je ramène une joie
toute rouge
trois poignées
de cerises


*


ces pétales de rose
dans ma poche
mon trésor


*


photo volée
le bonheur
toujours
se dérobe




Christian Cosberg

mardi 13 mai 2014

TROIS HAÏKU DE NUIT


Maison dans la nuit, Christian Cosberg



emmailloté
dans le bruit du vent
~ l'enfant s'endort
 
 
 
 
 
flanc de colline
la fumée presque bleue
d'un monde inconnu
 
 
 
 
 
minuit
sans toi je vis
dans une pâle copie du monde
 
 
 
Christian Cosberg
 

lundi 12 mai 2014

Le Gecko de Marie-Hélène

  

 J'ai vu ce superbe gecko sur le mur de son salon, et je lui ai tout de suite demandé si elle voulait bien lui offrir un petit voyage immobile sur Point Critique. 

   Gecko, Photo et mosaïque de Marie-Hélène Auriac
   
   Je ne sais plus combien de temps Marie-Hélène a passé à le réaliser -la mosaïque est une technique qui demande beaucoup d'efforts et de patience- à le mettre au monde, à le rendre réel, lui qui n'est qu'une image de la réalité mais  aussi bien plus que la réalité. L'art, aussi modeste se veut-il, témoigne de notre appétence esthétique, de ce besoin vital, profondément humain, de sublimation du réel. 
   Merci, Marie-Hélène, pour cette œuvre et merci de l'offrir en partage aux lecteurs de Point Critique.

samedi 10 mai 2014

Le tombeau


La nuit au mas. Dessin et photo de Christian Cosberg




       Sa photo retrouvée dans une boîte en carton parmi des coupures de presse qui parlent de ses premiers succès. C’était le début de leur histoire. Elle revoit le mas trente ans plus tôt, trente ans déjà, trente ans de trop…
Ils avaient passé quinze jours, ici, au milieu des pins, face à l'étang, pour la première fois ensemble.
    Ces après-midi d'été ils se claquemuraient dans le mas et se repliaient dans la chambre la plus fraîche, celle qu’ils appelaient "Le tombeau". Ils étaient si jeunes, si jeunes et si beaux, pleins encore de ce feu primordial qui aujourd'hui n’existe plus qu’à l’état de traces. Ils passaient le plus clair de leur temps à s’aimer et ils buvaient des litres d'eau, parfois des orangeades ou des sodas, comme pour prolonger l'enfance, cette enfance qui refluait un peu plus à chaque nouvelle étreinte. Ils s’étaient aimés si fort. Elle se rappelle qu’ils dormaient des heures, jusqu'à la nuit, pour s'aimer encore et encore. Vers dix heures du soir, ils rejoignaient des amis dans quelque restaurant sur le bord de mer et dévoraient crabes et langoustes avec un appétit de fauve. Ils buvaient, riaient. Les soirées se terminaient en longue marche sur la plage, par un bain de minuit qui, à nouveau, les poussait dans les bras l'un de l'autre. A quelques mètres de leurs amis, qui agissaient de même, ils faisaient l’amour dans une eau complice, au milieu des vagues, perdus sous les étoiles, parfois des petits poissons filaient entre leurs jambes.
   Comme ce temps est loin. Si loin qu'il ressemble à un rêve. Tout à l'heure, son coup de fil pour lui dire que le financement de son nouveau film est une galère sans nom, pour lui dire qu'encore une fois il ne pourra pas la rejoindre plus d’une semaine, ce qui, elle le sait, ne fait dans sa conception toute personnelle du temps, tout au plus, que quatre jours, quatre petits jours d'été.
   Ses absences trop longues, son absence, elle ne les supporte plus. Elle ne sait plus ce qu’elle fait dans ce mas désert, seule à attendre tout le monde : leurs amis, leurs enfants et lui. Elle a le sentiment, plus que de solitude, de s’être  perdue, de s’être égarée en cours de route. De l'été, il ne reste plus que le feu implacable, "le tombeau" est devenue une chambre comme les autres, il y a maintenant la climatisation dans toutes les pièces.. Le feu continu dehors mais en eux que reste-t-il ? Elle sait que tout se transforme, que c'est dans l'ordre des choses. Mais elle lui en veut, au fond c'est ça, elle lui en veut d’avoir fait sa vie à côté d’elle, "son œuvre", son besoin de laisser des traces, ce besoin de dépassement qui la dépasse et la laisse loin derrière...
   Tout son charme, son enthousiasme, son ambition, ses rêves, tout cela aujourd'hui la fatigue. Elle s’est trompée sur son compte et sur le sien. Elle a peur de ces pensées qui la traversent et crucifient leur histoire, comme on coche une case dans un contrat quelconque, pour dire j'accepte, j'accepte de tout foutre en l'air. Mais voilà à quoi elle pense en l'attendant, voilà ce qu’elle jette sur le papier avant d'en faire des confettis, d'effacer la trace matérielle de ses ressentiments et de son désespoir qui sont bien les seuls à l'étreindre dans cette après-midi de feu… Et puis un sourire vient se poser sur ses lèvres, cet amour qui sommeille à jamais dans le tombeau, cet amour qui la touche encore, ce feu là, désormais inaccessible, n'est plus qu'une étoile lointaine perdue dans un ciel d'été...mais il ne peut mourir. Peut-elle s'en contenter aujourd'hui ? Aujourd'hui, oui, elle le peut encore...Elle sort sur la terrasse et, dans l'ombre du tilleul,  s'abandonne au chœur des cigales, ses pensées s'y dissolvent enfin, elle finit par sombrer dans le sommeil. A son réveil, il sera là, souriant, elle l'attend, elle attend son baiser, elle attend ses bras, ses mains sur sa peau et le son de sa voix.


Laura Breitwieser


mardi 6 mai 2014

AUTOUR DU HAÏKU







Autour du haïku - Photo et texte de Christian Cosberg





un petit monde
dix-sept syllabes offertes
comme un bouquet


*


quai de gare
haïku du matin
entrain


*


modeste
le haïku décroche
le pompon


*


sous le manteau
écouler
des haïkus de contrebande


*


В середине ночи
он пишет один Хайку

по-русски

  
au milieu de la nuit
il écrit un haïku
en russe


*


le haïku
se noie dans l'encrier
le haijin mange des fraises


*


vitesse de la lumière
haïku
Philips


*


jour d'Ascencion
une floppée de haïku
posés sur les cîmes


*


le haijin coule à pic
avec son haïku
de Trafalgar


*


nuit étouffante
vite trouver un peu d'air
dans les haïkus du nord


*


parfois le haïku
est ce tout petit oiseau
qui chante si fort


*


haijins
méfiez-vous du terrible
haïku du lapin


*


sur la neige
le haïku
d'un oiseau inconnu


*


haïku
l'addiction
en trois lignes


*


panne de courant
le haijin bricole un haïku
avec des lucioles


*


trois haïkus
au lever
mon médicament


*


vends haïku
dix-sept syllabes ouvertes
sur un grand jardin


*


pêche à la ligne
petite bagarre
avec un haïku sauvage







Christian Cosberg







vendredi 2 mai 2014

AH ! LES BEAUX JOURS !






Ah ! Les beaux jours ! - Photo et texte de Christian Cosberg






notre vie météore
dans ce petit monde bleu
~ ton baiser brûlant


*


combien de temps 
restera-t-elle l'odeur du tigre
couché dans l'herbe


*


ce matin
le vent a des tas de choses
à dire


*


traversée de la ville
de toutes ses rues
je fais un chemin


*


et me voilà
dans ce matin
seul avec le vent


*


grand vent
les pinces à linge
serrent les dents







Christian Cosberg