dimanche 17 août 2014

A RUNGIS - TROIS HEURES DU MATIN





Pieter Bruegel l'Ancien - Le repas de noces







   A Rungis si tu aimes la bonne chaire, tu es obligé d'avoir faim. Aujourd'hui nous n'étions pas en plein rush mais imagine 230 hectares de surface de vente de denrées alimentaires fraîches... Durant la quinzaine qui précède noël et le jour de l'an c'est un véritable spectacle ; le plus gros marché de la planète à la plus grosse période de l'année... Carcasses de charolais côtoient poulardes et chapons de Bresse... des poissons de ligne ou de petits bateaux arrivent de tous les ports de France, tous dégueulant de fraîcheur. Des fruits exotiques aux couleurs aussi criantes que leurs noms sont barbares remplissent les pavillons... Un monde à l'intérieur duquel on se prend à rêver. Banquets dignes d'un César romain, ou repas fins et raffinés au cours desquels chaque bouchée laisse exploser une saveur nouvelle, tout est là à portée de ta main si tu as le talent... Mais surtout à Rungis, au-delà de ces considérations pantagruéliques, il y a des "hommes"... Tu y rencontres des vendeurs dont la passion brûle plus haut et plus fort qu'un bûcher de la Saint Jean sur une colline alsacienne. De minuit à midi ils sont là sur la dalle à serrer des mains, marquer des prix et noter des commandes... ils gouaillent le chaland juste pour l’appâter et alors, alors seulement, commence la danse des colis qui rejoignent les camions.


Rungis trois heures
le louchébem parle largonji *
j'ai faim



*



Rungis 5 heures
rires, tripoux et bourgogne
réchauffent les cœurs





Yann Redor

*
Le louchébem ou loucherbem, dans son nom complet largonji des louchébems (« jargon des bouchers »), désigne l'argot des bouchers parisiens et lyonnais de la première moitié du XIXe siècle. Le louchébem reste de nos jours connu et usité dans cet univers professionnel. (Source : Wikipédia)

4 commentaires:

  1. Réponses
    1. Je ne connaissais pas ce texte. Tres bon choix de la part de Christian.

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  2. Un vrai plaisir ! Bravo, monsieur Redor ! J'eusse aimer en lire plus tant votre verbe et votre verve nous emporte dans ce monde que j'ai un peu connu. Je retrouve toute l'ambiance de Rungis, un monde à part. Grâce à vous, je remonte un peu le temps...
    Raoul Thiéblain

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  3. Je ne connaissais pas ce texte. Du pur Nomade!

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