mardi 19 août 2014

MON CŒUR DE FILLE





Jeffrey T Larson




Sa main de chat
n'effraie pas les oiseaux
qu'il dessine


*


Piscine
à l'heure du thé
il boit la tasse


*


Nager sous la pluie
quand toi et l'eau ne font qu'un
sillage des gouttes
  


*
 


Sous ses baisers
elle découvre une langue
étrangère



*



Jardin en vacances
les liserons se disputent
la place aux benoîtes



*


ses joues
après la tonte
deux pivoines



*



Scanner aux yeux
elle mélange les lettres
du diagnostic



*


chant du coq
dans le cimetière
rien ne bouge



*


dans le vent tiède
des cris d'enfants surchauffés
- butttttttttttttttt



*


Coquille vide
parti en vacances
l'escargot



*



Ô quelle folie
les myosotis de fleurir
dans le haut gazon



*


Balle aux prisonniers
entre les bosquets d'iris-
mamie aux aguets



* * *




Myoe Win Aung




ton crâne d’œuf
petit piaf
papa chéri



*



Cartes distribuées
au jeu des sept familles
je demande le père



*



Visage grimaçant
le soleil remplace
la douleur



*



Bouquets d’iris
leur dégradé parme bleu
dans mes yeux humides


*


Taxi ambulance
les pronostics aux fenêtres
reviendra ou pas



*



À chaque saison
la mission d’espoirs nouveaux
et d’amnésie douce



*



A côté du lit
la rose Queen Elizabeth
cueillie au jardin



*



Pensée du matin
toujours adressée à toi
cloué sur ce lit



*



Son conseil du soir
toujours manger de la glace
avant de pleurer


* * *


il meurt doucement
en fixant la Voie Lactée
sa chambre est cosmos


*
 
do do l'enfant do
dans les couloirs chamarrés
des soins palliatifs


*
 
un dernier café
juste avant le grand périple
pour prendre des forces



Tsuchiya Koitsu




* * *




Les belles oiselles
sur leurs guiboles bronzées
font piailler les mâles


*


Juin la révèle
aux feux de la Saint-Jean
la vieille chapelle


*


Mon deuil est doux
une allée d'hortensias
et deux lévriers


*


Roulis du hamac
la caresse de l'herbe sèche
sous ma paume


*


Ses cheveux emmêlés
sentent la paille
du nid


*


Ma bicyclette
pousse la chansonnette -
roue voilée


*
 

La table bancale
les vers - impairs
et gagnent


*


Œillets de poète
en anesthésie locale
mon cœur de fille







Florence Houssais

 

2 commentaires:

  1. Moi qui découvre cette poésie brève que l'on nomme haïku, je suis épaté ! Et de plus en plus curieux de découvrir tous les auteurs publiés dans ce blog. Très beau et émouvant récit, madame Houssais !
    Raoul Thiéblain

    RépondreSupprimer
  2. Merci Raoul. Je découvre seulement aujourd'hui vos mots. Bel été.

    RépondreSupprimer