vendredi 26 septembre 2014

QUAND REVIENDRAS-TU ?




Félix Valloton - Le dîner





La maison pour moi
seule -- comment apprivoiser
la "pour moi seule" ?



*


Nuit sans lune --
les étoiles scintillent
à l'aveuglette



*


Silence. Le chant tu
du vieux merle sur la branche --
ma vie envolée



*


Nos vies dans les arbres :
d' ascendants lointains, et jusqu'
au

  dénuement.



*



Le temps change nos
vies en temps -- pour quoi ?



*


Jour surpris par les
ombres -- lente, la nuit se déploie
en son regard sombre.



*


Ce bleu ruisselant
d'éclairs et d'éclats solaires --
été jusqu’aux yeux.



*


Temps pluvieux --
un pan de ciel noir
pend aux fenêtres.



*


Le ciel nu pleure
sur la joue de la mer et
il pleure encore…



*


Les roses blanches
font le mur au soir tombé --
je sens leur parfum.



*


Souvenirs en pluie --
couleurs mêlées aux parfums
de notre enfance.



*


Plein soleil dehors
nuit d'orage et pluie dedans --
S'en tenir aux seuils ?



*
 

Douce rêverie
Illuminée de ciels bleus
aux soleils couchants.



*


Le soir fait son lit
de bruyère et de mousse
verte -- un nid sans toit.



*


Le ciel se voile -- à
voiler ses yeux clairs
une tristesse suffit



*


Le soleil décline
et mon chat s'est endormi --
Si lourd, ce silence



*


Un oiseau épie
au rebord de la fenêtre --
miettes de silence



*


Un oiseau chante
dans l'arbre qui frissonne --
mon cœur comme feuille.



*


Voiles au vent du
soir -- entre doute et caprice,
tracer un chemin



*


La ville au matin :
essaim d'ailes sur le fleuve --
un orage en mer



*


Barque sur le sable --
le gris invoque le bleu
et le bleu le vent.



*


Silence des murs --
le long soliloque de
Mère l'araignée...



*


Vent rôdeur et gris
d'une aile à l'autre - et si gai ! -
maraudeur de feuilles.



*


Ces herbes mortes
sur le pas de ta porte...
~ Quand reviendras-tu ?







Ananda Doe


mardi 23 septembre 2014

OUESSANT





Hokusai






Ouessant
le soleil se couche
à tes rochers


 *


Ouessant
tes entrailles respirent
du souffle des embruns


*


Ouessant
entre les rochers et la corne
rampe la brume

*

Ouessant
toucher les premiers nuages
du bout des yeux


*


Ouessant
tournent les éclats du Créac'h
même sans vent


*

 
Ouessant
soleil éclaté dans la nuit
le Créac'h veille


*

 
Ouessant
entre deux eaux
ciel et mer


*

 
Ouessant
le bout d'un monde
- l'autre la mer


*

 
Ouessant
nargue Brest sous une pluie
de soleil


*

 
Brest
et sa rue de Siam
Ouessant à l'ouest !


*

 
Ouessant
allume tous ses phares
comme on éteint une lampe


*

 
Ouessant
vieille sur vous marins
- ex-voto


*

 
Ouessant
purgatoire
entre l'enfer et le paradis


*

 
Ouessant
petits moutons
noirs


*

 
Ouessant
le début d'un autre monde
une île


* * *


 
premières noisettes
Elles craquent sous mes dents
sans leurs jupes vertes





un goût de trop peu
ces noisettes sont bonnes
des bonbons de nacre



*


au clair de ma lampe
capturer quelques noisettes
leurs petits culs roux
 


* * *



Les mains dans les poches
retrouver un peu de sable
- l'or d'un château



*


Au bout de mon nez
citronnelle et moustiques
se disputent la nuit
 


*


Dormir dehors
et rêver en trois D
berceuse du vent
 


*


Contre le lampion
le papillon bat des ailes
tam-tam dans la nuit



*


Pendant mon sommeil
le ciel s'est envolé -
brume du matin



*


 
Dans le jour qui baille
quelques corneilles croassent
une pie voleuse




*


 


 La terre transpire
sous le soleil au zénith
ne tremble que l'air







Sophie Dchd

 


samedi 20 septembre 2014

CHEVEUX BLANCS






Édouard  Boubat






"Cheveux blancs"

(Le journal d’un papa)



 Ça y est, c’est le grand jour !

 Ne rien oublier, les fenêtres sont bien fermées, j’ai éteint toutes les lumières. Je n’ai plus qu’à donner un tour de clef.

 La valise dans une main (elle est prête depuis plus d’une semaine), la laisse de la chienne, toute contente d’être du voyage, dans l’autre.

 On se dirige vers la voiture, ma femme se cale sur le siège passager et la chienne saute sur la banquette arrière, à côté de la valise.

 Ne pas confondre vitesse et précipitation, mais ne pas perdre de temps : direction la maternité !

M’a offert son ventre
tendres et douces caresses
son ventre arrondi



 C’est par cette belle nuit de printemps que je vais devenir père. Un grand saut dans l’inconnu, de nouvelles responsabilités ! Mais ce n’est plus le moment de se poser des questions car après avoir enfilé une grande blouse verte et des sur-chaussures, je rentre dans la salle de travail où mon épouse m’a précédé et déjà en position, écoute les conseils de la sage-femme.

Mes lèvres posées
sur son joli ventre rond
futur petit homme



Nous étions partis à trois, mais par « un prompt » (neuf mois quand même) renfort, nous rentrons à quatre à la maison.

La famille, les amis sont venus féliciter les heureux parents et voir « le petit premier ».

 Les sempiternelles questions : « Mais à qui il ressemble ? », « Vous ne trouvez pas qu’on dirait… ? », me font sourire car je me souviens de ce que mon grand-père disait à voix basse (bien sûr) en de telles circonstances : « Par devant au papa, par derrière à toute la famille ! »

 Mais ces sourires font place aux premières inquiétudes.

 C’est vraisemblablement à cette époque que les premiers filaments blancs sont apparus.

Je guette son souffle
sortie de maternité
la première nuit



 Un petit rot insuffisant ou bien quelques coliques et voilà qu’il faut se lever !

La nuit sera courte
pour la mère à son chevet
son nourrisson pleure



 Une fois le devoir accompli de la dernière tétée, du rototo sur l’épaule ; que ces nuits presque complètes semblent bonnes !

La douce quiétude
de ce matin de printemps
l’enfant endormi



 Et ce spectacle attendrissant de la maman qui allaite !

 Pour ceux qui regardent, car lorsque le chenapan décide de mordiller un peu trop fort le bout du sein, la maman se mord les lèvres.

 Douleur vite oubliée car cet échange entre la mère et l’enfant, rien ne pourra lui prendre.

L’enfant dans ses bras
sous le cerisier en fleurs
elle sort son sein



 Les poussées dentaires qui s’accompagnent d’un rhume et parfois d’une otite. La fièvre qui monte et l’enfant qui geint.
 Les filaments se multiplient !


Un gant vinaigré
la fièvre n’est pas tombée
malgré l’aspirine


 Le congé de maternité se termine.

 Vient le moment de la séparation ; il faut reprendre le travail et mettre son fils en nourrice. Et toutes ces questions : va-t-on bien s’en occuper ? Va-t-il s’y habituer ? Obligé de le sortir même quand il fait mauvais…

L’enfant endormi
sur l’épaule de sa mère
départ pour la crèche



 Heureusement, voilà les fêtes qui font oublier les soucis de la vie quotidienne et les filaments qui se muent en mèches argentées.

 Les premiers noëls dont il va se rappeler ; les cadeaux cachés au pied du sapin apparaissent une fois le Père Noël passé.

Rires des enfants
de grands yeux émerveillés
sapin décoré



 La joie de se promener sous la neige, l’aider à construire un bonhomme de neige en échangeant quelques boules.

 Tellement attentionné, que l’on ne sent même pas le froid.

 Les enfants s’amusent.

nez au ciel, bouche ouverte
flocons sur la langue
Un bon goûter et c’est reparti.


Chocolat fumant
l’enfant réchauffe ses doigts
sur le bol en grès




 Mais à trop rester dehors, pieds et mains mouillés, comporte des risques !

Sous sa couverture
l’enfant malade grelotte
demain pas de luge 



 On se relaie au chevet car l’angine est tenace, les congés de fin d’année se terminent en jouant au docteur. Il a droit au sirop et moi aux piqûres qu’il me fait consciencieusement avec sa panoplie d’infirmier.

 Attendre que le sommeil le gagne pour se reposer aussi.

Un chant languissant
elle berce son enfant
mais s’endort avant



 Enfin les grandes vacances arrivent. Un seul petit être en plus et c’est le double de valises : maillots de bains et tee-shirts s’il fait beau, lainages s’il fait froid et chandails… s’il fait entre les deux !

 Sans compter pelles et sceaux, ballon et cerf-volant…Et voilà la voiture équipée d’une galerie.

Mer à l’horizon
le voyage tire à sa fin
les enfants trépignent



 « Papa, tu viens jouer avec moi », juste au moment où envahi d’une douce béatitude, j’allais rejoindre les bras de Morphée, la tête à l’ombre du parasol acheté depuis peu.

La mer envahit
le château de sable
l’enfant songeur



 Il faut savoir profiter de ces moments car très vite ce seront les copains puis les copines et plus besoin de papa. Je sais bien, j’en ai fait autant avec le mien.

Courir sur la plage
insouciance de l’été
la jeunesse au vent



 En attendant c’est au tour du cerf-volant d’occuper son attention ; le faire s’envoler en courant dans le vent, tirer sur le fil pour qu’il prenne de la hauteur, lui faire exécuter des loopings.

 À lui de le tenir : « Regarde, papa comme il monte haut ! »

Le fil s’est rompu
cerf-volant en plein azur
l’enfant en pleurs



 Heureusement les bras de maman sont là pour effacer ce gros chagrin et avec une bonne glace à la fraise, il n’y paraîtra plus.

 Tout a une fin, c’est la rentrée et même la rentrée des classes.

 C’est comme ça tous les ans, une fois les études commencées. Au revoir sable fin et bonjour les cahiers !

Stylo à la bouche
dissertation à l’arrêt
rêves de vacances 



Les épaules basses
l’enfant regagne sa place
mauvaise réponse



Les saisons se succèdent



Chargé de noisettes
l’arbre attire les enfants
les poches pleines



Cagoules et bonnets
la cour est prise d’assaut -
récréation 



Premiers papillons
venus avec le soleil
un regard d’enfant



L’enfant ébahi
devant le feu d’artifice
les yeux constellés



Sur un banc public
des enfants autour de lui
un vieux musicien



De grandes glissades
la cour d’école est gelée
les joues écarlates




Les années passent, deux autres fils ont complété la famille, triplant ainsi le nombre de mes cheveux blancs.

Tic-tac de l’horloge
les cheveux blancs de ma mère
mes fils ont grandi





Chacune de leurs épreuves en est une pour nous aussi, parents.



C’est le mois de juin
attendre ses résultats
mon cœur bat plus vite



Le diplôme en poche
belle journée de printemps
la famille en joie




 Vient le moment tant redouté : lui passer les clefs de la voiture !

 Après lui avoir fait toutes les recommandations possibles ; ce qui l’énerve au plus haut point, le voilà parti sur la route.

 Et là non seulement, on a des cheveux blancs… mais en plus on les perd !



Permis réussi
première sortie nocturne
sans arrêt l’horloge





S’il y a une chose que je sais aujourd’hui...

L’enfant ne sait pas
de combien de cheveux blancs
il est responsable


maintenant, devenu père
je sais qu’ils sont très nombreux
 

Et je ne le regrette pas.



À mes fils.




Patrick Fétu

 


jeudi 18 septembre 2014

UN FRIGO SANS MAYONNAISE






Vladimir Kush







les betteraves
dit-elle
ça sert à rien



*



grenadiers en fleurs -
un couple se pose la question
du bonheur



*



Un frigo sans mayonnaise
______n'est ce pas comme un haïku
___________ sans son kigo ?



*



Le petit chien est parti
sans même nous dire
au revoir



*



une femme
tu lui donnes une pince à épiler
tu es tranquille pendant une bonne heure



*



soudain
__________cette ivresse
______________________ là



*



la pluie vous dit
___________dansez mes amis
______________________ dansez



*



saucisson d'âne -
quand y'en a pour 2 y'en a pour 3



*



.La maison des vacances dans les nuages -
pas même
____________ un morceau de chocolat



*



Le Mont Blanc dans les nuages
___________ les nuages sont en moi
____________________ et moi je suis ivre



*



Mont Jovet ( 2558m )
_________ pas une seule marmotte
_________________ seulement quelques belges



*



m'identifier à la pluie
___________ c'est pas que j'y arrive pas
________________________________ je suis la pluie




*



Toutes les poubelles sont pleines -
___________ vite changer bébé
__________________ et se casser de là




*



ils arrivent
avec 2 voitures, 8 vélos et
_____________________une tripotée d'enfants




*



orage tonitruant -
à l'abri
____ dans une épicerie arabe
...
les molones
_________1,5 euros le Kg




*



une odeur de gaufre -
insoutenable légèreté de l'être




*




juste_______ se laisser___________ goûter
___....par le..________ ...le mystère.._____




*




le haïku
______ parfum du vivant


*


 
one haïku
___________ a day
_____________________is enough




*




___________ accueillir le monde
_________________________ dans un regard frais







Jean-Claude César
  



lundi 15 septembre 2014

PORTÉ AUX FERS




Gustave Courbet - Le désespéré





Un homme sourit.
   Tout entier dans sa défaite.
   Porté aux fers, en l'absence de mots.
   Ni nom. Ni lieu.
   Que la chose soit dite.

   Où vont-ils donc ces êtres textués qui bringuebalent d'une
 roue écarlate à l'autre, dans la grâce du plein été ?

Le feu ne pourrait-il ne jamais rencontrer personne...


                    

   Par rapport au présent, l'écoute se fait par l'oreille.
   Au profit du futur, l'écoute passe par l’œil.
   A l'égard du passé, l'écoute prend son essor dans la lumière.

   Ce que j'entends est déjà loin de moi.
   Ce que je vois m'a toujours précédé..
   Ce que je fus m'attend dans la lumière.




Désir et désert.
   Simple question de soif !
   La part du désir dans le désert.
   La part du désert dans le désir.
   Partitions mêmement équivoques.
   Sans cesse trouvées, sans cesse perdues.

   Pas plus qu'elle n'appartient à elle même, l'image ne peut
contenir le miroir.
   Tout possède tout ; et cependant rien.
   L'immense ne faisant que prolonger l'infime.

   Plus au loin, la rive séculaire de l'anneau.
   Et l'adjonction de l'espérance.




 Roch-Gérard Salager
Extrait de Futur Antérieur, aux éditions La Dragonne 

 

vendredi 12 septembre 2014

GRAINES D'ÉVANTAIL






Jack Vettriano









Sur les arbres
les fleurs dégrafent un à un
leurs pétales



*



Été galant
la lune
attend sa moitié



*



Quai de gare
des baisers papillonnent
de lèvres en lèvres



*



Au dessus des épis
dressant sa tête jaune
un seul tournesol



*



furtivement
sur le pense-bête
une fourmi !



*



Les belles ont planté
au creux de leur main
des graines d'éventail



*



Regardant passer
les trains de l'été
les tournesols



*



Autant de petites fées
qui montent vers le ciel
fleurs de gaura



*



Pluie d'été
sous les arbres elle chante
avec les oiseaux




*




Entre deux étoiles
retrouver le fil
d'un rêve suspendu



*



Ballots de paille
ils ont fait leurs valises
les champs de blé



*



Un cil de lune
a battu dans la nuit
nouvelle d’été



*



Trois heures à mi-nuit
deux bergères
recomptent leurs troupeaux



*



Audace d’été
les fleurs s’habillent
de lumière



*



Bleu et rose
en juste équilibre
flamme violette



*



Le soleil d’Août
étire les ombres
de l’invisible aussi



*



Entre bleus et gris
les hirondelles flottent
bientôt le ciel







Cathy Scotto