lundi 13 avril 2015

CERCLE DE PIERRES - JEAN CLAUDE "BIKKO" NONNET




Vincent Bioulès








En ces temps d'insouciance nous filions des nuits entières, par de mauvaises routes, vers son hameau enserré de buis et de rocaille. Sous l'œil endormi de la chouette, gardienne autoproclamée de la lucarne Est de la bergerie écroulée, les petits matins saluaient nos arrivées d'un bon gros soleil levant sur la Séranne. Embrasée par les premiers rayons, la grande table de bois brut, posée sur l'herbe, nous attendait chargée de café brûlant et de gigantesques omelettes aux asperges sauvages qu'elle glanait aux flans des dolines.

Nous passions nos jours en d'interminables errances aux senteurs de thym ou en molles discussions à l'ombre d'un pan de mur qui parfois lâchait un caillou.

J'aimais particulièrement les jours de descente au moulin. Sacajawa Caussenarde, elle nous conduisait d'un pas sûr par des sentiers de renards, jamais les mêmes. Passant de la lumière crue à l'ombre épaisse, les yeux aveuglés, seules nos mains nous guidaient.



Scolopendres
la silhouette d'un meunier
mort depuis longtemps


Quand le jour virait au mauve, par son envol, la chouette donnait le signal de nos nuits à toucher les étoiles où les vins aux saveurs approximatives, et parfois l'herbe d'importation, semaient du lyrisme. Les ruines résonnaient alors de chants à faire pleurer la lune et de contes à effrayer un loup-garou.


fenêtre borgne
pelotonnés par grappes
autour de l'âtre


Au retour de ses chasses, la chouette nous trouvait dans la paille, membres entremêlés, soûls de nous même et encoconnés d’odeurs fauves .....


place du Caylar
l'orme sculpté maintenant
~ qu'est-elle devenue ?




 Octobre 2012



* * *


son mec si saoulant ~
partie au petit matin
morte de cirrhose




*





par-delà les murs ~
le parfum du seringa
jusqu'au potager





*






colère d'enfant ~
la vilaine maîtresse
au pilori




*




surveillants absents ~
le règne des petits chefs
sur la récré




*




direction laxiste ~
un à un les bons élèves
quittent l'établissement




*






route D18 ~
sur le poulailler en planches
un radar factice




*




café en terrasse ~
sur le gazon l'écureuil
fait ses plantations




*




odeur de pluie ~
dans l'entre deux nuages
la pleine lune




Hasui Kawase - Nuit pluvieuse





remontant du port ~
l'imperméable chemine
sous la lune




*




grande nuit venue ~
manquera à mes cheveux
le souffle du vent




*




cernes témoins
de nos nuits de débauche
~ ma douleur et moi




*




panache noir
l'usine d'incinération
embrume la ville




*




halo solaire ~
la brume sent le cheval
et le feu de bois




*




le café brûlant -
de la pomme il reste
trois pépins une queue



*



matin embrumé -
marc de café dessinant
des arabesques



*



par-dessus mon bol -
dans ses yeux noirs les reflets
d'une nuit blanche




*




barche da pesca -
avanti e indietro tra due punti
immaginari




Barques de pêcheurs -
va et vient entre deux points 
imaginaires




*




près de la nouvelle
envahie d'herbes folles
- la vieille route




*




grande régate
de folles feuilles sèches
– vent sur la mare




*




Bar des Halles ~
jusqu'aux bateaux amarrés
l’épique engueulade




*




jardin englouti
sous la glace un poisson
dessus un moineau





*




brouhaha d'expo ~
je m'arrache et examine
un grand poil de nez




*




vague d'Hokusai ~
dans la salle d'exposition
des remous de foule




*




solstice d'hiver ~
la nuit précoce ravive
les peurs ancestrales




*




premier citron
j'ai cru voir une jonquille
prendre son envol





*




 soleil englouti
au-delà des peupliers
le cri d'un corbeau





*





cercle de pierres
le cul bouffé par la rouille
d'une conserve






*




volet entrouvert
dans un carré de soleil
l'interrupteur






*




deuxième demi
il me tourne la tête
le printemps nouveau
 
 





Bikko 





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