mardi 26 mai 2015

LE JOGGEUR ET LA PÂQUERETTE





Photo de Gérard Dumon






ongles noirs
j'apprends à aimer
la terre




*




longuement je contemple
ses formes rondes et blanches -
village sous la neige




*




sautant de branche en branche
une mésange me regarde
préparer le ciment




*




et un beau matin
l'hiver tombe aux pieds
de quelques crocus




*




courant d'air marin ~
sur les vagues de l'oreiller
l'ombre du rideau




*





jardin négligé ~
les premières orties
se roulent dans l'herbe




*




giboulées de mars -
le peintre ne sait plus
quelle couleur choisir




*




perce-neiges -
devant la glace elle met
ses premières boucles d oreilles




*




au beau milieu
de la Voie Lactée
un enfant joue aux billes




*




un nouveau printemps -
trop petite déjà
sa robe à fleurs




*





pâquerettes -
la pelouse
me regarde




*





pleine lune de mars -
encore une nuit blanche
pour le magnolia





*





ma retraite ?
je ne sais pas
un magnolia





*





par temps clair
on peut voir les magnolias
dans ses yeux





*




matin frisquet -
le petit feu
des genêts en fleurs





*




mon jardin sauvage -
je ne veux rien connaître
de leurs prières froides





*




une brise
saupoudre parfois l'étang
- pruniers en fleurs





*






jardin d'avril -
autant de primevères
que de mouches





*





petit vent doux -
dans la sébile du mendiant
deux ou trois pétales





*





la princesse
regarde un dessin animé ...
les grenouilles attendent





*




douceur du soir -
un éclat rouge sur la table
de l'autre côté du verre





Takeuchi Seiho






point du jour
le corbeau argumente
avec la grenouille





*





personne ne sait
quand le gardien de nuit
a vu le jour





*





la télé ne marche pas -
enfin si, son antenne
sert au rouge-gorge











lune dans l'étang -
les grenouilles regardent
le programme du soir





*




lilas en fleurs -
une vieille cabane
toute neuve





*





les pétales du cerisier
noyés dans l'eau froide
... sept cent naufragés





*




aube fraîche -
le joggeur et la pâquerette
font leurs étirements





*





une fissure
dans le mur de la chambre ...
glycine en fleurs






*





vent froid de mai -
quelque part une liste
d'enfants musulmans





*




envie de sieste ...
quand je referme le livre
un papillon s'ouvre





*




silence du soir -
une mésange secoue
le parfum des roses








Vincent Hoarau



2 commentaires:

  1. Quelle fierté d'être chauffeur attitré de cet auteur
    Nomade

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  2. Joli bouquet de haïkus. J'ai lu... puis relu à m'en enivrer. Bravo !

    Joëlle Ginoux-Duvivier

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