lundi 17 août 2015

COLLECTION D'ÉTÉ





Nataliya Corfu-Ivanyuk   







torse nu
la voisine épingle son linge
et mon regard






*



face aux étoiles
la montagne toute armée
de sapins noirs






*



jardin en friche
un vieux silence
monte dans les saules





*



sa mémoire
un vieux château
farci d'oubliettes




*


matin d'été
notre rendez-vous
sur une place fraîche




*



ce matin
le silence des oiseaux
comme s'ils savaient...




*




dernières lueurs
le cul blanc d'un lapin
qui détale




*






la vie
c'est simple
c'est toujours compliqué



*





elle me promet
des nuits de braise
miss météo



*





feu d'artifice
le silence
en bouquet final



*





vite vite
un faiseur de pluie
~ le pommeau de douche



*





fin d"après-midi
le vent parle
à ma place



*





cette fille
une forêt
dans le vent



*





dans ses yeux
soudain
l'écho d'un jour de pluie



*





accordéon
dans la boîte à gants, la France
repliée sur elle-même
 



*




premier d'août
l'été enfile
un petit gilet gris



*





jours de pluie
une enfilade de portes entrebâillées
sur nous-mêmes



*





une poignée de mûres
l'offrande du roncier
longtemps entre mes dents



*





minuit
encore une fois
le silence
comme une porte
qui s'ouvre



*





de la poussière et des cailloux
hier encore mon chemin
était une rivière



*





je ne sais pas

où mes pas me mènent

l’envol des tourterelles



*




une petite île
au fond de ma tasse
dehors, l'odeur de d'automne



*





un jour, jeune, l'autre, vieux
je ne sais jamais
l'âge que j'ai









nuit d'août
le vent dans les arbres
nous invente un bord de mer



*





mon chemin

c’est le matin blanc qui descend

dans la plaine



*





nuit d'été
posée sur le pin parasol
une nichée d'étoiles



*





Moby Dick
entre ses pages
un poisson d'argent



*





jour d'orage
tout ce qu'il reste de lumière
dans la cage du canari






Christian Cosberg


samedi 1 août 2015

Le rendez-vous à Samarkand



Un matin le khalife de Bagdad vit accourir son vizir qui se jeta à ses genoux, pâle et tremblant.

-  Je t’en supplie, Seigneur, laisse-moi quitter la ville aujourd’hui même !

-  Et pourquoi donc ?
-  Ce matin, en traversant la place pour venir au palais, une femme m’a heurté dans la foule.
      Je me suis retourné et j’ai reconnu la mort… Elle me regardait fixement. Seigneur, elle me cherche...
-  Es-tu sûr que c’était la mort ?
-  Oui, Seigneur, elle était drapée de noir avec une écharpe rouge. Son regard était effrayant.
      Crois-moi Seigneur, elle me cherche, laisse-moi partir à l’instant même, je prendrai mon coursier le plus rapide,
      et si je ne m’arrête pas, je peux être ce soir à Samarkand !

Le khalife, qui aimait son vizir, le laissa partir. Ce dernier disparut dans un nuage de poussière…


Songeur, le khalife sortit du palais déguisé, comme il avait souvent l’habitude de le faire.

Sur la place du marché, il vit la mort et s’avança vers elle :
   -  J’ai une question à te poser : mon vizir est un homme encore jeune et bien portant.
      Pourquoi l’as-tu terrorisé ce matin en le fixant d’un regard menaçant ?
   - Ce n’était pas un regard menaçant, c’était un regard étonné.
      Je ne m’attendais pas du tout à le voir ici, à Bagdad, alors que j’ai rendez-vous avec lui ce soir, à Samarkand !

 
C'est une des plus célèbres histoires sur le thème de la mort et du destin, une histoire persane attribuée à Fariduddin Attar.  Dans "La cible", le premier film de Peter Bogdanovitch, où un jeune homme ordinaire se met à tuer des inconnus avec un fusil à lunette, Boris Karloff raconte cette histoire. Dite par le célèbre interprète de Frankenstein elle ne peut que se graver dans votre mémoire.