samedi 26 septembre 2015

L'OMBRE DU COUCOU - JOËLLE GINOUX-DUVIVIER




Joëlle Ginoux-Duvivier







Au sortir de l’hiver, le temps du départ est venu… Alors l’homme se lève, ramasse son baluchon, balaie la pièce du regard pour vérifier que tout est bien en ordre et qu’il peut s’en aller tranquille. Il ouvre la porte coulissante, avance jusqu’au seuil, glisse ses pieds nus dans les sandales, et il s’éloigne dans le petit jour naissant, sans se retourner. 

Dans la pièce encore
l’arôme du premier thé ~
la porte gémit


Il ne sait pas où il va. Il ira où ses pas le mèneront. Personne ne l’attend quelque part. Il part à la rencontre du vent, de l’eau, de l’air… Il n’a presque rien emporté : quelques feuilles de papier de riz, ses pinceaux, sa pierre, son bâton d’encre.
Il avance dans le silence. Il entend néanmoins ce que nul ne perçoit : le clapotis de l’eau dans la vallée, le bruissement d’une feuille sous la brise, le vol d’un insecte, le frôlement discret de ses semelles, et le chant du silence.


Oh ! le son infime
de ses pas sur le chemin ~
une mouche active


Il avance, paisible. Il ne se sent pas seul. Il y a tant de vies autour de lui : végétales, animales… La découverte des premiers bourgeons, des nouvelles pousses encore si fragiles, l’émerveille. Il a beau avoir atteint l’hiver de son existence, chaque arrivée de saison l’émeut, surtout celle du printemps, quand les pétales des arbres en fleurs tapissent l’herbe de confettis donnant une illusion de fête.


Joëlle Ginoux-Duvivier



Taquine une bise
houspille les fleurs du prunier ~
l’herbe déguisée

Il marche… 

Après des heures de cheminement, il devrait être fatigué. Il ne l’est pas, il n’y pense même pas, concentré sur ses sens olfactif et visuel. Il marche, l’esprit léger, à la recherche de la simplicité et du détachement… Il se sent dérisoire devant l’immensité du Mont Fuji duquel il ne peut détourner les yeux. 


Limpide le ciel ~
le Mont Fuji chapeauté
d’un nuage blanc


Entre chien et loup, la lumière s’estompe. L’homme s’arrête, s’installe au pied d’un cèdre. Tout en contemplant le déclin du soleil, le vieux sage sort sa pierre, en caresse un instant la douceur avant d’y verser un peu d’eau recueillie dans une flaque. Après quoi il se met à frotter son bâton d’encre en mouvements circulaires. La finesse et la régularité du grain de sa pierre font chanter ce dernier… Les notes sont presque imperceptibles, toutefois, lui les perçoit.
Une fois l’encre prête, l’homme y trempe son pinceau et se met à calligraphier. 


Le soleil s’éteint ~
sur une branche du cèdre
l’ombre d’un coucou

Il ferme les yeux…



Joëlle Ginoux-Duvivier





Joëlle Ginoux-Duvivier