samedi 13 février 2016

NOCES DE JANVIER - CHRISTIAN COSBERG



Fitaki Linpé










dans ses cheveux
timidement le vent s'attarde
accroche-cœur


*


une mangue
et mon désir posés
sur la table


*


la faune des humains
devant le bassin des loutres
~ entre deux zoo


*


deux semaines de boue
simplement rester 
debout...


*


kleenex
dans combien d'arbres 
me suis-je mouché ?


*


sous la cendre
tout l'amour des pommes
de terre


*


cadeau de Noël 
je revendrais bien ma bronchite
sur eBay...


*


aujourd'hui
la boîte de Pandore ne s'ouvre plus
elle s'allume


*


je tète du regard
les premières fleurs de janvier
lait d'amande


*


soir d'hiver
des lumières dansent
sur le fleuve


*


retour de l'hiver 
chaque guerre laisse en nous 
un champ de mines


*


préservation de l’espèce
faudrait arrêter d’avaler
des couleuvres


*


cœurs battant
deux amoureux dans l’ombre
d’une porte cochère


*


chien noir et blanc
sa joie
toute en couleur



*


un peu crevé 
je m'achète un paquet 
de rustines


*


trois heures du matin
seul au fond du jardin
j’arrose encore le nouvel an


*


trois pommes 
de terre sorties du four
m'en fous l'hiver


*


bientôt midi
la petite musique du ragoût
qui mijote


*


mains glacées
elle m’offrait sa poitrine
pour les réchauffer


*


nuit d'hiver
les mains sous le robinet
d'eau chaude


*


neige fondue
ou comment passer du rire
aux larmes


*


quelques flocons
avalés par la grande bleue
matin de janvier


*


enfin riche
je remonte l'avenue
sous un luxe de ciel bleu


*


café noir
j'y ajoute la lumière
d'un morceau de sucre


*


retour du marché
en compagnie de deux
têtes d'ail


*


se perdre de vue
dans les yeux
de l'autre


*


le tour du lac
une révolution
heureuse


*


noces de janvier
sur l’amandier
une robe de mariée


*


toute la nuit
la caravane violette
des nuages


*


derniers de janvier
de la vie
sous les feuilles mortes


*


déjà minuit
encore une journée plongée 
dans l'oubli


*


quelques mots
écrits dans la buée
d'une vitre


*


l'après-midi
s'éteint dans les brumes
une silhouette au loin


*


déjà la lumière
bat de l'aile
nuée de corneilles


*


chez lui
plus que la pénombre
la nuit amoureuse


*


tranche de vie
sa mie le traite
de vieux croûton


*


mimolette 
je passe
à l'orange


*


tramway
serré contre une grande fille
à la vanille


*


engloutis
deux cent grammes de bonheur
reste une peau de banane


*


rêve d’été
les étoiles au dessus des maïs
comme du pop-corn





Christian Cosberg


jeudi 11 février 2016

FRED SOETE - UN MILLION DE CHAMPIGNONS




Yu Chengyou






chahut de leurs pas
dans les feuilles du chemin –
elles rient comme des gamines



*


pied à pied
l’érable et la paroi de schiste
couverts de mousse



*


feuille à feuille
le chemin jaunit –
chant du ruisseau



*


au sous-bois tranquille
un million de champignons
mais aucun haïku !



*


une aubette
dans la forêt –
le tram passait…



*


une aubette
dans la forêt –
le soir s’approche



*


avant le sommet
ils titubent un peu
ses vieux pas



*


regarder les vaches
qui me regardent tendrement –
soir d’automne



*


des formes sombres
dans la fin du jour –
deux clochers se répondent



*


des herbes folles
dans les abreuvoirs en pierre –
la lune vient et s’en va



*


au pied du pommier
la plus belle pomme se paie
d’une piqure d’ortie



*


la terre toute nue
avant l’hiver –
quelques maïs oubliés



*


Xpress Delivery -
tête contre la vitre
le chauffeur dort



*


ma lunette à peine sortie
voilée de brume
la lune rousse



*


la masse du saule
dans un brouillard de pleine lune
le chien n'aboie pas



*


sur la route en pavé
la lune noire
au chant du coq



*


premier pas dehors – 
d’une coquille d’escargot qui se brise
le bruit



*


poussé par le vent
mes pas dans le sol mou
de la dernière pluie


*



je rentre
avec quelques coulemelles
et un ciel flamboyant



*



après l’averse
les étoiles et les vers
luisent



*


éviter la lumière 
pour mieux voir. 
la nuit 


*



brame du cerf 
toutes les étoiles 
bientôt voilées



*


le grand tilleul
énonce le vent –
vue lointaine



*


à l’horizon
nuages en fines couches
vers la paix du corps



*


vide bien vide
entre l’étoile
et l’œil



*

   
absorbé dans mes pensées
les plantes du fossé
défilent défilent



*


la pluie goutine
dans la forêt moussue -
solitude



*


les oiseaux
chantillonnent
des chants de pluie



*


champignons
de toutes les couleurs
je me sens moins seul



*


à chaque pas
un nouveau jardin japonais -
la bruyère fleurit



*


mon parapluie
que je n’ai pas ouvert –
l’automne s’approche



*


après la forêt
le ciel
semble plus vaste



*


couchée
sur le bord du chemin creux
la lumière de fin d’été



*


capuchons et bottes
de toutes les couleurs -
rentrée des classes



*


ciel plombé –
la tour de refroidissement
en remet une couche



*


deux pins côte à côte
se partagent le ciel
et la Terre



*


dernier jour d’août -
petits potins des hirondelles
sur le fil



*



jailli du métro 
un flot humain s’avance -
l'été s'éloigne




Fred Soete