mardi 8 mars 2016

TRAVERSER LE TEMPS - CHRISTIANE RANIERI





Abbot Fuller Graves






Sous un rai de soleil
une tortue s'étire
Première mise en jambe


*


Flaque d'eau -
la poule agace
les nuages


*


Sur la vitre gelée
je pose mes lèvres chaudes
- départ imminent


*


A tâtons
Il perce le secret
de mon sourire


*


Goutte froide -
quelque chose rétrécit
dans ma poche


*


Séparation -
apprendre à naviguer
entre deux ports


*


Entre l'ombre
et la lumière
le pinceau hésite


*


Jour d’orage -
Il se souvient
de mon prénom


*


Si doux
ce nom d’oiseau
Susurré à mon oreille


*


Jeunes mariés -
près du vieux chêne
Une fleur s'épanouit


*


Plaisir solitaire
au bout de mes doigts
- encre bleue


*


Rentrée scolaire
dans ses chaussures dernier cri
...premières larmes


*


Paris Saigon -
je cale mes rêves
entre deux ailes


*


Premiers pas
dans ses souliers neufs
de flaque en flaque


*


Pieds nus -
effleurer les nuages
de flaques en flaques


*


Battements de cœur -
contre son sein nu
l'enfant dort


*


Parti sans bagages
au dessus des nuages
un cerf-volant


*


Pluie de neige -
ourlant le silence
quelques notes flûtées


*


Lune d'hiver
glissant entre les branches -
le chant de l'eau


*


Frissons-
sous un corset de glace
craque un vieux sapin


*


Sourire en coin
Il regarde pousser le crocus
- nain de jardin


*


Je le veux bleu
bleu ciel me dit- il
derrière ses lunettes noires


*


Grève des routiers -
l'envol du héron
dans mon rétroviseur


*


Printemps –
cette odeur de terre
retourne le jardinier


*


Rayonnant
sous les brassées de jonquilles
- le sourire de maman


*


Cherchant la mésange
un écureuil
me fixe


*


Dos voûté
pour seul soleil
un pissenlit


*


Premier coup de bêche -
l'enfant se tortille
devant le ver de terre


*


Jardin en friches
la poule picore
mes chaussettes à fleurs


*


Après la pluie
tombent les limaces -
fleurs de noyer


*


Etang -
les carpes sautent
de nuage en nuage


*


Bénitier -
l’eau rouille
la grenouille


*


Sous le cerisier
je suis venue silencieuse
puis revenue


*


Traverser le temps
dans le jardin de mon père
de fleur en fleur


*


Maison en ruine-
une hirondelle
en fait son printemps


*


Insomnie -
le silence picore
sans faim


*


Salon du chocolat -
débat sur la constipation
suivi d'un pot amical.


*


Au coeur du verger
la lune pourpre vagabonde
de pomme en pomme



Christiane Ranieri 



samedi 5 mars 2016

ATTENDRE LA PLUIE - VIRGINIE COLPART




Budi satria kwan - Works





Partie terminée
la balle est dans la gouttière
attendre la pluie


*


La porte s'ouvre
sur l'invité du jour -
un courant d'air


*


Il pleut il mouille
c'est la fête à l'ennui-
gratin de nouilles


*


Repas en terrasse
le soleil sèche la flaque
je vide mon verre.


*


Amis partis
quelques miettes sur la nappe
et ma solitude


*


Hamac accroché
le nuage paresseux
s'installe au dessus.


*


Douce caresse
d'un papillon sur mon bras
moins seule au jardin


*


Pas d'homme
bocal coincé
j'ai faim!


*


Sans le chat
me reste la compagnie
de ses puces


*


Seule sur le banc
mes illusions s'envolent
avec les feuilles.


*


Foule inhabituelle
chez le petit libraire
liquidation –


*


Garée sous les arbres
en descendant de voiture
un tapis doré.


*


Tableau automnal
les trottoirs de ma ville
dorés à la feuille.


*


De sa chambre
l'ado me questionne
par SMS


*


Sans complexe elle pète
dans la chaleur du salon
la grosse bûche.


*


La paix
rapporte plus que la guerre -
vainqueur au Scrabble.


*


Midi
une minute de silence
sauf pour les cloches.


*


Bonne nuit mon fils -
ce soir aux informations
trois fois le mot guerre.


*


Grand froid hivernal -
les escapades du chat
durent moins longtemps.


*


Impitoyable -
sous le sapin de Noël
la crise s'immisce.


*


Louvre-Lens
la momie du crocodile
lorgne mon sac.


*


Plus de betteraves -
elle est passée avant moi
la souris gourmande.


*


Dans mon seau vert
des litres d'eau et de boue
alerte orange.


*


Pas invitée
elle cogne aux carreaux
la pluie


*


Les perce-neige
pointent sous le voile blanc -
frisson sous son pull.








Virginie Colpart