jeudi 14 juillet 2016

CE PETIT ESPACE OÙ JE ME TIENS - CHRISTIAN COSBERG






Sveta Dorosheva








bassin aux nénuphars 
la petite fille compte
les grenouilles





*




tablas
le vent dans les cannes
de Provence





*




vent d'avril
je réchauffe la soupe
de la veille





*




derniers rayons
le vert émeraude
d'un cul de bouteille





*




encore un morceau

de nuit entre les dents

le soupirail





*




troisième jour de pluie
hier déjà trois canards
visitaient le quartier





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arrivée au château
accueilli par dix siècles
d'humidité





*




chant d'oiseau
ce petit espace
où je me tiens





*




lointains
les trilles d'un oiseau
sous d'autres fenêtres





*




ah, sortir de chez-soi
et être encore chez-soi !
petite marche dans les vignes





*




demi-sommeil
au taxi je dis
suivez ce papillon





*




dans le panier bio
une araignée
bio





*




corsage pigeonnant
l'hôtelière me promet de jouir
d'une belle vue





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fraîche et douce
la troublante nature du vent
après la pluie





*




grèves
l'été a un train
de retard





*




mon regard
pris dans le balancement
des arbres





*




la sonnette

d’une bicyclette

traversant la place





***




Retour de l'été...

Deux jours qu’il fait chaud, vingt-huit degrés ce midi, et que l’été semble vouloir s’installer. J’ai enfin troqué le pantalon contre un bermuda. Impossible de supporter plus qu’un T-shirt. Les pluies sont peut-être enfin derrière nous, le sud cette fois-ci a été épargné par le déluge, mais l’air est encore chargé d’humidité, il fait lourd, samedi, déjà un orage a éclaté, juste quand je rentrais dans le parking de la résidence.
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purée de groseilles
les premières gouttes écrasées
sur le pare-brise
.
Comme à chaque fois l’odeur de l’orage a ramené une odeur d’enfance, je me suis rappelé les orages qui m’épargnaient la corvée d’arrosage… Quelques secondes, j’ai été projeté dans ce jardin désormais disparu, à nouveau, j’ai humé l’odeur de la terre mouillée, l’odeur de l’herbe, celles des arbres, l’odeur capiteuse et sucrée des fleurs et des fruits, l’odeur verte et piquante des courgettes, des aubergines, des pieds de tomates, je me suis revu, courbé avec ma mère, fouillant l’intimité touffue du feuillage des haricots verts, les débusquant impitoyablement de leur cachette. Ô combien j’ai pesté contre ce jardin qui m’empêchait d’aller jouer avec mes copains et ô combien j’ai aimé être là au milieu de cette vie pleine de promesses… Aujourd’hui, je vis dans un temps de terres noires. Je n’ai eu droit qu’au parfum âcre de l’asphalte. Les premières gouttes, grosses d’envie, ont éclaté sur le sol et sur mes épaules, et m’ont gentiment accompagné jusqu’à la porte du sous-sol.
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de vraies bombinettes
les premières gouttes
du premier orage...
.
.
avant l'orage
elle et moi courbés
sur des raies de haricots verts
.
.
Et puis ce matin, un petit vent s’est engouffré dans ma chambre, il est venu tout droit me flatter le visage, je suis reparti avec lui soulevant les voilages…
.
ce matin
je suis le vent
qui passe




***



quittant le marché

par un petit bois de cagettes

vides…



*




café de nuit
jeunes femmes entre elles
éclats de l'une



*




vent d’été

le premier café pris

dans ses vagues




*




viennoiserie

l’odeur des croissants chauds

valse jusqu’à moi




*




route d'été
ce très long travelling
jusqu'à toi




*




le soleil
soudain si doux
le ventre blanc des hirondelles




*




trop chaud

pour se mettre

dans de beaux draps…




*



loin de la ville
un grand silence
plein d'étoiles




*




la paix
d'une poignée de secondes
matin d'été




*




bon c'est dit
je vais m'acheter
un peu de silence




*




Long Island
un long baiser dans
l'océan




*




de la montagne

je ne ramène que quelques

mouches




*




chemin du retour
j'impose aux mouches
l'écoute de France Culture




*




petit matin
un chemin frais traverse
le salon




*




café
la patronne
est un homme comme les autres




*




calme plat
hier les promesses de miss météo
c'était du vent...




*




derrière le hublot
le manège de mon linge
à mille tours minute



*




fin d’essorage
mon linge prêt pour une sortie
dans l’espace



*




cosmos
ses myriades
de petites culottes




*




vent frais
le cœur des rideaux
se remet à battre







Christian Cosberg