mardi 4 octobre 2016

QUATRE CONTES DE LAUNAY - SOPHIE DCHD




Toni Demuro - La beauté du monde









Quatre contes de Launay 

1

Dans le hamac 
avec la poule Milady  
- ça tangue un peu

Je lui raconte des histoires 
de scorbut et de mal de mer 
de marins affamés 
de biscuits si secs qu'il fallait boire dix boujarons
pour les avaler 
des histoires de tempêtes 
et de vagues qui font boire la tasse 
comme dix milles boujarons
- d'une traite ... 
de cochons de chèvres et de volailles 
bringuebalés dans la houle 
avant de finir dans une soupe 
si la vague avait été clémente 
- sinon la grande soupe 
avec le mousse, le bateau tout entier, capitaine et grand mât y compris...
et les rêves de tout l'équipage 
  
Dans le hamac 
elle ferme ses paupières la poule Milady 
son bec contre ma joue 
je ne lui raconterai pas 
la vie d'Henri IV 



Toni Demuro



2

Ses côtes dessinent 
sous mes doigts la mer à marée basse 
ma vieille jument grise 

Te rappelles-tu de ce temps 
où nos yeux pleuraient fouettés par le vent 
je te retenais au petit galop assise en arrière dans la selle 
puis  je lâchais tout, étriers, bride,
mes mollets serrés contre tes flans 
penchée sur ton encolure  je te disais :
" Vole Firzaan vole "
et tu volais au-dessus du sable mouillé 
plus vite que les oiseaux 
ce temps où tu piaffais dans les vagues 
levant bien haut tes jambes 
tu m'éclaboussais de bonheur 
l'écume de ton poitrail l'écume des vagues 
ton souffle court mon pantalon trempé 
tes crins mes cheveux 
nous ne faisions plus qu'une 
ha, ces petits matins d'été  seules 
sur la lande à regarder poindre le soleil 
les chansons que je te chantais 
heureux qui comme Ulysse ...
ton petit trot qui emplissait de musique joyeuse 
les chemins creux de la vallée 
ces bains que nous prenions à marée haute 
le moment précis où tu ondulais comme un dauphin 
juste avant de perdre pied 
puis allongée sur ton dos nous nagions 
ma grosse grenouille blanche 

Jument aux sabots de plomb
tu ne marches guère plus dans l'eau 
heureuse qui comme Firzaan 
quand j'oublie de fermer le robinet 
une marre à tes pieds 


Elle martèle mon cœur 
de ses pas saccadés
la jument grise 








3

Nuit d'été 
je m'endors sous une myriade
d'insectes affamés 


Que je vous raconte, 
les traversées de la nuit sur notre frêle embarcation :
trois ou quatre à bord 
de gros, de moins gros, de petits.... de tous poils quoi ! 
Pas toujours les mêmes à chaque voyage , parfois même pendant le trajet, des matelots changent de pont. 
Moi, je suis le timonier, je veille, le bras droit, celui qui règle
les conflits entre les mousses ! 
La dernière recrue est un dur à cuire, il rêve d'en découdre pour monter en grade! 
Je vois bien son petit jeu ... se rapprocher du capitaine et de sa cabine ! 
Ha, la cambuse du capitaine, toute en bois exotique: des persiennes ouvertes sur l'océan de la nuit . Ça respire à plein poumons ! 
Nous l'équipage, entassé à fond de cale derrière de la simple paille sans vraiment d'ouverture .
Faut le voir notre capitaine avant de quitter le port , son regard se pose 
sur tous les phares du large ... Il a du en faire de belles traversées !  
Nous naviguons tous feux éteints ... pour éviter les attaques de pirates ! 
Ils sont légions en cette saison, et certaines confréries sont plus redoutables que d'autres ; la pire celle des tigres .... ils viennent de la lointaine mer de Chine ... de vrais assoiffés de sang !
Quand d'aventure, nous sommes pris à l'abordage, nous combattons ;
tous crocs, toutes griffes dehors nous prêtons patte forte au capitaine , 
le p'tit mousse dans les haubans; feux de Bengale, tapettes ...
il faut le voir s'agiter le Pacha ... les bras comme des sémaphores , et paf et pif ... 
Ha ha , les bzzz bzzzz ne rigolent pas....  ça non ! 
A la fin de la bataille,  chacun reprend son poste .
Ma tête contre sa jambe, je m'étire un peu, repousser les chats, mine de rien ...
après tout, c'est moi Inu, le Timonier ! 
Elle peut s'endormir ma maîtresse, je veille sur elle d'un oeil 
(toujours le bon comme les pirates ! ) 


Ce matin 
un baiser pour me réveiller  
quelle mouche m'a piquée ? 



Toni Demuro



4


Qu'a-t-il le chaton 
à gratter ce caillou ? 
- pauvre tortue ! 


Couché à plat ventre sur le caillou qui bouge , 
le chaton me renvoie mon regard de travers ...
se redresse, patte avant posée fortement, négligemment 
sur la " pierre " .....
- Dis donc Milò, va-tu laisser la tortue tranquille ! 
Roulé-boulé sur son nouveau jouet ...
Pauvre tortue , interdite de jardin pour cause de tondeuse , interdite de potager par crainte de perte , interdite de poulailler par risque d'attaques de becs .... coincée comme une vieille douairière chinoise dans sa cité de l'interdit , 
qui plus est entre les pattes du perfide chaton ! 
Tu sais Milò,  les Chinois ont plusieurs choses en commun avec toi :
de grandes moustaches, plus grandes que les tiennes, plus du genre stalactites ;
une délectation pour les nids d'hirondelle, (si si ! ) et un certain art dans la torture de leurs prisonniers ...
Mais vois-tu cher Milò , ils vénèrent les tortues,  "cailloux qui bougent " , si tu veux ! 
Pour eux, la tortue détient les secrets du ciel et de la terre , alors quand tu te vautres sur sa carapace, tu écrases la voûte céleste ....! 
Bing bang assuré !  Risque de représailles....! 
Ha, tu te moques encore du "caillou qui bouge si lentement " dans son enclos ! 
Alors , je vais te raconter autre chose sur les chinois : les seuls qui avaient le droit d'entrer dans la cité interdite , c'étaient les eunuques ! 
- Rappelle-moi Siri : " rendez-vous chez le véto dans 3 mois ! " 
Milò, j'oubliais le chat, en Chine, c'est de la viande, pas un animal de compagnie ! 
Va jouer avec tes souris petit chat, je ne connais pas de culture où elles soient vénérées, à part chez Mickey !  

Première tomate 
en offrande à la tortue 
sauver les étoiles 







Toni Demuro -




SOPHIE DCHD


7 commentaires:

  1. Un vrai plaisir que de lire ces contes

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  2. Je voulais partager, ici, le bonheur que j'ai eu à les lire !

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  3. Merci Christian de ce partage...
    De bon matin c'est épatant de voyager ainsi avant de partir au travail !

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  4. Profondeur d'automne
    le chien souris se ratatine
    près du canapé
    elle lui offre un regard
    nouveau net et précis

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  5. C'est chavirant, plein de fougue et d'amour et de belles images, superbe ensemble à déguster et que de souvenirs qui affleurent

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  6. Riche de vie et d'images, un très bel ensemble à savourer et que de souvenirs....

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