jeudi 20 octobre 2016

NUIT D'ENCRE - CHRISTIAN COSBERG





Hugo Pratt





nuit d'encre
tous les mots
se confondent


*


entre deux précipices
l’étroit chemin
qu’il nous reste



*


nuit d’été
pas de plus doux alcool
que le vent



*


l'homme
encore vivant
dans l'oeil
de la meurtrière



*


sa main sur ma peau
je suis un grand arbre
qui bruisse dans le vent



*


le blues du boucher
ses nuits
hachées menues



*


matin d'août
derrière la vitre
une toile de Hopper
quelques pas
dans le jardin vide



*


lune d'août
toute entière dans ma nuit
en morceaux



*


après la pluie
une odeur d'escargots
et de bottes de sept lieues



*


un baiser
voilà à quoi rêvent les crapauds
sous la lune


*


vent doux
du soleil sur les épaules
et ta voix dans ma tête



*


remise en forme
ah, la regarder bouger
me remue



*


jaloux du vent
qui n'arrête pas
de l'embrasser



*


au réveil
je la cherche
dans le silence
c'est elle l'odeur du café
dans la maison
c'est elle ces petits bruits
qui dansent



*


d'abord ton baiser
puis ceux de trois mirabelles
septembre septembre



*

droguerie
une fille repart
avec mon cœur



*


dans les vignes
quatre mûres mangées
au bord de la nuit



*


depuis qu’elle
m’a réveillé
je rêve



*


nuit chaude
je m'achète un peu
de vent



*


septembre
deux fenêtres qui battent
dans le vent



*


septembre
un vent chaud fourrage
les herbes folles



*


nuit courte
debout
seulement revêtu
de matin frais



*


septembre
la Grande Bleue
pour salle de bain



*


au dessus de trente degrés
un carré de chocolat
ne sait plus se tenir



*


bottes de foin
toutes folles
à lier



*


jogging
une fille trotte
dans ma tête



*


septembre
je suis un ogre
pour les figues


*


la nuit
toute dépiautée
par des chants d'oiseaux


*


le grida di un bimbo
nella luce che cresce
mattino di settembre*
.
.
les cris d'un enfant
dans la lumière qui croît
matin de septembre


*


ce tremblement
au dessus de l’asphalte
rien d’autre


*


chacun à sa fenêtre
nos sourires
longue distance


*


orage de septembre
je suis toujours ce gamin
derrière la vitre


*


magasin bio
la jolie nature des seins
de la caissière


*


volet roulant
tout devrait se régler
à coup de manivelle


*


loin, loin l'été
dans les nuages et dans le vent
l'automne est un voleur


*


au fond
je n'existe
que dans le bruit
moi, vous ne me rencontrerez
que dans le silence


*


tels des étoiles
aussi bien
nous sommes déjà morts
et notre vie ne tient
que dans un lointain et seul regard

*

voix du nord
braise moi braise moi
supplie la petite endive

*

fatigue
sieste obligatoire
pour « l’Homo çapionce »


*


derniers rayons
toute la plaine noyée
de miel

*

ses mains sur ma peau
et soudain
tout va de soie…

*

plage abandonnée
quelques jours d'été
montés en graine


*

une nuit d’été
pendue au cou
de l’automne

*

au sortir de la nuit
le déshabillé blanc
des premières heures

*

bicéphale
sa femme a une tête
de plus que lui

*

signe de croix
avant de monter sur le ring
puis multiplication des pains

*

le blues du jardinier
avec les filles
que des râteaux

*

se tromper
avec constance
c’est une forme de fidélité

*

l’automne
ce printemps qui nous met
la tête à l’envers

*

champignons
je reviens le panier vide
plein de l'odeur des bois


*

même la pluie
ne peut éteindre les feux
que la nuit allume


*

mendiant
je donne à celui
que nous sommes tous


*

premiers froids
du jazz en guise
de feu de bois




Christian Cosberg


*Traduction de Giordano Genghini



1 commentaire:

  1. Dans tes poèmes / toujours cette musique / qui fait trembler / l'auditeur intérieur.
    Un monde revivifié.
    Bravo, et merci!

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