samedi 28 janvier 2017

UN AIR DE VIEUX PIRATE - GERARD DUMON









marche matinale
mon ombre
précède mes pas





*





courant d'air
un fleur de fushia
rentre au salon





*





bientôt l'orage
le vent disperse l'odeur
d'un feu d'herbes





*





brume épaisse
un fantôme n'y trouverait
pas ses petits





*





humeur printanière
jusque dans ses pupilles
l'or du pissenlit





*





un air de vieux pirate
penché sur son trésor
-mamie et ses boutons





*




un sac de billes
éclate au soleil
vacances d'automne





*





ciel comateux
un merle officie
dans les arbouses





*




heure d'hiver
une heure de plus
pour penser à toi





*




sur le verre
une trace de rouge à lèvres
photo du défunt





*





3 novembre
il se gare en double file
devant le cimetière





*




feuilles mortes
sur le sol l'esthétique
du désordre





*





cinq ans après
cherchant toujours l'interrupteur
du mauvais côté





*





11 novembre
près du monument frissonne
la vigne vierge



*



11 novembre
deux pompiers devant la porte
calendriers 2015...





*

 



balade sous la pluie
l'odeur des feuilles mortes
m'accompagne





*




quelques pas dehors
mon soulier droit plus serré
que le gauche




*




souffle des vagues
les pas se font lourds
les pensées flottent




*




mondialisation
un bicorne impérial
au pays des nems





*





et M.... !
mon bras encore trop court
péage d'autoroute





*





danse country
sur le tapis de feuilles
un quadrille de poules






*




poils et piques
le chat tout hérissé
face au hérisson





*





journée grise
un temps de mandarines
et de chocolat





*





ballet de mouettes
en choisir une et longtemps
la suivre des yeux





*





pluie glaciale
dans le verger la solitude
d'une échelle





*





une barbe à papa
reluque une pomme d'amour
marché de Noël





*





fin d'automne
lentement le jardin
enfouit ses couleurs
 


*



grisaille du ciel
dans la haie la mort discrète
des ipomées





*





ciel de cendre
perchés au plus haut
deux corbeaux





*





une antenne télé
sur l'escargot devant moi
camping car





*





fin d'automne
devant la glace elle surveille
ses cheveux blancs







Gérard Dumon








mardi 10 janvier 2017

AU BORD DU SOIR








cerner un monde
plein d'écailles
le baiser doux d'une mère




*




rose tyrien
ma robe s'approche
au bord du soir




*




fleurs mortes
le matin s'occupe
de lui-même




*




dans le grand parc
parler à chaque arbre
sans le nommer




*




chant des oiseaux
mes idées se dispersent
sous le feuillage




*




plongeon dans l'eau
mon fils en trois brasses
traverse la piscine




*




heure du loup
une partie de pétanque
sous le saule pleureur




*




quatre heures du mat
tout est en vacances
hormis mon sommeil




*




deux merles
volent au matin
un lent bâillement




*




devant une confiture
de prunes et de cerises
ma main hésite




*




sur un transat vert
je cherche les mots
qui me manquent




*




est-il temps
de partir ou de rester
le sait on jamais




*




sur ma robe
j'efface la tâche
de son plaisir




*




l'arbre du jardin
ne fait de l'ombre
à personne




*




fin août
il s'en va avec mon rouge
sur ses lèvres




*




entre moi et le monde
le silence
des coquelicots




*




au fond de mon nid
il cherche le printemps
les cigales chantent




*




sa langue vagabonde
sur les champs de ma peau
comme si...




*




quand il m'aime
je m'aime
réflexion d'un soir




*




son regard
dans l'épaisseur du silence
je me donne




*




pour me coucher
ma mère me berçait
le long de ses jambes




*




sortie de mon rêve
le goût salé de ses larmes
encore présent




*




entre nuisettes
et talons aiguilles
un espace se crée









ma robe ôtée
ses mains poursuivent la courbe
de mes années




*




corps emmêlés
l'odeur fauve de l'amour
lentement s'évapore




*




table de bistrot
nos jambes cherchent un coin
d'intimité




*




je m'assois
au bord d'un souvenir
intrépide et volage




*




l'heure bleue
devant nos assiettes gourmandes
il me tient la main




*




parmi les brocantes
notre repas complice
nos propos indécents




*




un peu jalouse
une odeur de rose
occupe la place




*




un petit carnet
dans un papier de soie
déjà un haïku




*




heure des adieux
tout contre lui le monde
à deux places




*




pluie sur la verrière
au bout de l'arc-en-ciel
mon tendre lit







Maya Yammine