vendredi 25 août 2017

AU BORD DU MONDE - CHRISTIAN COSBERG







Zhang Quanzong


autoroute
Lao Tseu roule toujours
sur la voie du milieu


*


matin d’élection
je ramène Marine Le Pen
à la maison


*


 un tout petit soleil
planqué
dans les herbes


*


avec les peupliers
dans le couloir
du vent


*


 plus vertes encore
mes pensées
sous la pluie


*


 jour de pluie
même le silence
est gris


*


au bord du fleuve
le Woodstock
des grenouilles




*


nuit d'amour
tendrement le vent 
dans les arbres



*



 matin blanc
les oiseaux ne fêtent
que le silence



*


perçant la brume
d’une heure à l’autre
ton si joli sourire


*


mon enfance
de petit vampire
perchée dans le cerisier


*


livres endormis
j’en réveille un pour
me tenir compagnie


*


mai s’éternise
du vent et des rêves
dans la folle avoine




nuit d’été
toute étoilée
de jasmin


*


chemin de mai
une joie toute ébouriffée
de chardons




ramdam
du petit matin
on démonte la nuit


*


au petit déjeuner
deux grandes tartines
de silence


*


vieux pêcheur
juste la grande bleue
au bout de sa ligne


*


lauriers en fleurs

ils escaladent
le matin bleu



*


dans le caddie

les deux mêmes petites filles
- pour le prix d'une ?



*


tandis que la chaleur se réveille
les fesses fraîches
de l’abricot


*


trésor
du petit matin
un rien de fraîcheur


*


canicule
même les platanes
se déshabillent


*


orage d'été 

je te revois sortir
du Prisunic



*


cigales

l'équipe de nuit
est au boulot



*


minuit

trente et un degrés
la ville est un caramel mou



 *


retour à l'invisible 

ta joyeuse présence
en chacun de nous



*


Soulages 

cette vieille lumière 
des origines



*


nez en l'air

ma course dans
les nuages



*


vacarme
le ciel vide
son sac


*


après l’orage
même les heures
reverdissent


*


nuit chaude

la cigalette après 
l'amour




*


adossé

à la falaise menaçante des nuages
le vert éclatant 
des grands arbres



*


butter fly

le beurrier se casse
la gueule


*



 plainte lugubre
ma vieille porte et sa voix

de tragédienne



 *


au couchant 

même les cailloux se prennent
pour des géants



*


endormies

sur leurs cintres
toutes mes chemises d'été



*


mon chemin
est un rêve
de folle avoine


*


à table 

avec quatre jeunes femmes
qui donnent faim



*


tout en sifflotant

j’arrache le coeur 
d'une salade



*


le calme

tondu avec
la pelouse





désormais 

j'ai dans le cœur 
un ciel de clématites



*



14 juillet

l'aube première à hisser
les trois couleurs



*


au bord de l’orage

pris au piège
d’un pesant silence



*


nuits d’été

tous ses chemins
me traversent





ce soir

dans le ciel
un aquarelliste


*



en bouche

la nuit noire et sucrée 
d'une poignée de mûres


*



en ville

les pompiers brûlent
tous les feux



*


dans la chaleur de midi

le vent
m'ouvre un chemin
. . .

puis dans un tournant 

le vent me laisse seul
avec les cigales



*



nuit d'été

l'amour du vent 
pour les grands arbres




*


l'été

dans les parenthèses 
du vent


*



le souvenir du mot 

baiser
sur le bout de ta langue



*



de salades

en salades
ses mots crus


*



canicule

toute la côte
sur le grill


*



parfois

dans un lit bateau
une douce tempête


*



sur un fil

quelques guêpiers
déjà tournés vers l’Afrique


*



terrasse de café

assis
au bord du monde






Christian Cosberg