jeudi 21 décembre 2017

LOIN DANS LES TERRES - CHRISTIAN COSBERG


Osamu Sugiyama




je crois bien
que ton sourire
arrête le temps


*


bambous
les lampions attendent
la nuit


*


lumière d’août
une belle rousse cul nu
au-dessus de la ville


*


ce matin
Je suis ce vieil homme
qui somnole sur un banc


*


réveillé
par le petit vent
d’une robe à fleurs


*


l’aube grise
d’un concerto
pour tourterelles


*


matin d’août
je prends la vie
d’une nectarine


*


fromage corse
boire pour oublier
les derniers vers


*


tes derniers mots
s’épuisent
dans le silence


*




*




*


encore une nuit
pleine de cette lumière
qui dit : "peut-être !"


*


jour d'orage
tout ce qu'il reste de lumière
dans la cage du canari


*


la naissance
d’un petit nuage de poussière
sous chacun de mes pas


*


piqûres de rappel
le taon ne passe jamais
assez vite


*


réveillé
par une vieille amie
matin de pluie


*


grand vent
tout bouge mais rien ne va
me dit-elle


*


vent frais
le temps pressé de faire
sa révolution d’octobre


*


mer plate
mon haïku ne fera pas
de vagues


*


au bord de la tasse
ses lèvres
sur un nuage de porcelaine


*



nuit naissante
je l’emmaillote dans une paire
de draps blancs


*


septembre
le goût acidulé
de la première pomme


*


sur le parking
le chat roux éternue
petit matin de septembre


*


tout l’argent
de l’olivier sur le tapis vert
du champ de fenouil


*


chocolat chaud
pour une fois être heureux
d’en avoir ras le bol


*


sur trois secondes
de sommeil
deux à rêver de toi


*


vernissage
il y va pour casser
la croûte


*


loin dans les terres
comme dans les bras
d’une femme


*


quelques mots
jetés dans le vent
comme une bouteille à la mer


*


à peine réveillé
j'engloutis une grappe
de petites planètes bleues


*


entre les nuages
une étoile
en free-lance


*

nuit froide
je suis ce vagabond
aux rêves de paille


*


le petit jour
étranglé
de nuages


*


mes pensées n’ont pas d’âge
mais elles suivent
le chemin de l’automne


*


quelques milliers de pas
me ramènent
au bord du soir


Graham Franciose


sept heures du soir
de l'or sur les rayons
de la bibliothèque


*


croisée
dans la rue
la jolie tête de l'automne


*


dernières lueurs
la fille aux cheveux roux
quitte la place


*


à côté
du centre de tri
la maison de retraite


*


vieux rock
sur la rocade
je file vers l'ouest


*


nudiste
ses poches
sous les yeux


*


cheveux laqués 
elle parle
d'impermanence


*


première gelée
trois heures de travail
pour un petit coing de paradis


*


de la cour au jardin
le petit théâtre
de mon enfance


*


rai de soleil
toute une galaxie
de grains de poussière


*


zone commerciale
je m’enfonce dans le grand
n’importe quoi


*


fin des années cinquante
faire des ronds
avec des Hula hoop


*


premiers étourneaux
leurs cris
dans le soleil couchant


*


soleils d’octobre
la bouche pleine
de grains d’Italie


*


caryatides
on leur fait toujours
porter le chapeau


*


cette fleur
qui s’ouvre ce matin
l’odeur du café


*


premier café
chaque matin l’envie
de partir en voyage


*


dattes fraîches
un peu de Tunisie
qui fond dans la bouche


*


sagesse automnale
le détachement
des feuilles


*


caché
dans le placard
le mot badaboum


*

octobre octobre
de matins gris
en après-midi d’or


*


roquette et grenade
seulement
l’explosion des saveurs


*


endormis
dans le dictionnaire
quelques mots ronflants


*


entre ses rides
le gamin
se fraie un chemin


*


volets fermés
je suis l’escargot
dans sa coquille


*


Halloween
tous ces monstres
ça coûte bonbon


*


matin froid
et tous ces printemps
dans ma tête


*


quelques nus
habillent les murs
de son salon


*


les feuilles tombent
je me relaisse pousser
la barbe




Christian cosberg



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