lundi 19 mars 2018

UN CHARTER D'HIRONDELLES - CHRISTIAN COSBERG




 Tatsuro Kiuchi






ciel gris
l’automne dans son 
vieil uniforme


*



accroché à mes semelles
un tout petit bout
du chemin


*



un bout de ciel
entre les immeubles
ma sortie de secours


*



soleil couchant
je me repais
de l’éphémère


*



l’effet mère
ça dure
toute la vie


*



shortbread
parfois au goûter
je me mets à l’anglais


*



premiers froids
elle
et son envie d’îles


*



vent froid
j’envie ce gamin
dans les bras de sa mère


*



petit matin
la mouche aussi
s’est réveillée


*



encore une fois
sur ce vieux chemin
à marcher vers la nuit


*



petite marche
je ne suis qu’un rêve
qui s’achève


*





*


du vinaigre
sur le calcaire
des jours


*



mes lunettes
et mon chapeau
oubliés dans la lumière
du cerisier


*





*



jour gris
la nuit se pointe
bien avant l’heure


*



lisant Ryôkan
entre les dernières gouttes
d’un vieux rhum


*



longtemps sur moi
l’odeur de notre soirée
au coin du feu


*



parler de soie
dans l’intimité
d’une nuit profonde


*



au souvenir
de quelques fleurs
mon esprit papillonne


*



parfois
les souvenirs veulent vivre
à notre place


*



cuisine OGM
elle me prépare 
un coq-ovin


*



mousse à raser
chaque matin j’imagine
la première neige


*



le blues de l’entomologiste
son écriture en pattes
de mouches


*



à force 
de marcher dans ma tête
mes pensées se réchauffent


*



il porte un crêpe
depuis que Suzette
a flambé


*



j'avais six ans
Johnny chantait "Pour moi 
la vie va commencer"


*



te prendre dans mes bras
c’est tout ce que j’ai
comme idée au logis


Tatsuro Kiuchi



jour de pluie
au téléphone avec
un rayon de soleil


*



sans tuba
ni bouteilles
promenade sous la flotte


*



Noël
les emplettes
d’une bande de mouettes


*



glaçons
deux morceaux d’hiver
dans son verre


*



matin d’hiver
je croise un mec
complètement givré


*



minuit passé
tous les bruits
piquent du nez


*



petites routes
j’aime quand elles
ne grandissent pas


*



vent froid
une petite voix me dit
de faire une soupe


*


à l’ouest
l’orange glacé
du dernier soleil


*



quartier d’hiver
un immeuble de trop
devant le soleil


*



mon sapin de Noël
un bouquet
de folle avoine


*



au feu 
le petit bois mort
des regrets


*



ah ! la neige
d’une tarte au citron
meringuée


*



un livre
sur la neige
en papier glacé


*



un sentiment vague
devant mon verre
d’eau plate


Tatsuro Kiuchi



brumes 
de décembre
déjà l’année s’efface


*



pour que le printemps
revienne plus vite
~ quelques charters d’hirondelles ?


*



un vent
presque doux
ton souvenir


*



au nombre
de mes vieux amis
quelques chemins


*



matin calme
déjà sur ma table
le nouvel agenda


*



nouvel an
la pauvre lumière
des issues de secours


*



à pas de loup
sur l’épaule nue
d’une colline endormie


*



vent bleu
mêmes mes pensées
sont plus claires


*



tous ces mondes
endormis
sur les étagères


*



parfois
germe la graine
des jours passés


Tatsuro Kiuchi



tour de manège
cette fille me fait
tourner en rond


*



fenêtres entrouvertes
quatre jours que l’hiver
dort à poings fermés


*



perdus
dans la nature
quelques jours de printemps


*



tombée du soir
j’achète quelques haïkus
de contrebande


*



plocs du dimanches
quelques grenouilles
de bénitier


*



il pleut il pleut
ni bergères ni moutons
mais l’odeur du café


*



fakir
un gars réglo
toujours dans les clous


*



le bruit du vent
l’enfance me rejoint
sous les couvertures


*



le blues du comptable 
ne plus compter 
pour personne


*



menace fantôme 
je le ferai
en revenant


*



au dessert
cinq minutes
d’un tout petit opéra


*



chemin de graviers
seul
avec le bruit de mes pas


*



matin de tempête
tout s’envole
même mon courage


*



un tout petit
capharnaüm
son sac à main


*



amoureux
dès le premier regard
de cette colline


*



à dix heures
un verre d’eau et le petit soleil
d’une clémentine


*



jupes courtes
on dirait que l’hiver
se dérobe…


*



morte
dans l’après-midi
la douceur de janvier


*



nuit d’étang
au loin quelques
lueurs roses


*



cinq minutes
en tête à tête avec
le soleil couchant


*



journée d’hiver
sa robe bleue et son cœur
de glace


*



cassoulet
pour quelques heures
vivre en pets


*



matin de février
son ciel bleu et des framboises
sur mes tartines


*



pour leur mariage
j’invite le chocolat et le café
dans mon palais


*



quelques minutes
les vannes grandes ouvertes
du soleil couchant


*



qui saura jamais
à quoi rêvait
le dernier dodo


*



mon âme d’écureuil 
réveillée
par ses yeux noisettes


*



jardin japonais
elle boit son thé
sans kimono


*



nuit froide
et toutes ces demoiselles en jupettes
sur l’amandier…


*



de la bêtise
la repousse des fenouils
me console


*



portes fermées
tous ces mondes dont
je n’ai pas la clef


*



grand froid
ma main sur l’épaule nue
de la cafetière


Hasui Kawase



un blanc
dans la conversation
la neige


*



midi
je fais la peau à 
une orange


*



habitant
la pénombre du salon
un calme et une joie sans âge






Christian Cosberg